Les résultats des législatives annoncés par le ministère de l'Intérieur fixent la configuration de la prochaine Assemblé nationale. L'APN, dominée par le FLN, ou si l'on préfère, sera toujours entre les mains de la famille politique au pouvoir (avec le RND). Le changement n'aura finalement pas eu lieu, corroborant ainsi les conjectures et analyses des observateurs les plus avisés de la scène politique. Ce mot, changement, dont pourtant tout le personnel politique en exercice se gargarisait depuis l'avènement surprenant du Printemps arabe, n'est pas au rendez-vous le lendemain du 10 mai. A moins qu'entre-temps il ait subi un glissement sémantique pour signifier enfin l'entrée en masse du genre féminin à la Chambre basse du Parlement.
On est en droit en effet de soutenir ici, à la lumière de ces résultats, que l'APN aura ainsi au mieux réussi une opération de «lifting électoral» en se «fardant» d'un plus grand nombre de femmes au poste de député. Il est intéressant de remarquer notamment à quel point le pouvoir est prêt à exploiter cet avantage comparatif lorsque le ministre de l'Intérieur, Daho Ould kablia, lui-même, prend le soin de souligner particulièrement la part qui revient aux femmes à la lecture des résultats. Le marketing politique est à ce point recherché pour mettre en avant la percée féminine et l'ériger, tel un indice de développement, presque comme un instrument de mesure de l'avancée démocratique en Algérie. Inutile de feindre de comprendre qu'il est question ici de mettre «plein les yeux» sur la représentativité des femmes députées à la prochaine Assemblée. Serait-ce alors un gage de démocratie ' Pas si sûr, loin s'en faut. Pas même le saupoudrage des sièges entre les multiples micro-partis ne peut en être une preuve suffisante.
Y a-t-il lieu de considérer que le pouvoir a cherché à se prévaloir d'avoir injecté une dose supplémentaire de démocratie dans le nouvel échiquier politique ' Apparemment oui, si l'on tient compte du fait que l'ouverture du champ politique (sélective ') consentie par le ministère de l'Intérieur ' quoi qu'elle s'est déroulée la veille des élections ! ' reste l'une des rares revendications sans cesse martelées par l'opposition à laquelle le gouvernement de Bouteflika a bien voulu accéder. Ainsi, les résultats de ces consultations électorales, outre qu'elles appellent nombre de critiques de la part des candidats, semblent dessiner le nouveau paysage politique algérien où les partis dits nationalistes, en premier lieu le FLN, sinon de renforcer, vient de conserver sa première place au détriment des islamistes dont l'Alliance verte n'est classée qu'en troisième position. Ainsi, la nouvelle Assemblée est caractérisée par la domination des partis déjà au pouvoir (FLN et RND) et la dissémination de nombreux autres, dont il reste peu aisé de mettre le curseur quant à l'identité politique de chaque parti. Un tel cafouillis politique est susceptible de participer de tous les calculs et jeux d'alliance à n'en pas finir. Bref, ce changement n'est, certes, pas compatible avec l'islamisme, mais il ne l'est surtout pas avec l'alternance démocratique. Sur ce plan-là, le statu quo est total.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ali Benyahia
Source : www.elwatan.com