Oran - Revue de Presse

Mortelles faveurs



Condoleezza Rice, après l'échec de ses discussions avec lesresponsables russes sur le bouclier antimissile, s'est inquiétée de la tropforte concentration des pouvoirs entre les mains du Kremlin. C'est indubitableque le pouvoir en Russie est concentré au Kremlin, mais que dire d'un pouvoiraméricain qui concentre entre ses mains le droit de mener des guerres avec unmépris souverain du droit international ?  S'il est indéniablequ'un combat pour la démocratie doit être mené en Russie, l'administrationaméricaine est, à n'en pas douter, la moins bien placée pour donner des leçons.On a en effet dans les déclarations de Mme Rice un exemple édifiant d'uneinstrumentalisation pour des intérêts de puissance, des valeurs de ladémocratie et des droits de l'homme. Si M. Poutine n'avait rien trouvé à rediresur le bouclier antimissile, il passerait encore pour le meilleur ami du monde.La technique est éculée et, dans le cas de la Russie, elle ne risque pasd'avoir une incidence majeure. Les démocrates russes, qui se battent durementcontre l'autoritarisme, devraient se passer de la suspecte sollicitude deWashington.  Presque au mêmemoment, un témoin de choix, en l'occurrence Ricardo Sanchez, ancien commandantdes forces américaines, rappelait certaines vérités lourdes en évoquant l'écheccatastrophique en Irak où la guerre est devenue, selon lui, un « cauchemar sansfin ». Le général américain à la retraite parle des soldats américains victimesde « l'incompétence des décideurs stratégiques au sein des instancesdirigeantes ».  On peut compatirpour les malheurs de l'armée américaine, à condition de souligner que lecauchemar le plus terrifiant est celui que subissent les Irakiens en raison deslubies d'idéologues militaristes et d'appétits pétroliers. On aura eu danscette affaire une succession de mensonges parmi les plus coûteux en vieshumaines de l'histoire récente: des armes de destruction qui n'existaient pas,un lien totalement farfelu entre l'Irak et les attentats du 11 septembre.           C'était si grossier qu'on a inventé en cours de route le prétextede la démocratie et la nécessité de déboulonner un dictateur qui a été, pendantsi longtemps, un ami.  La prétenduedémocratie irakienne qui essaimerait dans la région, c'est aujourd'hui un paysensanglanté, ruiné, où les gens vivent plus mal que sous l'embargo imposé aurégime de Saddam Hussein. La démocratie de Bush et Blair, ce sont des cow-boysde Blackwater qui tirent sur tout ce qui respire, ce sont des dommagescollatéraux qui sont toujours imputés aux adversaires, ce sont descongressistes américains qui « votent » pour la partition de l'Irak comme sic'était leur propriété.  Les démocrates enRussie, dans le monde arabe ou en Iran (qu'on promet de casser et de ramener àl'âge des ténèbres à coups de bombes) ont mille fois raison de se battre contreles dictatures et les autoritarismes, mais ils ont sérieusement intérêt à sepasser des faveurs de la Maison-Blanche. C'est, sans exagération, mortel pourla démocratie. Voire mortel, tout court.
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