Oran - Revue de Presse

Nouvelle donne en Afrique du Sud



Exit donc Thabo Mbeki. Les partisans de Jacob Zuma, président de l'ANC, plutôt situés à gauche, n'ont pas laissé passer l'occasion offerte par la bombe judiciaire lancée la semaine dernière par un juge de la Haute Cour de Pietermariztburg (est de l'Afrique du Sud). Celui-ci avait invalidé les poursuites pour corruption engagées contre Jacob Zuma et a mis en cause des « interférences politiques » dans le dossier de l'accusation.

Le juge Chris Nicholson, dans une décision qui n'absout pas sur le fond Jacob Zuma, a littéralement scié la planche du pouvoir branlant de Thabo Mbeki. Le président sud-africain était déjà dans une situation de fin de règne et tentait de compenser une impopularité intérieure par des succès diplomatiques à l'extérieur. Il pouvait espérer achever son mandat mais le jugement cinglant du juge Nicholson a rendu sa position intenable.

Les structures dirigeantes de l'ANC, où les courants de gauche l'emportent, ont vu dans la décision du juge la confirmation que Thabo Mbeki a comploté contre Jacob Zuma pour l'empêcher d'accéder à la présidence. Elles ont sommé le président Mbeki de démissionner, sous peine de se voir retirer la confiance au Parlement. Il n'y avait pas de choix possible pour le successeur de Nelson Mandela, qui a davantage servi l'émergence d'une nouvelle bourgeoisie noire au côté de la blanche. Le pays a connu une croissance économique soutenue, mais la gauche du parti et les syndicats dénonçaient un délaissement, réel, des classes pauvres.

C'est, au-delà des personnes et même du souci de rassurer les investisseurs, la question sociale qui fait que l'ANC a penché plutôt vers Zuma que vers Mbeki. L'acharnement de ce dernier à lui barrer la route de la présidence en usant de procédés peu respectueux de l'indépendance de la justice l'aura en définitive perdu. Un président intérimaire, le président du Parlement, pourrait être désigné pour terminer le mandat. A défaut, des élections législatives anticipées seraient organisées.

On prête à certains ministres, partisans de Mbeki, la volonté de faire scission de l'ANC et de créer un nouveau parti. Il n'est pas sûr que l'ANC en sorte affaibli. Mais une telle option pourrait accélérer la décantation politique en Afrique du Sud. L'ANC, mouvement de libération nationale, qui a pris en charge les destinées du pays, est aujourd'hui polarisé entre les représentants d'une nouvelle bourgeoisie qui fait du libéralisme son credo et des courants plus proches des couches populaires qui se sentent les grands perdants de l'après-apartheid. Pour une grande partie de ces couches populaires, la fin du régime d'apartheid n'a entraîné aucun changement dans la situation sociale. Les townships et les campagnes sont toujours pauvres et tristes.

Si l'on a reproché à Mugabe d'avoir été trop rapide dans la réforme agraire, l'Afrique du Sud fait preuve, au contraire, d'une lenteur désespérante. C'est une nouvelle époque politique qui s'ouvre en Afrique du Sud. Et comme toute chose nouvelle, elle comporte de nombreuses incertitudes...


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