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LES VOIES DE L'AMOUR



Résumé : Offusquée par les mensonges de Fatten à son encontre, Zeliha met ses parents au courant de sa relation avec Ziya. Ces derniers ne reconnaissent plus en elle la fille qu'ils ont élevée. Elle repart le soir même à Paris, plus triste que jamais. Pour en finir avec les cachoteries, Ziya lui propose de repartir à Istanbul et d'inviter ses beaux-parents à dîner.Ils avaient tout d'abord refusé l'invitation, puis avaient fini par accepter devant l'insistance de mon mari. Ma mère était dans tous ses états. Elle avait deux mots à dire au mari de sa nièce, qui se trouve être maintenant le mari de sa propre fille. Mon père, par contre, voulait rencontrer l'homme qu'il avait toujours admiré, mais qui venait de le décevoir. Dans tout ce labyrinthe de contradictions, la seule note positive était que mes parents voulaient coûte que coûte connaître leur premier petit-fils.
Je préparai le dîner et me rendis chez le coiffeur pour me relooker et me redonner un peu d'assurance. J'avais une taille ultrafine et pouvais me permettre de porter une longue robe cintrée, qui mettait en valeur mes formes. Ziya vint m'embrasser. Il me trouva très belle et m'offrit encore une fois un joli ras-de-cou, qu'il tint à me voir porter à cette grande occasion. C'était comme si nous fêtions notre mariage de nouveau. Mes parents arrivèrent à l'heure indiquée. Pour la circonstance, ma mère avait exhibé sa jolie robe en satin bleu marine et portait un collier de perles. Je l'avais vu rarement maquillée et ainsi parée, sauf pour de grandes occasions. J'en conclus que cette fois-ci elle trouvait l'événement assez important pour se donner autant de peine et que, finalement, on acceptait mon union avec Ziya. Père portait un costume très élégant et un tarbouche rouge. Il s'approcha de moi et me tint un discours des plus circonspects.
- Lorsque tu es née, j'étais un peu déçu parce que j'attendais un garçon. Non pas que je n'aime pas les filles, mais dans les traditions familiales on donne toujours le jour à un garçon pour une première naissance. Alors, j'avais dit à ta maman que je devrais t'échanger contre un autre bébé à l'hôpital et qu'ainsi personne ne se doutera de la supercherie. Ta mère avait pris mes dires au sérieux et s'était mise à pleurer à fondre l'âme. Alors, ton grand père maternel, qui venait d'arriver, avait pris sa cane pour m'assigner une correction, pensant que j'avais malmené ta maman. Mais c'était au tour de cette dernière de s'offusquer et de demander à son père de quitter les lieux.
Ne m'attendant pas à de telles confidences, je demeure un moment pantoise, regardant tour à tour mon père, puis ma mère.
Cette dernière me sourit.
-Tu vois, Zeliha, nous ne sommes pas des anges, nous commettons parfois des erreurs sans en avoir conscience. Certes, ton père voulait un héritier, mais nous avons fini par t'accepter et t'aimer. C'est pour cela que nous aimerions te voir heureuse et comblée dans ta vie. Heu... Ton mariage avec Ziya nous a un peu déroutés. Nous nous attendions à tout, sauf à te voir épouser un homme déjà marié. Heu...Je ne sais pas si les temps ont changé, mais à mon époque ces choses n'arrivaient pas aussi facilement. Je...
- Soyez les bienvenus.
Ziya venait d'entrer au salon. Comme à ses habitudes, il était élégant et dégageait des effluves odorantes d'un parfum dont lui seul en connaissait la composition.
Mes parents se levèrent en même temps, et Ziya salua d'abord ma mère, avant de s'approcher de mon père pour l'embrasser sur le front.
- C'est un honneur pour nous de vous recevoir ce soir, chers beaux-parents.
Ma mère s'agitait. Elle avait déjà rencontré Ziya et le connaissait bien. Mais, cette fois-ci, il se présentait en gendre, et elle ne savait pas quelle attitude adopter.
Mon père la devança pour lancer d'une voix un peu tremblante :
- Nous sommes autant honorés que toi, mon fils, d'être ce soir les hôtes de notre fille et de son mari. Heu... Seulement, nous aurions aimé que les choses se passent autrement.
- Je sais, beau-père. Je vous comprends très bien. Mais les choses avaient pris une telle tournure que je n'ai pas eu le choix. Je ne voulais pas briser la vie de Zeliha. Heu... Il est des événements dans la vie que l'on ne commande pas. Maintenant nous sommes mariés et les heureux parents d'un magnifique petit garçon. Votre petit-fils.
Ma mère se leva d'un bond.
- Où est-il ' Je... Je veux le voir.
Ziya éclata de rire.
- Je suis heureux de vous voir vous y intéresser. Attendez une minute, Zeliha va vous le présenter.
Mohamed-Ali jouait sagement dans son berceau. Je l'avais changé et habillé et n'en était que plus gai. À ma vue, il sourit, découvrant l'esquisse de deux petites dents sur la mâchoire inférieure. Je le prends dans mes bras pour l'embrasser, avant de le jeter en l'air. Il rit et met ses menottes autour de mon cou. Je le serre alors contre moi et me dirige vers le salon. Ma mère courut à ma rencontre et me l'arracha pratiquement. Elle était si émue que des larmes brillèrent dans ses yeux. Papa se leva, mais ne put faire un pas. Il tendit les bras, et ma mère lui remit ce petit-fils dont il ne connaissait pas l'existence jusqu'à cette semaine. Il le serra tendrement contre lui, puis ôta son tarbouche pour le lui mettre sur la tête. Bien sûr la coiffe était trop large pour le crâne d'un bébé de quelques mois, et mon fils se mit à crier, car il s'était retrouvé pris dans un entonnoir obscur. Nous nous mettions tous à rire, et je courus récupérer Mohamed-Ali pour le remettre à ma mère, qui ne le lâchera plus de la soirée.

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