
«Il y a un message de justice dans chaque balle que je tire.» Jorge RebeloIl n'est pas un homme politique qui ne présente à ceux qui l'ont côtoyé plusieurs facettes: chacun de ses interlocuteurs n'en retiendra que celle qui lui plaît ou celle qui le dérange. C'est la raison pour laquelle je ne retiendrai d'El-Hachemi Chérif que l'image du syndicaliste qui, malgré la répression du parti unique et les énormes pressions du pouvoir d'alors, a réussi à séduire un large éventail de travailleurs d'une entreprise qui représentait la langue du régime. Quand je pris mes fonctions de modeste technicien dans un obscur couloir de la RTA, il me fallut bien du temps, après maints tâtonnements à trouver mes repères dans cette complexe machinerie qui réunissait toutes les sensibilités politiques et culturelles du pays. J'avais à peine remarqué l'image de cet homme discret toujours sobrement vêtu, mais arborant une longue écharpe de laine rouge. Cette modeste silhouette portant toujours un porte-documents, longeait le long obscur couloir avant de se glisser dans le bureau étroit de l'adjoint du chef du département de la production de films de la télévision. C'était El-Hachemi Chérif qui, après avoir été premier sous-préfet de Palestro (qu'il baptisa du nom de Lakhdaria en hommage à un officier de l'ALN tombé au champ d'honneur), ancien secrétaire général de cette entreprise de communication qui (subissait directement les répliques des luttes au sommet) avait été débarqué au lendemain du coup d'Etat de 1965, funeste pour tous les défenseurs de la démocratie. El-Hachemi commença par réaliser un documentaire comme un hymne à la lutte armée avec le concours de Kateb Yacine et d'Issiakhem, puis un autre documentaire sur le Cread et enfin un hommage à Lénine en 1969 dont je n'ai pas gardé mémoire pour la bonne raison qu'il ne fût peut-être jamais programmé. Il s'attaqua ensuite au problème de l'apartheid avec la pièce Les chiens. Pour ma part, je le rencontrai pour le montage du film Ettarfa qui relatait toutes les préoccupations du moment du réalisateur: difficultés d'une réforme agraire dans un espace dominé par les conservateurs et les féodalités latifundiaires, exploitation criante des travailleurs manuels et problèmes identitaires. Les personnages étaient si attachants (Mahboub Stambouli, Abdelkader Alloula et Larbi Zekkal) que je me rendis coupable de complaisance en laissant des longueurs insupportables pour le spectateur moyen. Le film fut censuré par la direction du moment: une séquence particulièrement pénible où on voyait des jeunes filles de la région de Tlemcen, travailler dans l'industrie clandestine du tapis dans des conditions lamentables d'hygiène pour un salaire journalier de...deux dinars. El Hachemi eut droit à un premier licenciement en compagnie de six autres réalisateurs de la télévision qui s'étaient exprimé dans la presse nationale contre le manque de moyens et l'arbitraire qui régnait dans l'entreprise. Il faut dire qu'alors c'était une section syndicale fantoche dont le bureau avait été imposé par les instances locales qui collaboraient avec une direction complètement aux ordres de l'aile la plus réactionnaire d'un régime qui préparait d'une autre main la réforme agraire et les textes législatifs favorables aux travailleurs et à l'exercice du droit syndical. Le mécontentement grandissant des travailleurs amena El-Hachemi Chérif et d'autres parmi eux à agir en vue du remplacement de la section syndicale fantoche. En 1975, après un bras de fer qui dura plusieurs mois, les travailleurs purent voter pour les plus représentatifs malgré une opposition des instances locales qui propageaient la rumeur d'une appartenance de certains candidats au Parti communiste. Aussi, El-Hachemi Chérif déclina le poste de secrétaire général de la section, mais demeura son moteur actif; elle se heurta d'ailleurs, à une agressivité accrue de la direction. En outre, la lutte pour l'application stricte des nouveaux textes législatifs élaborés par les services de Mohamed Saïd Mazouzi fut âpre et engagea un conflit qui dura neuf mois avec la direction: El-Hachemi Chérif fut licencié arbitrairement en même temps que 20 autres travailleurs, mais ils furent tous réintégrés grâce à la mobilisation des travailleurs.Cependant, la direction BTS utilisa toutes les armes sournoises pour nuire au militant ouvrier. Ainsi, un travailleur parti en stage à Paris écrivit une lettre à El-Hachemi: dans cette lettre, il y avait tout un chapelet d'insultes à l'adresse de Boumediene. La direction ouvrit le courrier, photocopia la lettre et transmit un dossier à la Présidence par le canal arabo-islamique. Il paraît que Boumediene, à la lecture de l'inconsistant dossier, aurait dit simplement: «Est-ce que cet homme a volé ou trahi son pays' Sinon, il a le droit de me critiquer et de m'insulter...»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Selim M'SILI
Source : www.lexpressiondz.com