Oran - A la une

«Ma seule ambition est de continuer à écrire et à réaliser...»



L'Expression: Votre dernier film La vie d'aprèès est un très bon film qui décrit les maux de la société algérienne à travers le prisme du statut de la femme et le phénomène de la «harga». Comment est née l'idée de ce film'Anis Djaâd: L'idée du scénario de La vie d'après m'est venue lors du tournage de Passage à niveau. Le décor principal étant à une centaine de kilomètres du lieu d'hébergement de l'équipe, économies obligent, nous devions parcourir cette distance de jour comme de nuit. À force d'allers-retours, j'ai eu le temps d'observer les petites gens des villages de cette région de l'Oranie.
De curiosité en curiosité, j'ai appris, plus ou moins, à connaître leur mode de vie et le poids réel d'un traditionalisme qui se pratique, mais qui ne dit pas toujours son nom.
Et si demain, une rumeur venait
à courir dans le village, comment réagiraient-ils' C'est après cette question que j'ai choisi d'explorer cette piste jusqu'à ses derniers retranchements.
Les deux personnages, la mère et le fils, sont constamment traqués dans votre film. N'avez-vous pas eu peur d'en faire trop et de tomber dans le mélodramtique'
Nous avons débattu longuement de cette question avec les producteurs du film et quelques lecteurs. Vous savez, souvent, les messages ont du mal à être compris et plus encore à être traduits. Insister sur un fait n'est pas synonyme de répétition.
Le spectateur, seul juge d'une oeuvre, a tout à fait le droit d'être ennuyé, voire agacé par un fait qui se répète, le message étant déjà bien assimilé devant l'écran.
Dans la réalité, c'est tout le contraire qui est constaté. On a l'impression que le message ne passe pas ou que certains refusent même à l'entendre. Ma démarche peu paraître insistante, pour certains, mais elle n'a rien de fortuit tant elle révèle un fait donné sous toutes ses facettes et alimente objectivement les conflits et autres tensions qui en découlent.
Votre scénario a connu sans doute de nombreuses versions lors des ateliers Miditalents. Un mot sur votre expérience lors de ces ateliers d'écriture'
Faire partie d'un atelier comme celui de Meditalents change radicalement votre vision sur l'écriture que l'on imagine solitaire. Elle pourrait, aussi, bien être collective et c'est là où réside le changement de perception de l'auteur participant. L'échange autour des projets proposés et retenus devient la seule devise. Le regard de l'Autre, intervenant comme participant,est si important dans le processus d'écriture qu'il en devient le coeur. Puis, il y a toujours plus expérimenté que vous, certains auteurs viennent développer leur second ou troisième long métrage.
Leurs expériences respectives sont très enrichissantes pour nous qui développions notre premier long métrage. Il ne faut pas avoir honte d'apprendre des autres.
Parlez-nous un peu du choix des acteurs'
Ayant choisi le genre néoréaliste comme démarche filmique, la crédibilité doit être de mise et certainement dans le choix des acteurs. Dans la phase d'écriture, nous pensons toujours à des comédiens et à des comédiennes pour incarner tel ou tel rôle. On les contacte, on s'entretient, on les questionne...Puis, viennent les repérages, la connaissance exacte des lieux de tournage, de la vie des gens qui y vivent...
On se rend compte que le choix des acteurs ne correspond pas du tout au récit que l'on veut raconter, tout en restant le plus fidèle à la réalité.
Loin d'être un manque de respect envers les comédiens ou les comédiennes choisis lors de la phase d'écriture. Mais la réalité du terrain veut qu'on procède à leur remplacement. Et je peux vous assurer que c'est pénible de prendre une pareille décision.
En plus de la réalisation, vous êtes aussi le journaliste qui aime l'écriture. Sont-ce vos reportages à travers le pays qui alimentent votre imagination pour l'écriture de vos scénarios'
Je ne crois pas qu'on cesse un jour d'être journaliste quand on pratique ce métier durant de longues années. La preuve, je suis revenu à travers des reportages dans les colonnes de Horizons après dix ans d'absence. Maintenant, est-ce que ces mêmes reportages alimentent mon imagination' Ce qui est certain est le fait que l'écriture des scénarios pour mes trois courts métrages et ce premier long métrage a été menée loin du terrain de la presse écrite puisque j'ai arrêté toute collaboration en 2011. C'est certainement mon choix de ce genre de cinéma qui fait que le parallèle est vite fait. Cela peut paraître bizarre, mais quand j'écris pour le cinéma, je me détache complètement de la presse écrite. Après, de manière plus générale, il est vrai que l'écriture me fascine. C'est aussi une histoire de famille.
Enfin, le Fdatic a été dissous. Qu'en pensez-vous et que proposez-vous en tant que cinéaste pour sauver ce qui reste du cinéma en Algérie'
Nous avons tous et toutes, cinéastes et journalistes compris, critiqué par le passé la gestion peu transparente de ce fonds et l'attribution peu équitable des budgets de production. Les voix contestatrices des un(e)s et des autres n'ont pas abouti à l'effet escompté. Un véritable assainissement de ce guichet unique, accepté et assumé, aurait pu nous éviter cette dissolution. Chose qui n'est plus possible. À présent, concernant l'avenir du cinéma algérien, aux experts en matière de politique culturelle d'y répondre. Ma seule ambition est de continuer d'écrire pour le cinéma et de continuer de réaliser des films plus fidèles les uns que les autres à la réalité. Et, également, continuer d'écrire dans les colonnes de la presse afin d'apporter un regard lucide et juste sur ma société. Autrement dit, continuer de produire loin de la médiocrité et de la haine.
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