Avec la disparition de Moh Chérif Hannachi, le football national perd l'un de ses emblématiques acteurs qui agissait depuis plus de cinquante ans. En effet, dans les années 1960, Hannachi était déjà le défenseur central d'une JSK qui commençait à dominer la compétition. Déjà, il avait son caractère d'homme intransigeant et déterminé. A ce sujet, Derridj, l'ancien ailier droit de la Jeunesse de Kabylie qui fut son coéquipier, nous avait raconté une anecdote étonnante : «On avait affronté le MCO à Oran en concédant une défaite, Moh-Chérif n'était pas content. Sur le chemin du retour que nous faisions par autocar, il avait demandé à descendre à Relizane et nous avait priés de ne pas l'attendre. Le lendemain, on l'a retrouvé à Tizi-Ouzou mais on n'a jamais su s'il était revenu à pied ou par un autre moyen de locomotion.» Ensuite, dans les années 1990, Hannachi deviendra le président du club auquel il restera fidèle pendant plus de trois décennies. En 1994, il nous fera découvrir une de ses qualités indéniables, la générosité. C'était lors d'un match Nahd-JSK au 20-Août à Alger. A la fin de la rencontre, nous attendions devant la porte du vestiaire pour un entretien avec Benkaci qui était le n° 10 de la formation kabyle. Soudain, un violent orage éclata et comme il n'y avait aucun endroit couvert pour se réfugier, nous nous retrouvâmes complètement mouillés avec des vêtements trempés et ruisselants. En apercevant la scène, Hannachi nous interpella : «Venez vite vous abriter dans le vestiaire avec les joueurs.» Puis, il ordonna à un garde-matériel de nous donner un survêtement. Ensuite, il insista pour nous emmener à la cafétéria où il nous offrit des thés brûlants pour nous réchauffer. Quelques années plus tard, lors d'un regroupement de la JSK à l'hôtel Mercure, il nous avait accordé un entretien. Une fois l'interview terminée, il se leva, releva son pull et nous montra son dos meurtri en disant : «Voyez, je souffre de mon dos, et tout cela parce que j'ai juré fidélité à la JSK, un club que je ne pourrai jamais laisser tomber jusqu'à ma mort.»Hassen Boukacem
Témoignages
Mokhtar Kalem (ancien attaquant du CRB) : «J'ai joué un seul match contre Hannachi et il était mon adversaire direct vu qu'il était défenseur central et que j'étais avant-centre. Il donnait l'impression d'être un homme dur et intransigeant, mais, en fait, c'était un charmant garçon. Je n'ai jamais eu de problèmes avec lui, même si l'on n'a pas eu souvent l'occasion de se rencontrer quand j'étais président du CRB. Il a laissé son empreinte dans le foot national et on demande à Dieu de l'accueillir dans Son Vaste Paradis.»
Mahiedine Meftah (ex-joueur de la JSK) : «Le foot national vient de perdre un grand homme, un symbole qui s'est sacrifié pour la JSK. Il se comportait de la même façon avec sa famille et ses joueurs. C'est un président irremplaçable, que ce soit au niveau de la JSK ou du football. Il avait un amour débordant pour son club de toujours. La preuve, en 1995, lors d'un quart de finale retour, contre les Ghanéens, on a été menés par deux à zéro à la mi-temps par la faute d'un arbitrage maison qui avait accordé deux penalties imaginaires aux Ghanéens. Comme nous avions gagné à l'aller par trois buts à un, nous étions éliminés à ce moment-là. Nous étions réduits à dix et dans les vestiaires Hannachi nous avait demandé de limiter les dégâts. Lui, il n'y croyait plus. Pourtant, en seconde période, j'ai réussi à inscrire le but qui nous envoya en demi-finale. Sa joie était telle que Hannachi s'est évanoui sur le banc de touche. Je profite de l'occasion pour présenter mes sincères condoléances à sa famille, notamment ses filles et ses frères ainsi qu'à tous les supporters de la JSK.»
Propos recueillis par Hassen Boukacem
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassan Boukacem
Source : www.lesoirdalgerie.com