C'estcertainement le marché le mieux achalandé de la ville et sans doute le plusfréquenté après celui de Souk El-Acer, connu pour être celui des petitesbourses. Le marchéBoumezzou, en plein coeur de la cité, constitue pour la ménagère constantinoiseet le père de la famille nombreuse un passage obligé pour cause de convenance. Tous ceux de cesclients qui habitent le centre-ville vont - par réflexe ou par nécessité - yfaire un tour quotidien. Mais ce qu'ils verront à huit ou neuf heures du matinest loin du visage de ce marché à ses premières heures de la journée, à cesaurores bruyantes lorsque commencent à y pénétrer les premières marchandises.Même si à cette heure le marché donne l'impression d'être fin prêt pouraccueillir convenablement ses premiers clients, on pourra toujours y constaterque nombreux sont ces commerçants qui continuent de nettoyer devant leuréchoppe, d'éponger d'immenses flaques d'eau noirâtre ou de réunir en un seulamas tous ces monticules d'ordures. Mais ce n'est là qu'une partie du spectacle! Avant cette prisede contact, les lève-tôt ont déjà pu «admirer» le véritable spectacle,notamment en ce qui concerne le déchargement des viandes, qu'elles fussentrouges ou blanches. Des camionnettes rouillées, dégingandées, se disputentl'espace des quais et ce sont les brouettes miteuses qui vont prendre lerelais. Pilotées par desgarçons bouchers vêtus de haillons crasseux, brouillés à vie avec l'hygiène laplus élémentaire, ces brouettes d'un autre âge vont transbahuter des dizaineset des dizaines de carcasses sanguinolentes. Ce sera le mêmespectacle pour les poulets et les dindes, amoncelés pêle-mêle dans un désordreindescriptible. Manipulées sans aucun ménagement, toutes ces victuailles,festin en puissance, arrivent dans un brouhaha et une cacophonie dignes desfoires du moyen âge. Ces viandes découpées avec un grand professionnalisme etprésentées avec soin se feront aguichantes et ces poulets de cellophaneemmaillotés vont faire penser à une grande rigueur. Mais tout ceprofessionnalisme de circonstance réussira-t-il à effacer de notre mémoire cespectacle lamentable de la matinée ? Ces étals et tous ces présentoirsréfrigérés réussiront-ils à gommer de notre subconscient ces blouses encrasséeset ces rigoles de sang qui dégoulinaient des brouettes et des camionnettesrouillées ? Rien n'est moins sûr. Et encore moins la chaîne du froid, paramètregarant de la santé du consommateur.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Rahmani Aziz
Source : www.lequotidien-oran.com