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Mourad Amari, fossoyeur au cimetière d'Oran, raconte...



Casquette de baseball blanche sur la tête, combinaison violette et bottes en plastique, Mourad Amari, 43 ans, est depuis le début de la propagation du Covid-19 aux avant-postes de cette crise. Non, il n'est pas médecin, ni infirmier, ni agent de la Protection civile. Il est fossoyeur au cimetière de Aïn El-Baïda (Oran) depuis maintenant neuf ans. Teint basané, barbe et moustache noires, visage émacié et le sourire des humbles aux lèvres, il est en compagnie d'un de ses collègues.Les deux fossoyeurs se sont portés volontaires (donc pas de primes spéciales) sur les dix "haffaras" qui sont employés par le cimetière communal afin de mettre en terre les morts du nouveau coronavirus. Si jusqu'à samedi dernier, 12 personnes ont été enterrées, Mourad ne se sent pas pour autant un héros mais juste quelqu'un qui fait son job et reconnaît, un brin fataliste, que cet aspect de son travail n'est pas anodin. "Ce sont nos frères musulmans, on n'a pas à avoir peur. Je crois en Dieu, et si mon heure arrive, où vais-je fuir '", s'interroge-t-il.
Père de quatre enfants, dont l'aînée a 15 ans et le benjamin huit, il habite une cave à Maraval, et malgré sa situation socioprofessionnelle précaire ? il perçoit un salaire de 27 000 DA qui n'est pas toujours viré à temps ?, il estime qu'il vit "normalement" avec sa famille. Comment sont perçues ses nouvelles "responsabilités" par les siens ' "Ma femme est au courant que je m'occupe d'enterrer les victimes du virus, et tout se passe bien avec mes enfants. Elle me demande juste de me protéger et de prendre mes précautions."
Des mesures qui consistent à mettre une tenue de protection avec gants et masque, une désinfection à l'eau de javel et une douche, une fois le travail terminé. Il ajoute que lorsqu'il doit procéder à une mise en terre (il est arrivé à son équipe d'inhumer par deux fois deux personnes en une même journée), il appelle son épouse pour lui dire qu'il sera en retard "parce que les enterrements se font généralement après 17h, quand le cimetière se vide".
Comment se passe alors un enterrement ' "Les hôpitaux nous appellent pour nous prévenir d'un décès. Et dans un espace spécialement conçu pour cela, à l'écart des gens, on creuse la tombe à l'aide d'un poclain sur une profondeur de 2,50 m à 3 m (la profondeur habituelle étant de 1,40 m à 1,50 m), on verse de la chaux puis on rappelle les établissements hospitaliers pour leur dire qu'on est prêt", explique Amari Mourad.
Le cercueil hermétique arrive en ambulance en compagnie de deux ou trois membres de la famille du défunt. La cérémonie commence avec la prière du mort et, une fois la dépouille mise en terre, de la chaux est de nouveau épandue sur la bière avant d'être une troisième fois répandue sur la terre retournée. Un enterrement se prépare, nous laissons notre homme indiquer le chemin aux retardataires avec sa bonhomie désarmante.

Saïd OUSSAD
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