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Numéros verts Et si on demandait aux enfants'



Des numéros verts ? deux pour le moment ? ouverts pour signaler toute violence contre les enfants. Mais ces derniers le savent-ils' Round-up.«Le 1111 ' Je ne sais pas à quoi sert ce numéro. Les seuls que je connaisse sont le 17 de la police et le 14 des pompiers.» Riad, un écolier de 10 ans. Un autre, Imad, collégien de 15 ans : «ça ne me dit absolument rien. Le 14 si. Nous faisions beaucoup de blagues avec mes cousins lorsque nous étions jeunes.» De son côté, Wahida, une maman de quatre enfants assure qu'elle-même, son époux et toute sa petite famille ne savent rien à propos de ce numéro.
Elle endosse la responsabilité au «manque de communication. Ou peut être y-a-t-il des campagnes sur les chaines terrestres que l'on ne regarde pas à la maison '» Elle explique : «Mes deux aînés, adolescents, ont connu le 14 et le 17 auprès de nous. Ils m'ont déjà confié qu'ils avaient déjà essayé de contacter la police et les pompiers seulement pour vérifier s'il y a réellement quelqu'un au bout du fil.
Mais ils n'ont jamais eu à les joindre pour une urgence. Quant aux petits, âgés de 6 et 8 ans, ils ne savent rien de tout ça». Pourtant le 1111 est bien le numéro vert pour le signalement de toute forme de violence ou de maltraitance faite aux enfants, mis en place par l'Organe de protection et de promotion de l'enfance (ONPPE).
Protection
Le professeur-chercheur Habib Tiliouine de la faculté des sciences sociales de l'université d'Oran et vice-président de la Société savante internationale (ISQOLS) dédiée à la recherche en qualité de vie, explique : «Ceci veut dire que ce n'est pas seulement les enfants qui doivent l'utiliser, mais les voisins, les membres de la famille et tout citoyens qui, par conviction religieuse et humanitaire, aime défendre cette tranche fragile de la population».
C'est d'ailleurs la déléguée nationale à la protection de l'enfance, Meriem Cheurfi, qui a annoncé sa mise en service, expliquant qu'une cellule composée d'équipes pluridisciplinaires formées de psychologues et de sociologues veille à la réception des signalements concernant les atteintes aux droits de l'enfant. Le professeur-chercheur Habib Tiliouine rappelle que cette initiative n'a pas été du tout un cadeau de la part de nos gouvernants.
«Bien au contraire, elle est le fruit d'un long combat mené par les activistes des droits de l'enfance de tous horizons : religieux, droits civils, artistes, etc.» Pour s'assurer de la «réactivité» de ce numéro, nous avons fait une tentative de les joindre. Le téléphone sonne. Une sonnerie d'attente, qui annonce qu'on sera rapidement pris en charge, est activée aussitôt. On attend la personne au bout du fil. Rien. Au bout d'une minute, la communication se rompt. On refait une tentative.
Exemple
Même chose. Et s'il y avait une urgence à signaler ' Au Canada par exemple, réputé pour son fameux 911, on décroche à tous les coups. L'enfant, dès son plus jeune âge, est renseigné sur l'importance de ce numéro. Il sait donc s'en servir en cas de besoin. Pis, certains enfants s'en servent à tort et à travers. Une anecdote autour de ce numéro : un enfant de 12 ans a signalé aux policiers qu'on lui avait préparé une salade qui n'était pas à son goût.
L'enfant a rappelé le 911 pour demander quand la Gendarmerie royale du Canada (GRC) serait là, et a encore une fois exprimé son mécontentement par rapport à la salade. Une fois sur les lieux, les policiers ont abordé avec l'enfant la question de son repas, mais surtout du type d'appel 911 qu'il est approprié de faire.
La GRC a également rappelé aux parents d'avoir une discussion avec leurs enfants au sujet de l'usage approprié du 911. «Le souci avec ce numéro au Canada, c'est que ton enfant ne t'appartient plus. Au moindre petit problème, il peut appeler le numéro et les services sociaux interviennent aussitôt. Il est à double tranchant.
C'est pour cela qu'on éduque nos enfants aux cas d'urgence et l'utilité de ce dernier», témoigne Nesrine, une maman expatriée au Canada. Finalement, nos enfants sont-ils suffisamment conscients pour composer le 1111 et dénoncer si besoin ' Pour le professeur-chercheur Habib Tiliouine, la protection et la promotion de l'enfance est l'affaire de la société dans toute sa totalité.
Pour lui, sensibiliser les enfants sur leurs droits pour se protéger eux-mêmes fait aussi partie du rôle que doivent jouer toutes les institutions qui reçoivent des enfants. «Malheureusement, ces institutions ne jouent pas leur rôle. Si on remonte quelques années en arrière, après la ratification de la Convention internationale des droits de l'enfant par l'Algérie en 1992, ce texte était affiché partout avec des images et des caricatures qui attirent l'attention des jeunes, surtout sur les murs des établissements scolaires, mais avec le temps tout a été oublié. Maintenant, même l'enseignement des droits des enfants ne représente que deux ou trois leçons de l'éducation civique, et seulement au primaire», se désole-t-il.
Pour ce spécialiste, l'école a un rôle crucial, étant donné qu'elle reçoit les enfants à un très jeune âge, pour les façonner, pour promouvoir le respect d'autrui et développer une citoyenneté constructive. «L'école est l'espace idéal pour informer les enfants sur toutes les mesures préventives telles que l'utilisation du numéro vert.
Les affiches, les instructions des enseignants et du staff administratif, les formes d'expression libre telle que les jeux, le théâtre scolaire, et les autres activités extr- et parascolaires peuvent aider à sensibiliser les enfants et les encourager a dénoncer les agressions a leurs encontre», explique-t-il.
Bilan
De son côté, Abderrahmane Arar, président du réseau Nada, qui est également membre dans le comité de coordination qui a pour mission de suivre les droits de l'enfant en Algérie, explique : «Est-ce qu'il y une éducation sur le signalement ' Il faut savoir que jusqu'à présent, nous n'avons pas l'éducation du signalement. Nous sommes en train de faire la sensibilisation au signalement.
Il faut qu'il ait un module permanent dans les programmes d'éducation. Ensuite, mettre en place des campagnes de qualité sur l'année par rapport à la vulgarisation sensibilisation.» Pour que les choses s'améliorent, M. Arar conseille d'établir des bilans : «Malheureusement, on dresse les bilans qu'a travers les chiffres et non pas les résultats. On ne fait pas de bilan sur l'impact.» Pour lui, il est important de s'inspirer des différents systèmes ? le canadien, le belge ou encore le brésilien ? car nous sommes loin des standards internationaux.
Il est vrai que nous n'avons pas le même contexte ni la même culture et les mêmes traditions, mais sur le plan professionnel, on peut s'en inspirer. «Si on parle de système protection, il faut que ce soit un système inclusif et intégré. C'est-à-dire un seul guichet, comprenant tous les services concernés, qui réponde au cas où un enfant est en détresse.
Comme cela se fait au Canada par exemple. C'est plus réactif et plus rapide dans la prise en charge.» De plus, toujours selon M. Arar, il faut savoir que le premier intervenant dans les autres systèmes est le service social. «Chez nous, ce service social travaille en aval et non pas en amont. Au Canada par exemple, chaque mois, l'enfant est visité par les services sociaux. Avons-nous cette capacité d'avoir un nombre important de professionnels qui travaillent dans les ?uvres sociales pour faire ce travail de proximité ' On n'en est pas encore là.
Chez nous, la visite se fait à la demande.» Autrement dit, en cas de signalement, l'assistante sociale et la brigade des mineurs interviennent. S'il n'y a pas de signalement, ils n'interviennent pas. Dans les autres systèmes, un signalement est une urgence pour laquelle tous les services qui vont bouger. Sous d'autres cieux, les ?uvres sociales font un travail quotidien accompagné de rapport.
«En plus, les responsables locaux sont informés de tout. C'est une priorité pour eux de suivre l'état de santé, de l'école et de loisirs de chaque enfant dans sa localité. Chez nous, le maire est déconnecté de la réalité de l'enfant, sauf s'il y a une urgence et là tout le monde est mobilisé.» Pour M. Arar, il faut changer les pratiques.
Il faut se mobiliser 24h/24 pour l'enfant, non pas par rapport à l'urgence seulement, mais pour aussi pour son développement et son intérêt supérieur. «C'est une obligation d'être mobilisé quotidiennement. Et cela demande beaucoup de moyens, de ressources humaines, de formations et de coaching. Il faut qu'on aille vers la qualité et qu'on oublie les chiffres.
Il faut que le système soit révisé», conclut-il. Finalement, il existe le 14, le 17, le 1111, le 3033? autant de numéros que l'enfant ou son entourage peuvent appeler pour dénoncer une quelconque maltraitance ou un danger qui roderaient autour de l'enfant. Cela n'est-il pas beaucoup ' Pour Abderrahmane Arar, cela n'est pas un problème.
Le plus important, selon lui, est de capter le maximum d'enfants. «La faiblesse est dans la coordination. Il faut que tous ces numéros soient dotés de la même logique d'intervention, d'écoute, d'orientation et d'accompagnement. Il faut qu'il y ait une coordination entre les numéros et les professionnels au bout du fil, sous peine que l'enfant se perde. C'est un travail collectif qu'il faut faire en amont.»
? Article 19
1 ? Les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l'enfant contre toute forme de violence, d'atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d'abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d'exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu'il est sous la garde de ses parents ou de l'un d'eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié.
2 ? Ces mesures de protection doivent comprendre, selon qu'il conviendra, des procédures efficaces pour l'établissement de programmes sociaux visant à fournir l'appui nécessaire à l'enfant et à ceux à qui il est confié, ainsi que pour d'autres formes de prévention et aux fins d'identification, de rapport, de renvoi, d'enquête, de traitement et de suivi pour les cas de mauvais traitements de l'enfant décrits ci-dessus, et comprendre également, selon qu'il conviendra, des procédures d'intervention judiciaire.
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