Un patrimoine voué à l’abandon
Une fois seulement par an, une période de trente jours en plein cœur du printemps, décrétée mois du patrimoine, vient réveiller les pouvoirs publics de leur torpeur pour leur faire ressusciter une fibre cachée pour le patrimoine. Des sites historiques et des monuments, que l’on a longtemps ignorés et laissés en proie à l’usure du temps et à la déprédation des hommes, se mettent à sortir comme par enchantement de l’oubli et se voient devenir l’objet d’un engouement spontané et entourés de tant de sollicitude pour redevenir, en l’espace d’un mois, un motif de fierté retrouvée pour la ville. La ville d’Oran dispose en son territoire de plusieurs sites classés, dont sept se trouvent dans le seul site de la forteresse de Rosalcazar: la porte du Château Neuf, les inscriptions au dessus de cette porte, le pavillon de la favorite au palais du Bey, l’échauguette dans l’enceinte de la forteresse, la promenade de l’étang, le mur d’enceinte de la forteresse, le Palais du Bey et la superficie y attenante. Une simple visite, à travers les différents sites historiques et les monuments d’Oran, suffirait amplement à renseigner sur le flagrant désintérêt affiché par les responsables dont la mission consiste à protéger le patrimoine matériel et sur l’ampleur des dégâts qui affectent grandement la mémoire de la ville. A titre d’illustration, le Palais du Bey, qui a pourtant bénéficié d’une opération partielle de restauration très controversée en 2003, n’a de palais que le nom. La restauration de ce monument -un joyau architectural- n’a pas été poursuivie et l’édifice laisse apparaître aujourd’hui les signes évidents de sa vulnérabilité. A la porte d’entrée de la forteresse de Rosalcazar, le visiteur est accueilli par des tas d’ordures ménagères qui discréditent le site. La préservation des sites historiques ne semble pas constituer un souci majeur pour les autorités locales et encore moins pour les citoyens dont l’esprit est occupé par d’autres préoccupations. Pourtant les textes de loi existent, en l’occurrence la loi 98-04 portant protection et valorisation du patrimoine culturel national, ce qui devrait inciter les pouvoirs publics à accorder l’intérêt voulu à la préservation des sites historiques pour les prémunir contre tout risque d’agression.
Ce n’est pas les quelques campagnes sporadiques de désherbage organisées ici ou là, ni les opérations de restauration, exécutées par des opérateurs dépourvus de savoir-faire dans le domaine comme ce fut hélas, le cas pour les opérations précédentes qui garantiraient leur sauvegarde. La préservation du patrimoine exige la mobilisation d’importants moyens financiers et ne saurait cependant se passer d’une collaboration étroite entre les pouvoirs publics et la société civile à même de sensibiliser le citoyen sur tous ces pans de mémoire qu’il convient de protéger.
G.Morad
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com