Bluff pour
obtenir un durcissement des sanctions économiques ou prélude à une véritable
opération militaire, Israël joue toujours sur les deux tableaux.
Israël va-t-il
bombarder l'Iran ? Les experts échafaudent des hypothèses multiples et
contradictoires sur la possibilité, l'opportunité, la faisabilité et les
modalités d'une telle éventuelle décision. Depuis la rentrée, les menaces se
confirment. « L'avertissement du président israélien Shimon Perez,
selon laquelle une attaque contre l'Iran était de plus en plus vraisemblable,
ne pouvait qu'accélérer la crainte qu'une nouvelle guerre régionale soit proche
», note Alain Dieckhoff du Ceri,
bien que le Premier ministre Netanyahu et Barak, son ministre de la Défense, aient pris
soin de préciser qu'aucune décision n'était encore prise. Selon Camille Grand,
de la Fondation
pour la recherche stratégique, « pour Israël, l'usage de la force reste pour
l'heure la dernière option », qui devra répondre à plusieurs critères : « un
effet concret sur le programme qui devra être significatif, ce qui suppose des
renseignements précis et une opération très exigeante (même si Israël ne se
lancera pas dans une campagne aérienne de longue durée) ; un feu vert (ou
orange) des Etats-Unis ; la certitude que la voie diplomatique est épuisée et
surtout la conviction que l'Iran est sur le point de franchir un seuil
critique. Ces conditions ne sont pas encore réunies et, selon cet expert,
Israël souhaite, comme ses partenaires occidentaux, échapper à l'alternative
entre «le bombardement de l'Iran et la bombe iranienne», selon la formule de
Nicolas Sarkozy ».
Pour certains, le
dernier rapport de l'AIEA établit de façon incontestable que l'Iran poursuit et
accélère son programme du nucléaire militaire : le rapport, pas encore adopté,
de l'agence établit, « pour la première fois de façon aussi nette, que l'Iran
travaille sans relâche au développement de l'arme atomique », note Alain Dieckhoff.
MENACES APRES LE
31 DECEMBRE ?
Propos contestés
par Ahmad Salamatian, ancien secrétaire d'Etat
iranien, en exil en France, pour qui il n'y a dans ce rapport « ni preuves, ni
faits nouveaux ». Après 4.000 inspections, « ce que l'on sait, c'est qu'il y a 4.950 kilogrammes
d'uranium enrichi à 3,5% et 75kg d'uranium enrichi à 20%. Avant que cet uranium
soit suffisamment enrichi pour servir à un armement nucléaire, pour que
celui-ci soit opérationnel, il y a des années encore. Présenter ce programme
comme une menace immédiate qu'il faut résoudre coûte que coûte, même au prix de
plonger cette partie du monde dans une aventure imprévisible, est une folie ».
L'ancien député
d'Ispahan remarque que « la réflexion la plus sensée qui a été faite ces
derniers jours est celle d'Alain Juppé qui a osé dire qu'une action militaire
contre l'Iran serait « pire que le mal » et « nous entraînerait dans une
spirale non maîtrisable ». L'ex-responsable remarque toutefois que la « fenêtre
de tir » pourrait être techniquement proche: « une date va être importante :
celle du 31 décembre 2011 ». Il s'explique : « L'aviation israélienne peut déjà
voler quand elle le désire au-dessus de la Syrie. Pour atteindre
l'Iran, le problème est donc de passer au-dessus de l'Arabie Saoudite, de la Turquie ou de l'Irak.
L'espace aérien irakien est contrôlé par les Américains. Or, le 31 décembre, ce
ne sera plus le cas alors que l'Irak n'a aucun moyen radar ou anti-aérien. Donc
le champ sera libre ».
L'Irak, comme le
Liban ou l'Égypte, est défavorable à une telle opération.
L'Arabie Saoudite
et les pays du Golfe, toujours inquiets de l'activisme iranien, savent bien
qu'une attaque d'un pays musulman dans le contexte actuel aurait des
conséquences difficilement calculables dans le monde arabe. L'Union européenne
et surtout les États-Unis partagent les mêmes préoccupations, se proposant de
renforcer fortement les sanctions économiques. « Le bombardement ou la bombe »
?
L'Iran, qui a
fait du refus des pressions de l'IAEA une
quasi-clause d'indépendance nationale, ne renoncerait pas à ses objectifs après
une attaque israélienne. Signe de la nervosité iranienne, l'ambassade de
Grande-Bretagne a été mardi mise à sac à Téhéran ! Dans le climat actuel, une
attaque israélienne serait donc plutôt, pour Mahmoud Ahmadinejad , « le
bombardement, donc la bombe ».
Parmi les experts
militaires israéliens eux-mêmes, beaucoup mettent en doute l'efficacité réelle
d'une telle opération, difficile à réaliser puisque les installations
nucléaires iraniennes sont très dispersées et ils craignent les conséquences
d'une attaque qui n'aurait aucun aval international et aux effets géopolitiques
peu maîtrisables : « l'Iran est un pays immense qui a des frontières avec sept
pays différents. Il a un pied sur la mer Caspienne (conflit du Caucase et
d'Asie centrale), un pied dans le golfe Persique, une frontière avec le
Pakistan et avec l'Afghanistan… Une guerre toucherait l'ensemble de la planète,
en particulier à cause de la problématique pétrolière », pointe Ahmad Salamatian. « Il est difficile d'expliquer pourquoi un
pays, Israël, qui dispose d'un arsenal nucléaire militaire (de 100 à 300 ogives
nucléaires,) s'arrogerait le droit d'attaquer un autre pays, l'Iran, signataire
du Traité de non-prolifération (TNP), parce qu'il le soupçonne d'avoir
l'intention de militariser son programme. L'argument qu'Israël n'a pas signé le
TNP est peu recevable », remarquera de son côté Gilles Coville
de l'IRIS.
OBAMA CIRCONSPECT
MAIS BIEN TIMIDE
Reste que la
décision se trouve toujours à Tel-Aviv. La population israélienne est toujours
convaincue de vivre dans un réduit entouré de pays hostiles. Les menaces
récurrentes proférées par le président Mahmoud Ahmadinejad
à l'encontre d'Israël donnent à cette menace une réalité très concrète. La
société israélienne, loin de se réjouir du mouvement démocratique arabe, n'y
voit que menaces supplémentaires, notamment avec la montée électorale avec les
succès des formations islamistes en Tunisie, au Maroc et en Égypte. Netanyahu
et les formations politiques qui le soutiennent considèrent,
eux, que le réveil démocratique populaire arabe et le trouble créent la
meilleure des raisons pour poursuivre une politique d'intransigeance aveugle
sur la question palestinienne. Pis, certains stratèges à Tel-Aviv considèrent
que le désordre actuel est une occasion historique pour qu'Israël frappe un
grand coup dans la région moyen-orientale et marque ses frontières notamment
avec la Syrie
et le Liban, dans l'éventualité d'une chute de Bachar
El Assad.
Ils sont, hélas,
servis par les incohérences et les atermoiements de la politique américaine. Si
Washington, tout au moins dans son discours officiel, met en garde Israël
contre toute intervention intempestive, les États-Unis ont livré à l'armée
israélienne 55 sombres GBU-28, capables de détruire des souterrains, crédibilisant
ainsi l'option militaire de l'Etat hébreu.
Les États-Unis
n'auraient cependant aucun intérêt à de quelconques dérapages. Déjà embourbé en
Irak, organisant très difficilement son futur retrait d'Afghanistan, Washington
est confronté à une montée d'extrême tension avec le Pakistan. A quelques jours
de l'ouverture de la
Conférence de Bonn sur l'Afghanistan, le Pakistan a annoncé
mardi qu'il n'y participera pas. La chancelière allemande Angela
Merkel se dit très affligée par cette décision qui
fait suite à la mort de 24 soldats pakistanais tués par un tir de l'Otan, le
samedi 26 novembre 2011. Islamabad ne cesse de condamner la présence
d'opérations militaires US sur son propre sol et la frappe « accidentelle »
fait également suite au « Watergate » qui a éclaté il y a une dizaine de jours
au Pakistan, indiquant des lézardes sérieuses dans le pouvoir pakistanais. Une
lettre signée du président Asif Ali Zardari demandait l'aide des Américains pour déjouer un
coup d'État de l'armée pakistanaise !
PENDANT LA CRISE, LE VANDALISME
CONTINUE
Karl Marx disait
que la vocation ultime du capitalisme était de pourvoir marchandiser
tout ce qui pouvait être encore gratuit comme l'air naturel ou la lumière du
soleil. Mardi dernier, les députés français ont voté un dispositif législatif
qui permet à l'industrie agroalimentaire de breveter le « vivant » pour pouvoir
en tirer un peu de pognon et surtout s'aliéner encore un peu plus les paysans
français.
Au centre de
l'affaire, les semences. Le marché est largement dominé par quelques grandes
firmes internationales, Bayer, Monsanto, Pioneer, Vilmorin ou Syngenta,
avec un chiffre d'affaires annuel de 2,3 milliards
d'euros, dont la moitié est réalisée par le leader français du secteur, Limagrain. Ces opérateurs économiques considèrent le vivant
en général - ici les semences et les plants, sources de toute activité agricole
- comme une banale marchandise qui, malgré son caractère « naturel », a
vocation à leur appartenir en propre. Mieux, le contrôle et la
commercialisation des semences servent à maximiser les rendements et les
profits, tout en rendant « captifs » les clients : les agriculteurs.
Jusqu'à présent,
en effet, les paysans français pouvaient acheter des semences à ces industriels
tout en gardant la liberté de réensemencer leurs champs grâce aux graines
produites. Mais à l'heure où le capitalisme international nous donne
quotidiennement des signes avancés de sa grande folie, il n'était pas
concevable qu'une telle liberté subsistât. Grâce à un intense lobbying, le texte
voté instaure un «certificat d'obtention végétal», véritable dîme sur les
semences. Les députés ont surtout accordé, en catimini,la
propriété industrielle d'une semence à une entreprise ! Dorénavant, la loi
prévoit de considérer la reproduction de semences à la ferme sans payer cette
dîme moderne à leurs « propriétaires », comme une contrefaçon. La récolte
pourra alors être saisie ! On propose que le gueux soit pendu. « Les droits des
agriculteurs de conserver, ressemer, échanger et vendre leurs semences sont
reconnus par le Traité international sur les semences, approuvé en 2005 par le
Parlement français », proteste Anne-Charlotte Moÿ, du Réseau Semences paysannes. « Il a fallu 3,5
milliards d'années d'interactions du vivant pour engendrer la diversité génétique,
rappelle l'écologiste Marie-Christine Blandin ; les sociétés paysannes ont
identifié, sélectionné, transporté, échangé durant quelques dizaines de
milliers d'années. Ce bien commun naturel et culturel ne saurait être confisqué
: il est patrimoine de l'humanité. Nul ne saurait se l'accaparer ! ». Mais si !
Le capitalisme est fou, sa voracité n'a pas de limite, si ce n'est celle des
pires films de science-fiction.
DECES D'UN TRES
GRAND PATRON
Après avoir dit
tant de mal de l'économie néolibérale, disons un peu de bien d'un « grand
patron ». Guy Dejouany, décédé lundi à l'âge de 90
ans, fut, pendant ses vingt ans à la tête de la Compagnie générale des
eaux, l'une des figures du capitalisme français et le bâtisseur, discret et
secret, d'un empire tentaculaire allant de l'eau aux télécommunications.
La « Compagnie »
régnait en effet sur tous les services à la ville, de la distribution des eaux
à l'éclairage public, des travaux publics à la voirie, du téléphone mobile à la
télévision câblée, de Canal + à l'immobilier.
Surnommé le
Sphinx, le Duc d'Anjou ou le Baron, Guy laissait une très forte impression à
ceux qui avaient la chance de pouvoir l'approcher, par sa connaissance
encyclopédique du monde industriel (et de la politique), la grande pertinence
de ses choix stratégiques. Il ne fit qu'un mauvais choix, celui de son
successeur, l'ex-directeur de cabinet d'Edouard Balladur, « J6M », « Jean-Marie-Messier-moi-même-maître-du-monde », qui ruina
l'empire en quelques années. Le groupe ne survivra pas au départ de Guy Dejouany et aux projets d'expansion dispendieux de JM.
Messier. Son éclatement donnera cependant naissance à trois fleurons du
capitalisme français d'aujourd'hui: Vinci (BTP), Veolia
Environnement (services aux collectivités) et Vivendi (médias). Respect !
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Pierre Morville
Source : www.lequotidien-oran.com