Les madridistas algériens ont de quoi se frotter les mains et, à moins d'une semaine du «clasico», le débat sera certainement chaud dans les cafés. Au-delà de l'aspect purement sportif du rendez-vous entre Catalans et Madrilènes made in chez nous, la rencontre de ce dimanche est habillée du linge sale de la politique. En effet, le Barça, à son corps défendant et contre son plein gré, si l'on croit la version officielle du club, n'a pas invité le soldat israélien Shalit à assister au match. Faux, rétorquent les défenseurs de la cause palestinienne bien planqués chez eux.
Les supporters du Real, qu'ils soient à Hassi Messaoud, Oran ou Chelghoum Laïd, ont pris de la distance, attendant de voir avant de juger leurs ennemis intimes parqués devant les écrans 42 pouces des cafés populeux d'Alger, de Sétif ou de Tamanrasset. C'est pour dire simplement que les 90 minutes passionnent la planète entière et le tiers monde en particulier. Que l'on soit né à Hassi, habitant à Aïn et chômant à Ouled, on ne peut pas échapper à un «clasico». Les Algériens, à défaut de montée d'adrénaline intérieure, se tournent vers la terre d'el harga et attendent avec impatience le communiqué de presse du porte-parole du ministère des Affaires étrangères du FC Barcelone pour connaître sa position vis-à-vis du conflit israélo-palestinien. C'est comme ça, en absence d'informations de chez nous, on regarde ce que fait le voisin même s'il est derrière la mer. Barça-Real, c'est aussi l'histoire de Moncef le Barcelonais et Mehdi le Madrilène qui se sont donnés rendez-vous dimanche prochain, à 20h45 tapantes, au café du quartier, pour suivre en direct un match qui ne les regarde ni de près, ni de loin, ni en amont, ni en aval, ni de père, ni de mère. Moncef, 33 ans, chômeur professionnel, célibataire malgré lui, maigre comme la bourse d'un étudiant et hargneux comme un Algérien blousé, est barcelonais de c'ur, espagnol de tentative. Il connaît le consulat comme le propre F2 parental, il y a déposé cinq fois une demande de visa refusée. Mehdi, 28 ans, est un rescapé des années de braise. Réfugié politique, fuyant Relizane, il est venu à Oran chercher un coin de ciel plus républicain. Il ne trouvera en fin de compte, au-dessus de sa tête, qu'un vulgaire morceau de toile ondulée, menacée d'éradication par le nouveau wali. Mehdi est madrilène de maillot, laissé en héritage par un cousin monté au maquis résiduel. Il ne connaît pas le consulat d'Espagne parce qu'il ne possède pas un passeport vu que c'est un réfugié qui n'a pas de droit. Mais Mehdi est un Espagnol de tentative lui aussi, comme la moitié des jeunes Algériens en âge de comprendre et de nager.
Moncef commande deux cafés d'un goût douteux et Mehdi met six cigarettes de Rym sur la table. Ni l'un ni l'autre n'ont l'espace et le luxe de se payer une carte d'Al-Jazeera Sport à 13 mille balles. Moncef, le plus citadin et le plus instruit des deux, il a fait deux années de moyen, explique à son compagnon que le match ne se joue pas que sur le terrain mais c'est une confrontation politique entre le pouvoir central et la Catalogne qui, comme les Touaregs du Nord-Mali, veut son indépendance, et que les Arabes, ne voulant pas s'impliquer dans cette explication, ont décidé tout bonnement de quitter l'Andalousie et de créer Al- Jazeera. Il expliquera également que si on avait demandé au Real d'inviter Sharon à Bernabeu, il l'aurait fait. Il dira que Madrid c'est comme Alger ou l'Algérie pour faire plus court et juste et que Barcelone est comme qui dirait la Kabylie ou le reste de l'Algérie profonde pour faire plus vaste et authentique. Il ajoutera que la comparaison s'arrêtait là parce qu'à Barcelone comme à Madrid, et partout dans les démocraties du monde, on pouvait manger à n'importe quelle heure dans n'importe quel mois, qu'on pouvait marcher main dans la main avec sa copine dans les rues, qu'on pouvait avoir des opinions contraires sans risquer de voir un maire porter plainte, que, que, que. Perplexe, Mehdi alluma sa première cigarette, souffla la fumée sur le visage buriné de son compagnon d'infortune et se leva. «Le match retour, je le verrai à Madrid avec les Espagnols ou au fond de la Méditerranée avec mes frères noyés».
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Moncef Wafi
Source : www.lequotidien-oran.com