
Le triste sort de Noredine Bentifour, un artiste décédé le 12 septembre dans un centre pour personnes âgées d'Oran, a soulevé l'indignation de ceux qui l'ont côtoyé.«Cela faisait quelque temps que je lui rendais régulièrement visite pour prendre de ses nouvelles et je lui ai même proposé le tournage d'un documentaire sur sa vie et son parcours artistique mais le destin en a voulu autrement», indique M. Akermi, producteur audiovisuel, précisant que l'homme, passionné de théâtre, avait donné son accord de principe.Il ne voulait pas mettre sa personne en avant mais le sujet, un personnage qui a vécu toute sa vie pour sa passion et au final, se retrouve sur le bas-côté de la route, l'intéressait et c'est pour cela qu'il avait accepté. Le producteur avait justement rendez-vous avec lui ce funeste jour : «Je suis arrivé à l'heure, dans la matinée comme prévu, et c'est là que j'ai appris la triste nouvelle. Il avait succombé le matin même.Le centre s'est occupé des modalités de son enterrement et je peux vous dire que rares sont ceux qui y ont assisté.» Alors qu'il séjournait au centre, Noredine Bentifour avait monté un monologue qu'il devait intituler Lhogra (l'injustice), une sorte de cri de c?ur en écho à sa vie de misère, allant jusqu'à officier comme gardien de voitures devant la pêcherie d'Oran.Originaire d'une localité rattachée administrativement à la wilaya de Relizane, c'est à Mostaganem que dans sa prime jeunesse il découvre le monde du théâtre avec notamment Ould Abderrahmane Kaki qu'il assista dans certains de ses travaux. Très tôt, il s'installe à Oran et c'est dans la foulée du théâtre amateur qu'il fait ses premiers pas en participant à l'écriture et en interprétant des rôles dans plusieurs pièces, notamment avec la troupe Kawakib fondée dans les années 1970. «Il avait fait le choix de quitter le cocon familial pour être libre et vivre ses rêves et c'est ce qu'il a fait pendant des années.Mais lui aussi a connu une traversée du désert durant toute une décennie pendant laquelle il a presque sombré avant de se relever et hélas de retomber vers la fin de la décennie 2000», explique Mohamed Fadel. «Il y a quelques années, sa situation était telle qu'il n'avait pas d'autre choix que de solliciter Dar el Adjaza», ajoute cet animateur au sein de la compagnie amateur TTO (anciennement Théâtre des travailleurs d'Oran) que Noredine Bentifour connaît bien pour avoir contribué à former l'ancien principal animateur de cette troupe.Sa mémoire concernant le théâtre algérien était phénoménale, reconnaissent ceux qui l'ont approché. Les pièces Aâchna ouchefna (nous avons vécu et nous avons vu), Chabaâ j'dida (les nouveaux riches) ou Dar draouche (la maison des charlatans) réalisées dans les années 2000 portent l'empreinte de cet artiste qui, dit-on, avait une approche brechtienne du théâtre. Parmi les anciennes pièces, ses amis, comme Azzedine Amari, spécialisé dans le théâtre pour enfants, évoquent Lbasla oua lfoula (l'oignon et la fève), Lhouta (le petit poisson) et tant d'autres travaux aujourd'hui aux oubliettes.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Benachour
Source : www.elwatan.com