Les forces du nouveau régime libyen ont lancé une vaste opération pour
chasser les derniers partisans de Mouammar Kadhafi de leur bastion de Syrte,
mais ne progressaient que lentement pour le moment, les loyalistes faisant
preuve d'une résistance acharnée. «Les dernières batailles sont toujours les
plus terribles», a estimé hier à Tripoli le président du Conseil national de
transition (CNT, ex-rébellion), Moustapha Abdeljalil, qui a reconnu que les
combats en cours à Syrte étaient «féroces». «Nos combattants, encore
aujourd'hui, ont affaire à des tireurs embusqués postés sur des points hauts à
Syrte», a-t-il dit lors d'une conférence de presse avec les ministres de la
Défense italien et britannique. Le chef du CNT a évoqué un bilan de 15 morts et
180 blessés vendredi dans les rangs des pro-CNT à Syrte, ville côtière située à
360 kilomètres à l'est de Tripoli, où les forces du nouveau régime ont lancé
vendredi une «grosse opération», selon des commandants. Malgré leur
détermination, les combattants du régime de transition progressaient lentement
dans le centre-ville et plusieurs zones stratégiques où les pro-Kadhafi se sont
retranchés. Hier samedi, les pro-CNT sont toutefois parvenus à prendre le
contrôle d'un important axe routier reliant le centre-ville au Centre de
conférences Ouagadougou, situé plus au sud, selon un journaliste de l'AFP. Ce
vaste rectangle de béton en forme de blockhaus, ancien haut-lieu des sommets
panafricains, est un objectif important pour les forces du CNT et fait l'objet
depuis plusieurs jours d'âpres combats de rue et à l'arme lourde. Vendredi, le
commandant pro-CNT Nasser Abou Zian avait reconnu l'échec des attaques contre
ce centre, la plupart des combattants ayant dû se retirer sous le feu des
roquettes et des tireurs embusqués. «On leur tape dessus depuis des jours à la
roquette, au char, au canon, mais rien ne bouge. C'est à peine si la peinture
est égratignée», avait déploré dans la soirée le servant d'une mitrailleuse.
Selon plusieurs combattants,
l'offensive a permis la prise d'un complexe de 700 appartements près du Centre
de conférences. Elle a également été l'occasion d'une démonstration de force
des pro-CNT, qui ont poussé de tous côtés dans un effort coordonné, depuis
l'ouest, le sud et l'est, afin d'acculer les pro-Kadhafi vers la mer, avec le
soutien aérien de l'Otan. Mais à mesure que l'étau se resserre, les tirs
fratricides augmentent. A plusieurs reprises vendredi, des combattants ont reçu
l'ordre d'arrêter de tirer parce qu'ils touchaient d'autres pro-CNT quelques
kilomètres plus loin, selon un journaliste de l'AFP. Sur le plan humanitaire,
la situation des civils restait critique. Selon le Comité international de la
Croix-Rouge (CICR), «plusieurs milliers de civils sont toujours bloqués dans
Syrte» et seuls quelques médecins étaient encore présents à l'hôpital Ibn Sina,
le principal de la ville, pour soigner les blessés. «En raison des combats dans
la zone, la plupart des patients ont été déplacés des salles vers les couloirs
et l'hôpital est plein de civils venus du quartier, dont de nombreuses femmes
et des enfants en bas âge», a déclaré Cordula Wolfisberg, médecin de la
Croix-Rouge, qui a pu pénétrer dans l'hôpital jeudi.
Plus au sud, à Bani Walid, vaste
oasis au relief accidenté à 170 kilomètres au sud-est de Tripoli, les fidèles
de l'ancien «Guide» en fuite opposaient eux aussi une résistance toujours
opiniâtre, que les pro-CNT tentaient à nouveau de contourner en négociant avec
les tribus de la ville. Selon le commandant pro-CNT Omar Fifao, une délégation
a été chargée de discuter avec des représentants des tribus. La rencontre devait
avoir lieu vendredi ou samedi, en dehors de la ville. «Nous avons demandé une
réunion afin de pouvoir entrer à Bani Walid sans combat, mais s'il n'y a pas
d'accord, nous n'aurons d'autre choix que d'attaquer», a-t-il déclaré à l'AFP,
en évoquant un délai de «deux jours». Des milliers d'habitants de Bani Walid
ont fui la ville depuis plusieurs semaines, mais l'exode se poursuit. Selon le
commandant Omar Binma, «entre 50 et 80 voitures transportant des familles
sortent tous les jours de Bani Walid».
Malgré les combats, la relance de la production pétrolière libyenne, qui
était de 1,6 million de barils par jour (b/j) avant le conflit lancé le 15
février et qui avait quasiment cessé, semble efficace, avec déjà 350.000 b/j,
selon le Middle East Economic Survey (MEES).
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Hervé Bar Et Rory Mulholland De L'afp
Source : www.lequotidien-oran.com