«Vous à qui Dieu a donné des richesses, aidez les orphelins, les veuves, ceux au faible salaire, partagez avec vos proches, aidez les artisans et les travailleurs journaliers, soyez solidaires avec ceux que la pandémie du Covid-19 a érodé les bourses ».Cet appel pressant d'aide aux «démunis» a commencé à être diffusé en permanence par la radio publique. Ce média fait savoir qu'il consacrera le jeudi prochain à la solidarité nationale « avec les artisans et ceux exerçant des activités journalières mais qui se retrouvent sans aucune rentrée financière à cause de la pandémie ». L'appel est lancé en prévision de Ramadhan, «un mois où Dieu recommande de faire l'aumône(...)», dit la voix sur les ondes.
Terrible époque où l'Algérie officielle appelle à aider les familles défavorisées. La radio est comptée en évidence parmi les médias publics (télévision et agence d'information) qui sont au service des institutions de l'Etat. « Aucune information n'est valable que si elle est diffusée par les canaux de communication publics », est-il répété depuis quelques mois. Tout «contrevenant devra répondre de ses actes devant la justice », menace-t-on.
Le ministre de la Communication a simplifié les choses en répondant à des journalistes qui lui ont fait savoir que les autorisations de circuler sont bloquées. «Pourquoi voulez-vous avoir une autorisation ' Restez chez vous, ne sortez pas, vous n'avez pas à être dehors », leur a-t-il répondu. Journaliste pendant de longues années, de surcroît membre influent du défunt MJA, le mouvement des journalistes algériens qui avaient dans les années de plomb tapé sur la table pour exiger l'ouverture du champ médiatique, le ministre de la Com refuse aujourd'hui d'assimiler le devoir d'informer aux missions primordiales que doit préserver un Etat de droit. « Si l'information ne circule pas, tous les efforts qui sont déployés par les décideurs ne seront pas connus par l'opinion publique, il faut aussi rapporter les dysfonctionnements qui risqueraient de biaiser le travail qui est fait, sinon comment voulez-vous que les gouvernants sachent ce qui se passe sur le terrain, dans les villes et dans les quartiers de ce vaste pays ' » interrogent des journalistes de la presse privée qui se voient confinés depuis quelque temps dans un environnement médiatique qui n'est resté ouvert qu'aux médias publics.
Des tonnes de pain dans les poubelles
«Ramadhan approche et coronavirus a diminué les rentrées financières de nos proches et de nos amis. Qu'on leur soit un soutien et une aide(...) », appelle régulièrement la voix sur les ondes. Paradoxe étrange, l'avant-veille, lors de sa visite à l'hôpital de Beni Messous, le président de la République a promis au corps médical un relèvement de leurs salaires et la suppression du service civil. «(...), les médecins qui accepteront d'aller au sud du pays, on pourra leur accorder deux voire trois fois le salaire ». Tout de suite après, lors de sa réunion avec le comité de veille, Abdelmadjid Tebboune promettra à ces médecins (qu'on ne peut obliger à aller ailleurs, a-t-il dit), au cas où ils acceptent, de leur donner deux fois le salaire(...) ». Toutes les promesses du président sont alléchantes pour une corporation dont la catégorie des résidents avait débrayé pendant de longs mois ignorant soins, consultations, analyses en laboratoires et autres prises en charge de patients hospitalisés. Motifs de leur longue grève, exiger l'abrogation du service civil, l'augmentation des salaires, des logements meublés qui seront mis en leur nom une fois la période du service écoulé,(....) ». C'est peut-être le poids pesant et le nombre effarant de leurs doléances qui a obligé aujourd'hui le président à carrément annuler le service civil pour qu'il ne soit plus un moyen de marchandage par une profession censée être consciencieuse dans ses actes.
Un des employés de NetCom affirmait récemment que les éboueurs ont ramassé 21 tonnes de pain dans 31 communes. L'appel à la solidarité citoyenne ne trouve nullement son sens dans un pays qui jette son pain à la poubelle. « Au lieu de s'amuser à appeler les éboueurs « les ingénieurs de l'hygiène », il faut respecter les horaires du dépôt des sacs d'ordures au niveau des communes, faire le tri, éviter d'acheter le pain pour le jeter ou alors apprendre à le transformer en chapelure, pain perdu, sfiria, les Algériens ont-ils oublié toutes ces bonnes recettes ' Il faut interdire aux enfants et aux adultes de salir les espaces publics(...), sans ça, appeler un éboueur ingénieur n'a rien d'une forme de respect, il n'y a pas de sot métier, il faut respecter son travail en s'interdisant de déverser les poubelles n'importe où(...) », s'insurge un vieux couple.
Entre la mise à mort et la mise à nu
Ballotée entre curieux paradoxes et hypocrisie politico-médiatico-sociale qui peine à redresser l'échelle des valeurs renversée depuis longtemps par des actes de gouvernance inintelligents, irraisonnables et absurdes, l'Algérie vit de durs moments de remise en cause. Les citoyens continuent de faire leurs courses sans se soucier vraiment du Covid-19 qui fait des ravages dans le monde. La circulation routière est plus dense que durant les premiers jours du confinement partiel de la capitale. Bien que les marchés des fruits et légumes restent ouverts dans tous les quartiers populaires, les gens se bousculent sans penser aucunement à la distanciation sociale exigée pour la prévention. Mais une fois 15h arrive, tous se retranchent dans leurs habitations exiguës dans la plupart des quartiers populaires algérois. « Rester entre quatre murs » n'a jamais été aussi pénible qu'en ces temps de confinement. Il faut reconnaître que le danger de l'atteinte à la sécurité sanitaire du pays n'a rien d'une vue de l'esprit. Il est réel même si le confinement sanitaire a bouleversé des esprits et bousculé des habitudes. Entre la mise à mort et la mise à nu d'un monde en danger de Covid-19, les Algériens se confinent chez eux parce que la vie est plus forte que tout. Le quartier de Belouizdad, Belcourt pour tous, respecte le confinement partiel comme tous les autres, parce qu'il sent le danger. Ses habitants sortent certes dans la matinée mais comprennent qu'il faut absolument se confiner chez soi pour éviter le virus.
Des récalcitrants ' Il y a en bien sûr mais « restent dans la cage d'escaliers en train de fumer et de boire du café », raconte l'un d'entre eux. Dans une ruelle parmi celles nombreuses de Belcourt, il y a cet immeuble délabré (parmi tant d'autres) défiant le temps et le souffle humain, qui continue d'abriter de nombreuses familles. En temps normal, la grand-mère d'une de ces familles qui habite le rez-de-chaussée, s'asseyait dans le petit hall de l'immeuble ou même à l'extérieur pour avoir tout sous son ?il ou simplement prendre de d'air. Ces jours-ci, elle ne sort plus. Elle pleure à chaudes larmes son fils, décédé à Londres. Vendredi dernier, elle a su définitivement que le corps ne sera pas rapatrié en Algérie. « Ça fait 19 ans qu'il n'est pas rentré au pays mais tout au long de ces années, il a toujours envoyé de l'argent et ce qu'il faut pour subvenir aux besoins de sa mère et de toute sa famille », disait un voisin.
Plus haut, au 3ème étage, les habitants sont heureux parce que leur fils vient d'avoir une fille. «Il attend depuis 8 ans d'avoir des enfants, sa femme vient d'accoucher d'une petite fille », nous fait savoir une de leurs voisines. Salsabile est née à l'hôpital Mustapha mais sa maman a vite fait de la ramener à la maison pour la protéger contre le Covid-19. « On l'a vu arriver mais on n'a même pas osé faire des youyous parce que nos voisins d'en bas sont en deuil, nous sommes de tout c?ur avec eux », nous a-t- elle précisé.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ghania Oukazi
Source : www.lequotidien-oran.com