Oran - A la une

"Marcher !", un ouvrage collectif des éditions Chihab



En langue française, arabe, derja ou en anglais, les auteurs de cet ouvrage, parmi eux Akram Belkaïd, Lynda Abbou, Houari Bouchenak, Mouloud Boumghar ou encore Mustapha Benfodil, "mettent à jour, chacun avec son talent propre, la dimension esthétique du mouvement populaire"."Cette révolution que nous avons, nous autres, le privilège inouï de vivre est d'abord terriblement émouvante. Le sentiment qui domine dans les rues, dans les places publiques, dans les c?urs, dans les regards, dans les gestes, c'est l'amour. (?) Ils ont cru que les Algériens étaient soumis alors qu'ils ne faisaient que voir en eux leur propre figure d'êtres soumis par l'ignorance, l'inculture, la cupidité, accueillant volontiers en eux-mêmes les germes de la prostitution, de l'aliénation et de la trahison". Dans le sillage de la collection Nous autres, l'initiateur de ce bel ouvrage collectif qui rend hommage à la révolution du 22-Février, Amin Khan, introduit en ces mots Marcher !, qui réunit les récits de plusieurs photographes, journalistes, artistes et docteurs ayant vécu, sur le terrain, en Algérie ou sous d'autres cieux lors des manifestations hebdomadaires, le soulèvement citoyen. Des témoignages et un apport "essentiels" d'Akram Belkaïd, Lynda Abbou, ou Houari Bouchenak, "qui mettent à jour, chacun avec son talent propre, la dimension esthétique du mouvement populaire". Recueillie par la journaliste Lynda Abbou en derdja, la mésaventure du jeune Mohamed, l'enfant du vieux quartier de La Casbah dépeint comment la jeunesse avait définitivement enterré tout espoir de vivre une vie digne. De ses nombreuses tentatives de rejoindre l'autre côté de la Méditerranée, de la misère familiale dans laquelle il vit depuis l'effondrement de leur habitation, Mohamed avait une revanche à prendre sur la vie, quel qu'en soit le prix à payer. Mais un évènement inattendu, créé par la détermination d'un peuple qu'on croyait à jamais brisé, fera que Mohamed mettra de côté l'idée de tenter de quitter, une fois de plus son pays, car un certain 22 février, l'espoir a pu, enfin, renaître en lui. Le journaliste et écrivain Mustapha Benfodil, fidèle au style déconstruit qu'on lui connaît, reprend dans un mélange d'arabe dialectal et de français, les slogans des "marcheurs" : "Yatnahaw_ga3 !", "Silmiya", "102, 7, 8"? Le passé et le présent s'entrecroisent, le nom des Bouhired, Ben M'hidi, Audin, sont immortalisés dans les post-it des étudiants sur la place Maurice-Audin. À son tour, Saïd Djaâfer se souvient de cet instant hors du commun, où du haut de son balcon, un vieux lève les mains au ciel. Une prière muette que la jeune foule d'en bas n'a pas manqué de remarquer. Evidemment, dans sa spontanéité, une poignée d'entre elle lance ce chant lancinant en direction du balcon "Mazal elbaraka, ya baba, mazal !". Un moment intime que le journaliste regrette de ne pas avoir capturé. Mais, "sans doute que le moment était trop privilégié, trop puissant, d'une intimité sacrée, même s'il se déroulait dans la rue, dans une communion soudaine entre un ancien et une centaine de jeunes", dira-il. Par ailleurs, l'ouvrage est accompagné d'une série de clichés des manifestations de Houari Bouchenak, Fethi Sahraoui, Youcef Krache ou encore Lydia Saidi.
Yasmine Azzouz
Marcher ! , ouvrage collectif sous la direction d'Amin Khan. Editions Chihab, 182 pages, 2019. 100 DA.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)