
Le comédien Kamel Zouaoui était de passage éclair au Off d'Avignon. Il a joué quelques représentations avant de partir pour la Colombie. Juste avant son départ, il nous explique le tournant de sa carrière.Cette année, vous faites un passage express par Avignon. Pourquoi 'Je suis content d'être là, même si je n'avais pas prévu de venir à Avignon, puisque je pars en Colombie dans le cadre de l'année de la France dans ce pays. Je vais jouer dans six festivals, en langue espagnole. Je jouerai Regarde plutôt la mer, un texte sur l'exil, entre France et Algérie, texte que j'ai moi-même traduit en castillan. Au passage, je peux dire que je suis fier que les cours de mes professeurs ne soient pas perdus. Ici, j'ai été invité par le théâtre des Amants pour quelques jours. J'ai accepté et je me fais plaisir, sans enjeu.C'est une autre étape, une page qui se tourne. Les spectacles sur Dj'ha puis sur sa petite famille que vous avez inventée, c'est fini 'Non, je suis un homme fidèle en amitié, en amour et dans mes convictions. Nasredine Dj'ha, c'est vraiment un personnage du patrimoine qui m'intéresse, qui m'a touché, qui m'a aidé à me réaliser en tant que conteur et donc je continuerai à interpréter ces personnages quand on me les commandera. En parallèle, cette année je privilégie mon nouveau conte, Regarde plutôt la mer. Je passe à une autre étape de moi-même. Dj'ha, c'était une contextualisation d'histoires qui appartiennent au patrimoine, même si je les ai revisitées. Regarde plutôt la mer, je l'ai écrit à partir de mon histoire et notre histoire en général.Une histoire entre France et Algérie'L'histoire de gens qui sont coincés sur cette «rue», qui est la rue Méditerranée. Certains ne savent pas quelle est légitimité à être sur le côté pair ou le côté impair de cette rue. Il en est beaucoup qui se retrouvent l'âme au milieu de la mer. J'essaie humblement dans ce spectacle de rappeler que les deux côtés nous appartiennent pendant le temps qu'on est là.L'histoire se place dans un entre-deux, dans un bateau, pourquoi 'J'ai situé l'histoire dans le fameux El Djzaïr 2, qui fait la traversée Marseille-Oran. Le jeune Hugo, 23 ans, discute avec sa mère Denise. Son père s'appelle Mouloud. Un jour sa mère lui avait dit que ça ne serait pas mal qu'il aille voir l'Algérie. «Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour tes enfants !». Il regarde sa mère et lui dit que pour les enfants, il est encore temps. Il décide cependant de partir et il découvre qu'il est algérien depuis sa naissance, son père lui ayant établi par quelque mystère son passeport, alors qu'il était enfant. Au lieu de faire le déplacement en avion car il trouve que c'est cher et trop rapide, il y va en bateau. Il loue une cabine où il s'ennuie. Il monte sur le pont principal où il rencontre Merouane, un Algérien qui était parti en exil et qui rentre au pays.Et pour Hugo, y a-t-il un retour ou restera-t-il en Algérie dans cette racine improbable 'Il y a une profonde modification qui s'opère en lui. Au cours de ce simple voyage avec les grands-parents, avec la terre d'origine, la terre du père, la rencontre avec Merouane va faire qu'il va se modifier, devenir un autre Hugo, révéler sa part d'algérianité et aussi sa part de francité. Surtout, cela l'aidera à trouver son humanité et sa complétude. Il comprendra qu'il ne vient pas chercher des choses qu'il ne connaît pas, mais à se connecter avec des éléments qu'il a déjà en lui.Pourquoi avoir choisi la forme du conte 'C'est un art dans lequel je m'épanouis de plus en plus. C'est un art du c?ur à c?ur. Un art dans lequel on peut difficilement tricher et qui exige de la sincérité, de l'authenticité. Avec Dj'ha, déjà je voyais sur les visages des gens une bienveillance, une douceur, une part d'enfance qui remonte. Avec ce spectacle, quand on a filtré l'impact des mots et des sensations, je vois que les gens découvrent une histoire universelle. Les gens partent dans l'émotion. Ils me suivent et c'est une grande responsabilité d'être suivi. J'amène les gens là où je veux les amener sans les obliger. Ce conte m'aide beaucoup à être en sérénité avec ce que je suis. Il faut arrêter de mettre nos singularités les unes contre les autres, mais plutôt les additionner pour nous aider à être nous-mêmes.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Walid Mebarek
Source : www.elwatan.com