Entrée dans sa troisième semaine, l'insurrection armée en Libye contre le
régime de Mouammar Kadhafi semble s'essouffler, sinon plier sous la force de
frappe des forces restées fidèles au «Guide».
Nombre d'observateurs, à l'issue de la séance mouvementée à Bruxelles sur
l'aide que l'UE doit apporter aux insurgés, estiment que la ‘'Révolution''
libyenne risque d'être de courte durée devant l'avancée des troupes de Kadhafi
sur les villes sous contrôle de l'opposition, et le caractère timoré de la
réaction de la communauté internationale devant une situation dramatique vécue
par les Libyens. Ainsi, les combats se poursuivaient, hier samedi, dans
plusieurs villes sous contrôle des insurgés, assaillis par les forces
pro-Kadhafi. Les plus violents se déroulent à Ras Lanouf où une raffinerie près
du port pétrolier de la ville était toujours en feu hier après une frappe
aérienne la veille. La ville de Ras Lanouf avait été prise le 4 mars par les
insurgés, mais à l'issue d'une offensive d'envergure des forces loyales au
colonel Kadhafi, elle avait été reconquise par ces dernières jeudi soir, selon
la télévision d'Etat libyenne. Hier, les forces fidèles à Kadhafi ont lancé un
autre raid aérien sur un point de contrôle tenu par les insurgés dans la localité
d'Al-Uqaila, à l'est de la ville pétrolière de Ras Lanouf.
A l'issue du raid, des dizaines de véhicules transportant des insurgés
fuyaient Al-Uqaila, située sur la ligne de front entre les insurgés et les
troupes loyalistes, en direction de la ville proche de Brega. Une fumée épaisse
se dégageait près de ce point de contrôle tenu par les insurgés.
L'autre guerre médiatique de Seif El Islam
De son côté, Seif al-Islam Kadhafi, mène à sa façon une guerre médiatique
contre les insurgés. Il s'est dit confiant hier dans une victoire des troupes
gouvernementales, affirmant dans des interviews en Italie qu'elles ont déjà
repris «90% du pays» et excluant tout accord avec les insurgés. Le deuxième des
enfants du colonel Mouammar Kadhafi a promis «une guerre jusqu'au bout», dans
des entretiens accordés aux journaux Corriere della Sera et Repubblica.
«Maintenant, 90% du pays est retourné sous notre contrôle et bientôt tout sera
fini», a encore assuré Seif al-Islam, accusant les insurgés de «terroristes
(qui) ne parlent pas de démocratie, d'élections, de valeurs : ce sont
simplement des terroristes». «Ces terroristes ont tué nos policiers de sang
froid. Vous n'avez pas vu les images à la télévision ? Ces criminels ont
arraché le coeur des cadavres», a-t-il lancé. Mais, il a reconnu des erreurs du
régime : «oui nous avons pris un peu de retard pour construire une armée
moderne, une police moderne, une nouvelle économie, une société plus libre».
Guerre diplomatique
Sur le front diplomatique, la guerre est également menée par les deux
camps, opposition et forces loyalistes au régime de kadhafI. Le Conseil
national de transition libyen (CNT) a demandé hier à la Ligue arabe, qui s'est
réunie en début d'après- midi, de le reconnaître en tant que représentant de la
Libye et de donner son accord à une zone d'exclusion aérienne. Le CNT demande à
la Ligue «de mettre fin à l'effusion de sang par le biais d'une décision
imposant une zone d'exclusion aérienne en Libye et en reconnaissant le Conseil
national de transition comme représentant de la Libye», a affirmé à la presse
Tahani Slimane Mbarek, membre d'une délégation qui a remis une lettre du
Conseil au patron de l'organisation, Amr Moussa. Cette délégation, venue au nom
du CNT, était composée de représentants des jeunes de «la révolution du 17
février», qui a participé au lancement du soulèvement contre le dirigeant
libyen Mouammar Kadhafi. Par ailleurs, la Libye a annoncé vendredi avoir décidé
de «suspendre» ses relations diplomatiques avec la France, selon le vice-ministre
libyen des Affaires étrangères, Khaled Kaaim. «Nous avons décidé aujourd'hui
(vendredi) de suspendre nos relations diplomatiques avec la France. Nous allons
charger ultérieurement un pays de représenter nos intérêts en France», a
déclaré M. Kaaim. «Le but de la France est uniquement de diviser la Libye»,
a-t-il encore indiqué. La colère du régime de Kadhafi est née de la position de
la France sur le conflit, avec notamment la demande du président Nicolas
Sarkozy aux Européens de reconnaître le CNT comme seul représentant de la Libye
ainsi que des frappes aériennes ciblées.
Obama «préoccupé»
Une position que le reste des pays de l'UE n'a pas suivi, préférant un
ton plutôt mesuré vis-à-vis du conflit libyen. Pour autant, le chef de la
diplomatie française Alain Juppé a répété hier les déclarations de son
président en affirmant que pour la France, il ne saurait y avoir d'intervention
militaire en Libye sans le feu vert de l'ONU.
«Un mandat des Nations unies est nécessaire, c'est préférable», avait
notamment dit M. Sarkozy, ajoutant toutefois que «s'il n'y a pas de mandat et
qu'il y a une demande régionale et libyenne, nous verrons à ce moment-là».
Quant au président américain Barack Obama, il s'est dit ‘'préoccupé» par la
capacité de Mouammar Kadhafi à se maintenir au pouvoir, et s'est dit déterminé
à «resserrer l'étau» sur le régime libyen et a annoncé qu'il allait se doter
d'un représentant auprès de la rébellion. «Nous sommes en train de resserrer
l'étau autour de Kadhafi. Il est de plus en plus isolé sur la scène
internationale, que ce soit à travers des sanctions ou un embargo sur les armes»,
a remarqué M. Obama lors d'une conférence de presse. «Kadhafi a des provisions
d'armes», a-t-il détaillé. «Il ne lui reste pas seulement des troupes fidèles,
mais il y a aussi des informations selon lesquelles il a recruté des
mercenaires». Le patron du renseignement américain (DNI), James Clapper, qui
coordonne l'action des 16 agences américaines de renseignement, avait estimé
jeudi qu'avec le temps, le régime Kadhafi «l'emporterait». Quant au ministre
américain de la Défense Robert Gates, il a déclaré hier qu'il n'était pas sûr
qu'imposer une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye soit une
décision «sage», même si les Etats-Unis et leurs alliés pouvaient le faire.
Comité des «sages» de l'UA
Pour autant, les pays africains se démarquent des positions adoptées
jusque-là par l'UE, les Etats-Unis ou celles que attribuées à la Ligue arabe.
Les présidents de Mauritanie, du Congo, du Mali, d'Afrique du Sud et d'Ouganda
ont été chargés d'animer un comité de haut niveau de l'Union africaine pour contribuer
à trouver une issue au conflit en Libye, a annoncé samedi l'UA. L'Union
africaine a chargé ce comité «de prendre contact avec toutes les parties en
Libye, de faciliter un dialogue ouvert entre elles, et de prendre contact avec
les partenaires de l'UA dans le cadre des efforts en cours en vue d'une
résolution rapide de la crise en Libye», indique un communiqué de
l'organisation continentale. «Des consultations sont engagées pour que le
comité commence ses travaux de façon urgente», précise le communiqué.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Yazid Alilat
Source : www.lequotidien-oran.com