«Qui s'explique, s'excuse, et qui s'excuse s'accuse.» Daniel Mermet
A la fin du XIXeme siècle, les organisations socialistes présentaient plusieurs tendances dans la manière de résoudre les problèmes posés par un capitalisme. Des plus durs aux plus mous, l'éventail était très large. C'est au Congrès de Tours de 1920 que les positions se tranchèrent. Pour adhérer à la Troisième Internationale créée par Lénine, de sévères conditions étaient posées aux organisations politiques. L'une d'elles particulièrement, celle qui avait pour but de militer pour l'émancipation des peuples, divisait profondément les socialistes français. Cela amena à une rupture définitive entre ceux qui considéraient que le colonialisme n'est qu'une forme exacerbée du capitalisme et ceux qui voyaient en la colonisation une possibilité d'améliorer le niveau des peuples technologiquement en retard sur une Europe industrialisée. C'est de ce paternalisme bon enfant, qui ferma l'oeil sur toutes les exactions des armées coloniales et sur les spoliations qui s'en suivirent, dont a hérité le Parti socialiste, digne fils de la Sfio qui eut pour secrétaire général Guy Mollet, célèbre pour ses frasques politiques pendant la guerre d'indépendance de l'Algérie. Il faut rappeler aussi le discours apocalyptique que fit François Mitterrand en Janvier 1955, à l'Assemblée nationale française pour inciter les députés à tenir ferme dans la voie de l'Algérie française. Rappelons que c'est sous la gouvernance des présidents du Conseil socialistes que le pouvoir en Algérie fut confié à l'armée et que la torture devint une pratique courante. Il est inutile de revenir sur ces erreurs politiques qui conduisirent la tendance socialiste dans une impasse sanglante et qui prépara le terrain au général de Gaulle qui n'eut même pas à se baisser pour cueillir le pouvoir. C'est sous le mandat de ce dernier que s'intensifia la guerre. Et c'est sa responsabilité directe qui est engagée dans tous les crimes commis par l'armée et la police françaises. C'est pour protester contre une décision du préfet de police qui voulait appliquer aux seuls émigrés algériens un couvre-feu discriminatoire, mesure qui impliquait de facto un délit de faciès, qu'une manifestation pacifique fut organisée. C'est l'occasion pour la police dirigée par le sinistre Maurice Papon de se défouler sur des civils désarmés. Plus de deux cents morts furent dénombrés. Il y eut un black-out total sur ces tragiques événements. Les archives attenant à cette sinistre nuit sont toujours bloquées. Les médias si prompts à dénoncer les crimes contre l'humanité et à défendre les droits de l'homme dans les pays du bloc de l'Est, se firent plus discrets. Et à part quelques voix de gauche qui tentèrent de briser l'omerta, l'opinion publique demeura dans l'ignorance de ces faits graves au point que deux cinéastes qui ont réalisé un documentaire sur cette journée intitulèrent leur produit: «Une journée portée disparue.» Cette amnésie partielle de la droite française n'était pas gratuite: elle tenait avant tout à préserver outre l'image de la France, éternel pays des droits de l'homme, mais aussi à ne pas ternir le souvenir du sauveur de la France que fut le général: sa responsabilité était directement engagée dans cette tragédie, en même temps que celle de son Premier ministre Michel Debré qui inventa la formule du «coq gaulois qui chauffe ses ergots au Sahara». Il y a aussi la responsabilité du ministre de l'Intérieur Roger Frey et aussi celle de Maurice Papon qui fut lâché par ses pairs pour une histoire de délégation de signature pour la livraison d'enfants juifs de Bordeaux à leurs bourreaux nazis. Il ne fut d'ailleurs jamais inquiété pour ses crimes contre les Algériens. Il mourut dans son lit comme le plus honnête des commis d'Etat de la République.
Cinquante années enfin après cette journée qui restera comme la Saint-Barthélemy de la République laïque, un communiqué laconique du président de la République reconnaît la responsabilité de l'Etat français. Il faudra encore attendre 2024 pour que les archives de la police soient ouvertes aux chercheurs. Combien faudra-t-il attendre pour que les responsables de l'Etat français fassent une petite génuflexion comme celles qu'ils adorent faire devant les monuments dédiés à la Shoah, devant la mémoire des «noyés par balle»' C'est une formule que seul un Papon pouvait trouver.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Selim M'SILI
Source : www.lexpressiondz.com