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«Nous voulons adapter les produits d'assurance aux besoins des PME» Abdelhakim Benbouabdellah, secrétaire du Conseil national des assurances



«Nous voulons adapter les produits d'assurance aux besoins des PME»                                    Abdelhakim Benbouabdellah, secrétaire du Conseil national des assurances
Entretien réalisé par Badiâa Amarni
La Tribune : Quelle évaluation pourrait-on faire aujourd'hui du secteur des assurances en Algérie '
Abdelhakim Benbouabdellah : Il faut savoir que le secteur connaît une ascension progressive, donc une évolution positive. Il est vrai que pour les exercices précédents, nous avons assisté à une progression à deux chiffres qui était comprise entre 10 et 15% annuellement. Mais depuis 2009-2010, ce taux est ramené à un seul chiffre qui se situe entre 4 et 9% annuellement, donc on revient un petit peu à la normale. La progression à deux chiffres était dans une conjoncture bien précise. L'environnement étant ce qu'il est actuellement, nous revenons donc à la normale. En 2010, le secteur a réalisé 81 milliards de dinars de chiffre d'affaires. Au 30 septembre dernier ' ce sont des chiffres provisoires ' il y a eu encore une progression et le secteur a réalisé à peu près 65 milliards de dinars. Au 31 décembre 2011, nous tablons sur un chiffre d'affaires de 90 milliards de dinars. Donc vous voyez que le secteur évolue bien annuellement et se porte assez bien sur le plan du chiffre d'affaires.

Vous remarquerez que le citoyen algérien n'est pas vraiment au fait de toutes les polices d'assurance qui existent sur le marché national. Y a-t-il un travail de sensibilisation qui se fait pour remédier à cela '
C'est vrai, il y a peu d'engouement de la part de l'Algérien pour se couvrir en assurance aussi bien en assurance vie (ce qu'on appelle assurance de personnes) qu'en assurance dommage. Mis à part l'assurance automobile qui est obligatoire et pour laquelle il y a des contrôles rigoureux, les autres branches ne sont pas très développées ' à l'exemple de l'assurance catastrophes naturelles qui représente à peine 10% de l'enveloppe globale du chiffre d'affaires réalisé par le secteur. A cela, il y a différentes raisons. Bien sûr, les assureurs eux-mêmes le reconnaissent, il y a tout d'abord un déficit de communication de leur part, ensuite, et contrairement à ce que l'on a pensé et ce que l'on pense, le facteur religieux ne constitue pas un élément bloquant comme présenté auparavant par beaucoup de personnes. Je m'appuie, évidemment, sur une enquête client qui a été réalisée en 2007 par le CNA et le facteur religieux a été relégué presque à la dernière place. Les gens avancent d'abord leur ignorance, l'importance d'une couverture, le manque de confiance en l'assurance entachée un petit peu par la branche automobile qui, elle, a donné une mauvaise image de l'assureur, parce que les délais d'indemnisation sont considérés trop longs. Mais sinon l'assureur fournit et développe des efforts immenses sur le terrain pour essayer justement de redorer cette image. Au niveau du CNA, nous sommes sur un projet de réduction de délais d'indemnisation. Il y a ce problème de culture d'assurance qui n'est pas très développée chez nous, il y a aussi cette incapacité financière du citoyen algérien qui avance qu'il n'a pas les capacités financières suffisantes pour pouvoir se couvrir convenablement. Voilà entre autres les raisons qui ont fait que le secteur des assurances n'arrive pas réellement à décoller au vu du potentiel qu'offre le marché algérien des assurances.

Aujourd'hui, la rencontre entre experts, universitaires et assureurs a pour but de se rapprocher les uns des autres et essayer de travailler en étroite collaboration. Pourquoi cette nouvelle façon de faire, alors que d'habitude chacun travaillait de son côté '
Effectivement, c'est à partir de ce constat que vous venez d'établir, tout le monde s'est rendu compte que chacun travaillait de son côté et quand on essaye de passer en revue les résultats obtenus, ils sont très minimes. Les experts développent des théories mais elles ne sont pas exploitées par les autres acteurs. Les assureurs aussi mènent une politique de prévention et chaque société a une politique et mène des actions dans ce domaine, mais les résultats demeurent très faibles. Nous avons donc ressenti la nécessité d'une mise en commun des savoirs et des savoir-faire pour justement mettre en place une stratégie et une politique de prévention et les outils nécessaires pour pouvoir développer cet axe. A mon sens, l'association d'experts et de scientifiques est inévitable si nous
voulons réellement aller de l'avant et jeter les bases d'une politique de prévention et de gestion des risques qui puisse réellement apporter quelque chose de positif d'ici à moyen ou long terme.

Si on doit maintenant aborder le thème de l'expertise dans le domaine de l'assurance, que pourriez-vous nous dire à ce propos et où se situe l'Algérie dans ce domaine '
Je ne pourrai me permettre d'évaluer nos experts, moi je leur fais en tout cas confiance mais l'erreur est humaine et dans toute approche, l'erreur est admise. L'un des experts à ce séminaire a présenté sa communication en avançant des formules mathématiques et un scénario réaliste mais il y a toujours une marge d'erreur. Maintenant dire que les experts ne font pas leur boulot, moi je suis contre. S'ils le faisaient réellement mal comme on le dit je pense que les assureurs s'en seraient débarrassés. Mais simplement, ce qu'il y a lieu de relever en matière d'expertise après un sinistre, c'est que l'expert n'a pas une lecture assurancielle (d'assurance), c'est un scientifique et il porte bien son nom, il constate les dégâts uniquement mais la solution en couverture d'assurance, la solution en prévention ne revient pas à l'expert. Là, on parle d'experts dédiés spécifiquement au sinistre pour évaluer les coûts et auxquels, je le redis encore, je fais entièrement confiance. Maintenant, il va falloir franchir une autre étape, il va falloir associer ces experts pour qu'ils puissent avoir également une lecture et une vision qui se rapproche de celle de l'assureur. Car, si un bâti a pris un coup, l'expert évalue le coût de réparation et ne se limite pas uniquement à le remettre en l'état où il était avant le sinistre mais il va encore beaucoup plus loin et c'est ce qui a engendré quelques incompréhensions, c'est-à-dire que la vision de l'expert est beaucoup plus pointue que celle de
l'assureur. Ce dernier évalue les dégâts pour indemniser son client mais l'expert évalue non seulement les dégâts, mais il prend également en compte les travaux à entreprendre pour remettre sur pied le bâti. Voilà un petit peu les différences qui existent mais sinon nous pouvons faire confiance à nos experts.

Des perspectives du Conseil national des assurances pour l'année prochaine, un programme ' De nouveaux projets en vue '
Il y a de nouveaux projets, de nouvelles études bien sûr mais je ne pourrai pas vous en faire part aujourd'hui parce qu'il va falloir d'abord que ce plan d'action soit avalisé. Une fois fait, il sera rendu public. Toutefois, nous comptons continuer sur la lancée pour 2012. Le séminaire d'aujourd'hui est le premier du genre d'une série de séminaires et nous voulons aller vers des séminaires beaucoup plus pointus, secteur par secteur d'activité, pour réellement mettre en avant l'importance du volet prévention et de la gestion des risques.
Ceci d'une manière générale. Nous 'uvrons également pour le rapprochement du secteur de la PME-PMI et des assurances. Il faut dire que la PME en Algérie est en réalité gérée d'une manière familiale, mais nous assistons ces derniers temps à un renouveau des managers. Même si ces PME demeurent entre les mains d'une même famille, elles sont gérées autrement. Le nouveau manager apporte un nouveau souffle avec de nouveaux outils de management modernes, de la bonne gouvernance, une stratégie de communication et il est beaucoup plus ouvert à la discussion qu'auparavant. Nous 'uvrons donc pour un rapprochement pour essayer de voir quel est le niveau de couverture actuel de ces PME et quels seraient éventuellement leurs besoins, afin de permettre aux assureurs d'adapter leurs produits aux besoins de ces entreprises.
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