Oran - A la une

Omar Derras, sociologue "Le populisme a annihilé l'idéologie de l'effortet du mérite"



En 1962, le jour de notre indépendance, nous avons quitté, ma famille et moi, notre ville natale, Maghnia, pour nous installer à Oran, où adolescent je me retrouve à la place du 1er-Novembre, au milieu d'une foule immense, qui écoutait le discours de Ben Bella. Ce dernier menaçait les riches de leur réserver une cure d'amaigrissement s'ils s'aventuraient à se réapproprier le patrimoine colonial.
Pour la situation actuelle en Algérie, c'est un très vaste sujet. Mais, je peux tout de même vous donner quelques impressions. Il y a tout d'abord les dégâts de l'idéologie populiste, qui a annihilé l'idéologie de l'effort, du mérite et de l'efficience. Cette idéologie, qui a été mise en 'uvre, a consacré l'attentisme et la marginalisation du travail, seule valeur créatrice des richesses. Elle perdure actuellement grâce à la rente pétrolière. Cette idéologie a étouffé l'émergence de la distinction sociale et la reconnaissance sociale. Le mode de répartition de la rente a amplifié les inégalités sociales et creusé le fossé entre l'Etat et la société. Surtout, lorsqu'on sait qu'il y a absence de volonté politique réelle du pouvoir et son incapacité à mettre en place des structures d'intermédiation, afin d'instituer les conflits et de développer une véritable société civile... Seul moyen qui puisse imposer le changement social, impliquer et mobiliser les gens, de manière démocratique, autour des problèmes les concernant, notamment le développement local.
L'autre problème qui me tient à c'ur est la situation catastrophique de notre système éducatif, qu'il va falloir réformer en urgence, au niveau pédagogique (des méthodes basées sur la mémorisation), au niveau de la politique du recrutement, la formation continue des enseignants, une gestion des carrières du personnel rigoureuse, en appliquant des programmes d'enseignement modernes, qui valorisent la culture scientifique et non l'idéologie fataliste, laquelle prône la confusion entre la rationalité scientifique et la culture religieuse.
Les universités doivent être des lieux de production des élites de haut niveau. À ce niveau-là, il y a nécessité d'appliquer des méthodes modernes de gouvernance et de mettre un terme à la massification de l'université algérienne et à son mode de gouvernance archaïque, d'attirer les experts étrangers, pour former nos élites et d'encourager la recherche scientifique et l'innovation, par le développement des accords de coopération, avec les experts étrangers, surtout que les moyens technologiques, les moyens financiers, existent.
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