La plupart avaient passé plusieurs décennies en Algérie. Certains y étaient venus dans les années 1950. Beaucoup avaient étudié l'arabe, le tamazight et le Coran pour comprendre, parler, dialoguer et se rapprocher des musulmans. Chrétiens issus de huit ordres religieux différents, ils et elles auront été assassinés par la horde terroriste. Martyrs, ils ont été élevés, hier, au rang de «Bienheureux» à l'Eglise de Santa Cruz, qui surplombe la baie d'Oran. «Ça leur fait une belle jambe, une fois morts et enterrés», diront certains empêcheurs de tourner en rond.En fait, ils étaient déjà bienheureux de leur vivant sur terre. Ils étaient sacrément ravis d'être parmi nous, et notamment auprès des plus nécessiteux. Ils se contentaient de peu, et ils partageaient humblement les incertitudes. Ces 19 hommes et femmes ont été assassinés, non pas par ces pauvres nécessiteux, mais par des hurluberlus qui s'estimaient «riches» d'un Coran dévoyé par des hadiths hétéroclites et imposé à force de propagande et d'artifices. Comme si ce Coran avait encore besoin de nouveaux hadiths et autres fiqhs, quatorze siècles plus tard. Mais bon, la théologie est tellement débordante qu'on s'y égarerait en optant, in fine, pour un athéisme pépère?
L'essentiel, c'est le symbole de cette béatification. Un emblème de communion d'autant plus que, par la même occasion, plus d'une centaine d'imams assassinés à la même époque pourrie ont reçu l'hommage mérité. Les uns avaient fait le choix de rester auprès des leurs, les autres avaient refusé de cautionner des fetwas justifiant l'instinct animalier des terroristes.
Dans les deux cas, le message a été clair. Il s'adresse aux discours de haine et d'intolérance qui ne cessent d'alimenter les guerres menées au nom des religions. Aussi, les démons de l'amitié, de la fraternité et du vivre-ensemble se retrouvent aujourd'hui dans les petites babouches des islamistes radicaux. Ont-ils saisi le sens de cette cérémonie ' Encore faut-il qu'ils en aient envie. Et, par ces temps vaseux, donner un sens à leurs règles démentielles équivaut à donner quitus à une dictature sociale. Elle exclut de facto l'autre, le différent de soi par la pensée ou par la simple tentation d'une bière ou d'un whisky, à consommer avec modération. Cela étant, la tolérance n'a jamais été le dada de ces illuminés. D'ailleurs, ce n'est pas demain la veille qu'elle le sera. Pourtant, un islam tolérant, ouvert aux autres, est le seul reflet de nos valeurs ancestrales, de notre sens de l'hospitalité et du vivre-ensemble qui va avec. C'est du moins l'image à laquelle tient ce pays qui a donné naissance à un certain Saint Augustin, fils de la Numidie berbère, ainsi qu'à d'autres figures illustres du christianisme.
Et, n'en déplaise à certains, ils font partie de l'Histoire de notre pays. C'est une vérité, une réalité qui restera en travers de la gorge des égorgeurs labellisés GIA, GSPC ou autres groupuscules, tartarins de l'ignominie. Notre pays est, par essence, un pays de paix, de fraternité et de tolérance ! Et c'est en cela que ce week-end aura été parlant depuis Oran. Seule ombre au tableau, l'absence du Pape François. Le pontife argentin aurait pu donner un impact médiatique plus vaste. Mais son agenda préfère Abou Dhabi en février, puis le Maroc, en mars. Bizarres, bizarres, ces virées pontificales. Tout le contraire de celles des bienheureux martyrs, bien loin des artifices de ce bas-monde?
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M N
Source : www.letempsdz.com