Le Caire.
De notre envoyé spécial
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- Vous avez appelé au report des élections, mais les Egyptiens se sont rendus en masse aux urnes. Quel est votre sentiment '
Au début, nous n'avons pas demandé le report, par contre nous avons incité les citoyens à voter massivement. Mais avec la répression de la semaine passée qui a causé la mort d'une quarantaine de personnes, la velléité des militaires de demeurer au pouvoir et les conditions dans lesquelles se déroule cette élection nous laissent perplexes. Nous avons peur pour l'avenir de la révolution et du pays, parce que l'armée s'accroche au pouvoir. Cependant, nous avons confiance en les Egyptiens et en leur capacité de mobilisation. Ils se battront pour que personne ne leur vole leur révolution et leurs droits. Nous misons sur la détermination populaire, elle est plus forte que n'importe quelle autre force. Plus forte que le CSFA et son pouvoir et son gouvernement.
- Craignez-vous pour l'avenir de votre révolution ' Qu'on vous la vole et que des caciques reprennent les rênes du pays '
Nous, en tant que Mouvement du 6 avril, et les autres alliances des jeunes de la révolution, sommes très conscients des dangers qui menacent notre révolution. Il n'y a pas seulement le Conseil militaire, mais également d'autres courants politiques, tels que les Frères musulmans qui ont fait preuve d'un opportunisme politique inacceptable. Ils ont rejoint la révolution du 25 janvier tardivement et, pendant la dernière crise, ils se sont rangés du côté de l'armée en abandonnant la place Tahrir.
Ce qui les intéresse, ce sont uniquement les calculs électoraux. Idem pour les autres courants islamistes et les partis connus pour leur proximité avec l'ancien régime. Mais nous leur disons qu'une révolution pour laquelle des centaines de jeunes de ce pays ont donné leur vie ne sera jamais détournée de son cours naturel. C'est pour cela que nous restons à Tahrir. Le processus révolutionnaire est encore long et il ne va pas se terminer avec le processus électoral. Il reste des «mayadine» à prendre.Â
Nous voulons une transformation radicale, politique, économique, sociale et sociétale. Rompre définitivement avec le système dictatorial et féodal. Sortir le pays de la misère. Nous ne voulons plus entendre parler de pauvreté, d'oppression, d'exclusion, de torture en Egypte.
- Pourquoi la convergence de toutes les forces politiques et sociales, en janvier, a volé en éclats à la veille des élections '
Non, il n'y avait pas de convergence même lors de la révolution du 25 janvier. Nous avons, nous, en tant que Mouvement du 6 avril, marqué notre différence notamment vis-à-vis des partis islamistes et des Frères musulmans. Nous avons dit, dès le départ, que le but final de ces courants était de prendre le pouvoir et qu'ils faisaient des tractations en coulisses. Ce n'est pas nouveau pour nous. Mais ce qui est nouveau, par contre, c'est que l'opinion nationale découvre leurs vrais visages. Plusieurs figures islamistes ont été chassées de la place Tahrir. La nuit, ils pactisent avec le diable et le jour, ils viennent s'afficher à Tahrir. La convergence des forces politiques est certes nécessaire, mais les vraies forces qui portent la révolution, se battent pour l'instauration de la démocratie. Cependant, nous connaissons bien les visées des Frères musulmans.
- Mais ils sont donnés favoris aux élections…
Effectivement, et s'ils sortent victorieux, nous respecterons la volonté et le vote des Egyptiens. Nous nous soumettons au verdict des urnes. Quel que soit le choix du peuple, courant islamistes ou libéral, nous le respectons. Mais un choix libre et transparent, sans fraude. Pour le moment, nous avons des échos qui confirment des dépassements. Les islamistes font campagne en exploitant la misère et l'ignorance des gens, en leur distribuant vêtements et nourriture et en leur promettant le Paradis.
- Vous camperez encore sur la place Tahrir, après les élections '
Sans doute, notre révolution est permanente. L'ancien régime est encore là et ce ne sont pas les élections qui vont le déboulonner.
La future Assemblée du peuple sera totalement soumise au pouvoir militaire et à son gouvernement. Le changement passe par le transfert total du pouvoir aux civils, la cessation des tribunaux militaires.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Hacen Ouali
Source : www.elwatan.com