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Les vieIlles routes de la harga



Le dernier drame lié à l'émigration clandestine enregistré jeudi dernier au large de Kristel, témoigne de la volonté des jeunes de tenter l'aventure, malgré tous les dangers inhérents à ces traversées.Six mois après avoir observé une accalmie notable à la suite de la Révolution du 22 Février 2019, la harga a repris depuis les côtes d'Oran vers l'Espagne à une cadence qui s'est accélérée au fil des mois et il ne se passe pratiquement pas un jour sans que les réseaux sociaux soient l'écho du départ d'une nouvelle patera vers Alicante ou Almeria.
Des plages d'Oran, particulièrement celles d'Aïn El-Turck et des criques de Kristel, de Ténès (Chlef), des grottes de Sidi Mansour et des rivages de Stidia (Mostaganem), des plages d'Aïn Témouchent et de Tlemcen, les harraga profitent de toutes les côtes pour les transformer en plateformes de départ. Mais le point géographique le plus proche d'Almeria reste encore le Cap Falcon, selon les confidences d'Amine, un des premiers à avoir tenté la traversée du côté de Honaïne en 2005.
Si le modus operandi des tout premiers harraga algériens était de se cacher dans les cales des cargos amarrés à quai dans les ports commerciaux algériens, l'idée de traverser vers l'Espagne est tout simplement venue après l'accostage de plusieurs barques de pêche espagnoles sur les plages de Béni Saf dans les années quatre-vingt. "De nombreux Espagnols débarquaient sur nos plages avant les troubles pour flâner et c'est comme cela que l'idée qu'on pouvait faire de même a germé dans nos esprits", se souvient Amine.
La harga ? comme on l'appelle actuellement ? en direction de l'Espagne, a alors commencé vers les années 93-94 sans être médiatisée. "C'était un phénomène nouveau qui ne s'était pas encore démocratisé", explique notre interlocuteur, qui indique que c'est en 98, à l'âge de 14 ans, que l'envie de prendre la mer lui est venue après sa rencontre avec un vétéran de la harga.
"À l'époque, il n'y avait pas beaucoup de moyens technologiques, j'ai essayé d'embarquer plusieurs fois, mais sans succès", ajoute celui qui finira par débarquer à Almeria en 2005 après avoir passé son service national. "Je suis parti avec un groupe de jeunes, et comme c'était un tout nouveau phénomène, on a eu les honneurs de la presse écrite et audiovisuelle espagnoles", rapporte-t-il.
Après un passage à la case prison pendant six jours dans les prisons des commissariats, Amine est placé au centre de rétention d'Alicante. "Il venait d'ouvrir, c'est en quelque sorte nous qui l'avons inauguré", poursuit Amine qui se rappelle les autres étrangers qui partageaient l'endroit avec eux.
"Outre les Algériens, il y avait aussi des Marocains, des Chinois, des Russes et des ressortissants des pays d'Amérique latine", précise notre interlocuteur qui estime que les Algériens avaient un sérieux problème avec la discipline.
"Après quarante jours, nous pouvions sortir du centre, et nous, nous nous faisions passer pour des Marocains pour ne pas être rapatriés." Amine se fait prendre à ce jeu et il est expulsé vers l'Algérie. "Entre 2005 et 2007, j'ai fait la traversée vers l'Espagne sept fois avant de tout laisser tomber", avoue-t-il, affirmant que de nos jours, "les harraga partent de toutes les plages entre port Say et Oran, et arrivent du côté d'Almeria.
À partir de Mostaganem, ils arrivent aux abords de Carthagène ou d'Alicante et c'est plus risqué pour eux". Celui qui, à force de tentatives, devient un vétéran de la harga, est souvent sollicité par les éventuels harraga pour leur prodiguer des conseils.
Même si Amine soutient ne pas encourager l'émigration clandestine, il nous affirme qu'"ils partiront avec ou sans mon avis, alors, autant les avertir pour qu'ils ne sombrent pas". Il nous explique qu'il est facile de se perdre en mer pour peu qu'on dévie de sa trajectoire d'un ou de deux degrés. "Il faut encore composer avec la météo", ajoute Amine, qui regrette que "la plupart des disparus en mer sont morts".

SAID OUSSAD
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