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Noureddine Boukrouh, le Coronavirus et Ramadhan



Dans un article intitulé : « Coronavirus et Civilisations », publié le 8 avril dernier, simultanément sur sa page Facebook et deux journaux nationaux, l'intellectuel et homme politique Noureddine Boukrouh, a abordé deux thèmes éloignés l'un de l'autre mais en apparence seulement : d'abord un sujet-presque-bateau (« Pourquoi, d'entre toutes les anciennes et grandes civilisations, seule la civilisation islamique n'a pas réussi sa renaissance à l'époque moderne' »). Et ensuite il a émis une idée surprenante, à savoir l'influence possible du Coronavirus sur le mois de Ramadan à venir.Si la première partie de l'analyse de Noureddine Boukrouh n'a pas fait scandale puisque elle a été souvent traitée par cet auteur (et également par des dizaines d'autres intellectuels de par le monde), la seconde, par contre, a soulevé une grande polémique, notamment sur les réseaux sociaux.
La raison ' C'est que cette partie du texte de Noureddine Boukrouh a semblé constituer, pour certains esprits chafouins, un encouragement à ne pas observer le jeûne ce printemps, à cause de la pandémie du Coronavirus.
Pour que chacun se fasse sa propre idée, voici le passage du texte de Noureddine Boukrouh qui a fait polémique : « Si les ‘Infidèles' (les adeptes des quatre autres civilisations-religions) ne règlent pas son compte au Covid-19 d'ici le Ramadhan, soit dans 15 jours, le vieux savoir religieux (islamique. Ndlr), invariable en tout temps et tout lieu, sera confronté à un sérieux embarras : consentir à la suspension du jeûne cette année, car un gosier sec favorise l'implantation du virus, ou la refuser et braver le risque d'une plus large contamination des musulmans et des non-musulmans qui vivent ensemble presque partout. Qu'est-ce qui doit primer ' La vie d'un nombre indéterminé d'êtres humains ou une prescription religieuse ' Au temps de l'islam inaugural, quand le savoir religieux n'existait pas encore, le calife Omar s'était vu confronté à une situation semblable à celle que nous vivons: la peste en Syrie où se trouvait l'armée qu'il avait envoyée pour la conquérir ainsi que la Palestine. Devant les pertes enregistrées (les historiens parlent de 25.000 soldats morts après leur contamination), il ordonne le retrait de la ville et sa mise en quarantaine, mais sa décision est contestée par son commandant en chef (Abou Obeïda) qui lui reproche la « dérobade devant la volonté divine ». Omar lui répond : « Nafourou min qadri Allah ila qadri Allah ».
Trois jours après la publication de son texte, Noureddine Boukrouh publie un deuxième article sur sa page Facebook (intitulé « Le mufti malgré lui ») dans lequel il répond à ses détracteurs. Il y écrit notamment : « (...). Moins de vingt-quatre heures après la publication d'un article sur le « Coronavirus et les civilisations », je me suis retrouvé sous un déluge de critiques, d'insultes et de menaces de mort, provenant de mon pays et de l'étranger, parce ce que j'aurais commis le sacrilège d'appeler à une suspension de l'obligation religieuse de jeûner à cause du ‘Covid-19', une idée aussi farfelue que sans précédent dans l'histoire millénaire de l'Islam (...). Le plus incroyable c'est que la plupart des pages et sites qui relayaient la fausse information reproduisaient mon article intégralement, en arabe ou en français, alors que ce dont ils m'accusent ne s'y trouve absolument pas ». « On sait que dans la vie, il y a ceux qui ne veulent croire qu'en ce qu'ils voient ou touchent, en citant parfois abusivement Saint Thomas, ceux qui pratiquent le bouche-à-oreille ou le téléphone arabe, ceux pour qui la rumeur est toujours la première source d'information, mais on n'a jamais vu de gens croire le contraire de ce qu'ils ont sous les yeux ou de ce qu'ils partagent sans l'avoir lu ». (...).
« A la veille de la publication de cet article j'avais eu connaissance du communiqué de la célèbre université théologique d'Al-Azhar (Le Caire) faisant état de l'examen par ses instances des possibles incidences du coronavirus sur le jeûne. L'institution la plus qualifiée au monde musulman pour l'élaboration des fatwas (jurisprudence à caractère consultatif) concluait « qu'à la date du jour où le communiqué était publié, il n'y avait pas lieu de préconiser l'empêchement du jeûne ». « Ce qui veut dire, ajoute Boukrouh, que si les choses venaient à empirer, El-Azhar pourrait le faire car l'esprit coranique, l'esprit des lois comme dirait Montesquieu, l'y autorise. Tout musulman peut faire jouer le principe de « hûkm dâroura» qui admet que la nécessité puisse suspendre les prescriptions coraniques ». « Al-Azhar, le siège du savoir religieux musulman, savoir à qui je reproche de longue date son non-renouvellement depuis mille ans, m'étonnait en envisageant, après consultation des spécialistes médicaux, l'éventualité d'émettre une proclamation d'état d'empêchement du jeûne, car le savoir religieux a bridé le libre-arbitre chez les musulmans depuis un millénaire et réduit les facultés que le Coran leur accorde ». « Où a-t-on vu, conclut Boukrouh, un appel de ma part, mufti malgré moi, à ne pas jeûner cette année ' On ne le saura jamais. Il a suffi d'un désinformateur-zéro pour que des essaims de mouches électroniques prennent d'assaut ma page Facebook (...) dans le but de faire de moi un mouton noir, un excommunié, un individu maudit par sa communauté ». Guettons alors la fatwa définitive d'El-Azhar sur ce sujet délicat, mais il est fort à parier qu'elle ne surprendra personne!
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