
Une belle et originale expérience qui a donné naissance à une dynamique...- Comment sont nées les Rencontres cinématographiques de Béjaïa 'Au début, on était un collectif culturel de l'Université de Béjaïa autour d'une troupe de théâtre. A partir du Théâtre régional de Béjaïa, et il faut rendre ici hommage à Malek Bouguermouh, nous avions des liens très forts avec les associations et la société civile. Dans ce bouillonnement culturel de Béjaïa, nous avons eu l'idée de lancer un festival de cinéma. Chemin faisant, nous avons rencontré l'association «Kayna Cinéma», basée à Paris, qui accompagne des initiatives en Algérie. L'idée était d'allier l'aspect pédagogique, la formation, et l'aspect culturel des projections. Nous avons formé des animateurs de ciné-club, des programmateurs mais aussi monté des ateliers d'initiation aux métiers du cinéma. A partir de 2003, nous avons relancé le cinéclub et organisé la première édition des RCB. Après quatre éditions, «Kayna Cinéma» s'est spécialisée dans les ateliers de Béjaïa Doc et nous avons poursuivi les RCB avec d'autres partenaires.Le festival a toujours été ouvert à l'international et commence à avoir un rayonnement au Maghreb, en Egypte et en France. Au départ, notre objectif principal était le festival. Mais dans une ville qui n'a plus de cinéma, c'est paradoxal. Il fallait d'abord recréer la tradition d'aller voir un film en salle. D'où le ciné-club. On ne voulait pas d'un festival folklorique : la fête pendant une semaine et plus rien durant l'année. Notre objectif est d'animer l'espace cinématographique de manière permanente : ateliers, initiations pour enfants, rencontres avec les lycéens? Le festival est le couronnement de tout ce travail. D'une part, l'ancienne génération renoue avec le cinéma après la coupure de la décennie noire et, d'autre part, un nouveau public de jeunes gravite autour de l'association et du ciné-club. Nous pouvons dire, sans exagération, que nous avons formé un public qui s'intéresse au cinéma.- Comment faites-vous pour attirer de nouveaux publics 'On s'adapte... Par exemple, la Nuit du Court-métrage est un événement organisé une fois par an, durant le Ramadhan. On s'est rendu compte que les jeunes sont friands de ce format. Rester deux heures dans une salle obscure devant un film ne va pas de soi. Avec le court, c'est une suite de films de 5 à 20 minutes avec des sujets variés et des respirations. Un public s'accompagne. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'il faut l'éduquer mais simplement l'accompagner en observant ses comportements et habitudes. Ces observations se traduisent concrètement. Nous avons un public de télé.Les jeunes regardent les films chez eux. Ils ont pris l'habitude d'aller et de revenir, ou de discuter durant le film. Il ne faut pas s'étonner de les voir discuter dans une salle de cinéma. Je ne suis pas dogmatique, le cinéma n'est pas une église. On prend le public comme il est. Si les gens parlent un peu durant la projection, ce n'est pas un drame. On s'est rendu compte que la jeune génération regarde un nombre très important de films à la télé, en dvd... L'Algérien ne va plus au cinéma, mais il n'a pas arrêté de regarder des films. Récemment, nous avons reçu des lycéens pour un atelier, et quand on leur demandait de nous citer des films qu'ils avaient vus, ils pouvaient le faire pendant des heures ! Notre rôle est de construire le pont entre le film (téléchargé, vu à la tv ou en dvd) et le cinéma en tant qu'art et industrie. Au ciné-club, on a eu l'idée de programmer des films que les lycéens avaient déjà vus individuellement.- Quelles sont vos activités pour la formation 'Nous organisons des ateliers cinéma autour du court-métrage depuis 2008. Nous avons aussi des séances de présentation à Alger qui ont permis de créer des liens avec les producteurs. De là sont nées beaucoup de collaborations au-delà de l'atelier. Le rôle de l'association est éventuellement de conseiller le participant, s'il le souhaite, mais il est ensuite libre de mener son projet comme il l'entend. L'appel à participation pour ces ateliers est national et, cette année, malgré le manque de moyens, il sera maghrébin. Avec le soutien de l'Institut français de Tunis, nous prendrons en charge des participants tunisiens et marocains. Cette ouverture favorisera l'émulation et les rencontres entre cinéastes du Maghreb. Par ailleurs, nous faisons de la formation sur le tas, ne serait-ce que par la projection et la discussion autour des films. La première formation est de regarder des films.- L'association Project'heurts a-t-elle suscité des vocations de réalisateurs 'Beaucoup de jeunes viennent avec l'idée (ou le fantasme) de faire un film. On leur explique que nous sommes seulement une association et non une boîte de production. Nous pouvons les aider à découvrir comment se fait un film. Après un passage à Project'heurts, certains continuent dans le domaine, d'autres deviennent programmateurs, animateurs, critiques? Dans le cinéma, nous avons Mohamed Yargui qui a réalisé deux courts-métrages (primés au Festival international du film arabe d'Oran). Il était venu à l'association avec la volonté de faire du cinéma. Il a d'ailleurs rencontré le producteur de son 2e film (Mounes Khemmar) aux RCB et ils ont fait, depuis, du chemin ensemble.- L'absence de financement du ministère de la Culture a fait grand bruit. Racontez-nous?De 2007 à 2011, nous avons eu un financement (entre 500 000 et un million de DA). Ensuite, le financement est passé à 3 millions de DA en 2011. A partir de là, on s'est dit que le problème était réglé et que le ministère mesurait l'importance de cet événement. Mais l'année suivante, le financement a été divisé par dix ! On a fait un recours en décembre 2012 auprès du ministère. A ce jour, nous n'avons toujours pas de réponse. Cela est en soi anormal. Pire, en 2013, on n'avait plus de financement du tout. Personne ne nous a expliqué la raison de ce refus. C'est une incompréhension totale. On peut supposer ce qu'on veut, mais nous nous tenons à la légalité et attendons des réponses. Après les relais dans la presse, à la tv et le mouvement de solidarité, je considère que le ministère devrait réagir. En tant qu'association, nous sommes partenaires de cette institution et non sous sa tutelle. L'association a son indépendance et sa philosophie en termes de décision, de programme et d'activités. Nous tenons à cette indépendance.- Quelle est votre réaction face à ce silence 'En plus de l'activité culturelle en elle-même, nos événements font travailler les hôtels, les restaurants, les transports? Tout ce beau monde paie ses impôts. Il est normal que nous demandions aux institutions de nous financer à leur tour. Nous remercions les responsables de la Cinémathèque qui nous offrent cet espace tout au long de l'année. Nous avons des rapports sains et professionnels avec l'APC, la maison de la Culture et le TRB. Nous ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain. Nous ne sommes pas dans une logique de rupture. D'ailleurs, nous avons déposé une nouvelle demande de financement. Nous estimons que ce financement public est un droit. Si le ministère estime que les RCB ne méritent pas de financement, qu'on nous le dise et qu'on nous explique pourquoi. Nous exprimons seulement notre incompréhension.En l'absence de réponse du ministère de la Culture, nous avons décidé d'en parler dans les médias et sur internet. Il y a eu un grand mouvement de soutien de professionnels du cinéma, d'intellectuels, d'artistes et de citoyens. Cela nous a vraiment réjoui que tous ces gens adhèrent à la philosophie de l'association et cela confirme l'impact des RCB. Il faut que les autorités comprennent que ces personnes ne sont pas en train de les insulter mais qu'elles disent simplement : «ouvrez les yeux !». Si elle n'est pas politicienne, cette affaire est politique. Elle pose la question de la politique culturelle en Algérie. L'orientation générale est de favoriser les festivals institutionnalisés. Mais cela ne doit pas se faire aux dépens d'autres manifestations qui ne demandent pas de moyens pharaoniques mais un partenariat et une aide à la mesure des leurs activités. Refuser de poser ce débat, c'est se boucher l'horizon.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Walid Bouchakour
Source : www.elwatan.com