
La 3G n'est plus une simple affaire d'experts, c'est aussi une affaire d'opinion. Une fois n'est pas coutume, les Algériens reçoivent des arguments et des contre-arguments sur le choix fait par les pouvoirs publics d'imposer une nouvelle numérotation pour la 3G. On connaît l'argument de l'Autorité de régulation de la poste et des télécommunications : il faut que les calculs de la fiscalité de la 2G et de la 3G soient faits de manière distincte. L'autre argument, qui n'est pas avancé publiquement, serait d'ordre sécuritaire : on veut éviter le laisser-aller qui a prévalu pour la 2G et s'assurer d'une identification rigoureuse des détenteurs de puces.De manière courtoise mais ferme, le patron de Nedjma-Ooredoo a répondu que les solutions techniques aussi bien pour la fiscalité que pour l'identification totale des abonnés existent, et qu'il n'est pas nécessaire de ce fait d'alourdir le démarrage, déjà tardif, de la 3G. Il est évident que le parton de Nedjma-Ooredoo ne fait pas de politique mais pense en tant que dirigeant d'entreprise. Mais le débat public qu'il entretient - de manière bien solitaire puisque les deux autres opérateurs sont dans le profil bas - avec les dirigeants de l'ARPT apporte des éclairages intéressants pour les observateurs. Globalement, il est loisible de constater que les experts algériens qui n'exercent pas de fonction officielle partagent le point de vue de Joseph Ged.Les arguments invoqués pour imposer une double numérotation sont faibles et contestables. Ils le sont tellement qu'ils donnent lieu, sur les réseaux sociaux, à des lectures politiques. La plus répandue est que les autorités veulent une entrée «lente» de la 3G afin d'éviter qu'une connectivité Internet mobile trop forte ne vienne perturber la gestion très « immobile» de l'élection présidentielle. Certains estiment que les craintes d'un impact significatif d'une entrée en trombe de la 3G sont totalement exagérées. « Si c'est ce souci qui justifie l'imposition de la double numérotation, on est dans la paranoïa», explique un expert. La 3G a trop pris de retard en Algérie et les rendez-vous ratés aidant, la lecture politique a tendance à primer.En gros, le pouvoir algérien va vers la 3G en multipliant les ralentisseurs. Beaucoup ont souligné, à juste titre, l'impact négatif de ces retards notamment dans le développement d'une industrie des contenus algériens. C'est sur ce terrain que se joue l'économie de l'Internet. Si l'on ne veut pas là aussi se contenter d'être des consommateurs, l'Etat doit non seulement accélérer la diffusion de l'Internet mais également avoir une politique volontariste pour encourager le développement des contenus. Ce qui est frappant dans la polémique courtoise que mène Joseph Ged - qui précise que son entreprise appliquera en tout état de cause les décisions du régulateur -, c'est de se retrouver dans une étonnante inversion des rôles. C'est le chef d'entreprise qui met en avant l'intérêt du consommateur d'avoir un «seul numéro et un seul abonnement pour la 3G et la voix et de ne pas l'obliger à s'encombrer avec deux téléphones ». Un discours qui fait mouche. Mais un discours qu'on s'attendait plutôt à entendre chez les dirigeants de l'ARPT…
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M Saadoune
Source : www.lequotidien-oran.com