Oran - Revue de Presse

Mauritanie : retour du coup d'Etat



La Mauritanie avait surpris et ravi en 2007 en organisant des électionspré sidentielle et législatives dans le plus strictrespect des normes de la démocratie. Hélas, l'expérience était trop belle pourdurer dans ce pays arabo-africain. Les militaires yont mis fin hier en procédant à l'arrestation du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi et de sonPremier ministre. Ce sont pourtant ces mêmes militaires, alors conduits parl'ex-colonel Vall, qui ont engagé le pays sur la voiedémocratique après avoir mis bas en 2005 le régime autoritaire de l'un desleurs, l'ancien président Sid Ahmed Ould Taya. Un année à peine dedémocratie et de pouvoir civil et les militaires ont remis ça par un énièmecoup d'Etat.

La cause déclenchante de celui-ci a été, semble-t-il, ladécision prise mardi soir par le président déchu de limoger deux des principauxchefs de l'armée mauritanienne, lesquels ont réagi en faisant arrêter tôt lemercredi matin le chef de l'Etat et son Premier ministre.

En apparence, ce n'était pas avec les militaires que lepremier président mauritanien démocratiquement élu avait des problèmes, maisavec sa propre majorité parlementaire. Elle a récemment voté une motion decensure contre le chef du gouvernement, fidèle allié du Président. Ce n'estqu'en menaçant de dissoudre l'Assemblée nationale que Sidi OuldCheikh Abdallahi a obtenu de sa majoritéparlementaire la reconduction de son Premier ministre. Pour autant, la criseentre le Président et sa majorité a persisté puisque des députés de celle-ciont exigé la création d'une commission d'enquête sur sa fortune et celle de safemme.

Selon les observateurs, Sidi OuldCheikh Abdallahi s'est fait la conviction quederrière la fronde de sa majorité parlementaire, il y aurait eu l'instigationdu haut commandement de l'armée, inquiet de l'indépendance qu'il était en trainde prendre à son égard. D'où sa décision de réagir en limogeant deux desprincipaux responsables de ce haut commandement militaire.

Quelle que soit la cause qu'invoqueront les putschistespour justifier leur coup de force, ils ont trahi l'engagement pris par leurinstitution de respecter l'autorité civile dûment et démocratiquement mandatéepar le suffrage des Mauritaniens. Sidi Ould Cheikh Abdallahi a peut-être commis des erreurs dans l'exercice deses fonctions, il a certainement déçu, mais il n'appartient pas à l'armée deson pays, qui a accepté la règle du jeu démocratique, de le sanctionner en ledestituant.

Ce retour au pouvoir des militaires à Nouakchott confirmece que beaucoup ont craint en 2007. A savoir que démocratie ou pas, l'armée entendaitdemeurer l'arbitre, la source du pouvoir et la force qui décide pour le pays.

Ce serait un grave précédent que la communautéinternationale ferme les yeux sur la destitution du président mauritaniendémocratiquement élu. Elle ne doit pas entériner le fait accompli desmilitaires, même si ceux-ci «s'engagent» encore une fois au retour à ladémocratie. Ce serait leur reconnaître la qualité de tutelle sur les pouvoirscivils qui viendront à succéder à celui du président déchu. Et ce seraitadmettre que le peuple mauritanien n'est pas encore mûr pour la démocratie.


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)