Les origines de l’Islam, examen des sources
Dans une étude critique sur l’islam, on ne peut pas dispenser d’un examen préalable des documents scriptural ou historiques qui peuvent apporter sur le phénomène coranique quelque lumière.
Or ce problème historique est résolu pour l’Islam d’une manière exceptionnelle: de toutes les religions, il est, en effet, la seule dont les sources aient été fixées dès l’origine, du moins quant à l’essentiel : le Coran.
Ce livre a eu le privilège unique de se transmettre depuis bientôt quatorze siècles sans avoir subi aucune altération, connu d’apocryphes d’aucune sorte. Ce n’est pas le cas de l’ancien Testament dans lequel l’étude critique des exégèses contemporains n’a reconnu qu’un seul livre authentique: celui de Jérémie.
Ce n’est pas davantage le cas du Nouveau Testament dont les nombreuses versions supprimées au concile de Nicée, laisse planer un doute sur ce qu’il en reste : les Synoptiques.
En effet, ces derniers, à leur tour, ne sont pas regardés aujourd’hui comme des authentiques puisque les critiques les jugent généralement avoir été composés plus d’un siècle après Jésus-Christ, c’est-à-dire après la disparition des apôtres auxquels la tradition chrétienne les impute. Par conséquent, sur l’historicité des documents Judéo-chrétiens, il plane aujourd’hui pas mal d’incertitude.
Aussi est-ce un phénomène remarquable au point de vue de la sociologie et de la psychologie arabes, de l’époque mohammadienne, que cette fixation intégrale du texte coranique du vivant même du prophète. Ce point essentiel mérite d’être constaté et souligné ; il n’y a pas un problème scripturaire du Coran, comme il y en a un pour la Bible. Ce point est établi sur des données historiques qui méritent d’être signalées à l’attention du lecteur, lequel doit remarquer encore, là, la coïncidence du fait de l’histoire avec ce verset coranique : « Et nous en assurerons la conservation intégrale». (Coran, XV, 9).
Cette conservation a néanmoins son histoire : Au fur et à mesure de la révélation, les versets coraniques étaient fixés dans la mémoire de Mohammed et de ses disciples, et consignés aussitôt par l’écriture, par des secrétaires particuliers qui utilisaient pour cela n’importe quel objet plat : omoplate de mouton, bout de parchemin, etc...
Si bien qu’à la mort du prophète, le Coran se trouvait fixé oralement et par écrit, et au besoin une confrontation entre les versions était toujours possible s’il s’agissait, par exemple, d’une variante d’ordre prophétique ou d’ordre dialectal.
D’ailleurs, cette confrontation sera faite à deux reprises, et la manière même dont ce travail avait été exécuté est en soi un événement considérable dans l’histoire de la technique intellectuelle humaine. Pour la première fois, se manifestaient dans une entreprise intellectuelle, les qualités de méthode et de rigueur qui sont aujourd’hui l’apanage de l’esprit scientifique.
Une première commission désignée par le Khalif Abou Bakr - et présidée par Zeid Ben Thabet, le même qui était le secrétaire du « Wahy » du vivant du Prophète - fit le premier classement écrit du Coran. Zeid sembla tout d’abord se récuser pour deux raisons : l’une, celle du disciple qui ne veut pas prendre une initiative que n’avait pas envisagée, ni prise le Maître, l’autre celle du croyant à l’esprit rigoureux qui s’effraye d’avance à la perspective de la moindre erreur dans l’exécution de sa mission. Néanmoins, cette tâche se trouva accomplie grâce aux efforts conjugués et consciencieux des membres de la commission. La méthode suivie était simple mais rigoureuse : ils savaient tous le Coran par cœur, et dans l’ordre même où ils l’avaient appris, en compagnie et sous la direction du Prophète. S’il y avait une variante, pour lever le doute à son sujet, ils consultaient les pièces sur lesquelles avaient été consignés les versets lors de leur révélation.
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A suivre ...
Malek Bennabi
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com