Réclamées depuis plusieurs jours, les mesures supplémentaires devant permettre de réduire la circulation du coronavirus entrent en vigueur dès aujourd'hui. Les activités commerciales ne sont pas totalement suspendues mais beaucoup d'entre elles cesseront à 15 heures. Les horaires du couvre-feu ne subissent pas de changement pour le moment. Est-ce assez pour maîtriser la situation sanitaire ' Il ne faut pas moins de quinze jours pour apprécier l'impact d'une décision, assurent les spécialistes.Nawal Imès - Alger (Le Soir) - Les appels au durcissement des mesures restrictives ont fini par être entendus. Le gouvernement a pris une série de mesures devant entrer en vigueur dès aujourd'hui. Encore une fois, le souci de ne pas totalement paralyser l'activité économique a poussé l'exécutif non pas à une suspension pire et dure des activités commerciales mais à leur arrêt avant même l'entrée en vigueur du couvre-feu prévu à partir de 20 heures dans l'ensemble des wilayas concernées.
Ces décisions s'avéreront-elles suffisantes pour inverser la courbe de contaminations ' Trop tôt pour l'affirmer, aux dires du Pr Ryad Mahiaoui, membre du Comité scientifique de suivi du coronavirus. Pour pouvoir apprécier l'impact d'une mesure, il faut au moins une quinzaine de jours. Ce n'est qu'à partir de cet intervalle que les premières conséquences sur le bilan des contaminations pourraient se voir. Mais pour que l'effet soit celui escompté, une seule mesure isolée, dit-il, ne peut pas être suffisante. Il s'agit de mettre en branle un ensemble de mesures qui, ensemble, pourraient alors s'avérer efficaces. Le port du masque et la distanciation physique doivent continuer à être respectés scrupuleusement. Sans le respect de ces deux dernières recommandations, toutes mesures s'avéreront inefficaces.
Pour le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l'EPH de Boufarik, la vraie question ne réside pas dans l'efficacité d'une mesure mais dans le degré de son application. Il explique, en effet, que « quelles que soient les mesures qui sont prises, c'est sur le terrain qu'il faudra vérifier leur application et leur contrôle », ajoutant que « toutes les mesures peuvent être bonnes lorsqu'elles sont respectées et appliquées et surtout contrôlées, chacun en fonction de ses attributions et des secteurs dont il dépend ». Déplorant l'absence de contrôle, le Dr Yousfi rappelle que « nous sommes en train de payer non pas l'absence de mesures mais leur non-respect. Il n'y a, malheureusement, aucun contrôle sur le terrain. Cela pour la théorie, mais après il faudrait veiller à leur application et c'est justement ce qui a cassé notre travail avec un personnel de la santé à genoux, et beaucoup de sacrifices consentis ». La théorie, dit-il, est connue de tous : « Sur le principe, plus l'épidémie augmente, plus les mesures sont restrictives jusqu'à arriver au confinement total ajoutant que même si ce dernier était décrété, c'est la gestion de la sortie du confinement qui importe le plus.» Et pour cause, l'expérience a déjà été tentée lorsque, face au pic de contaminations, le gouvernement avait pris la décision de fermer la quasi-totalité des commerces. Interdits d'exercer, les commerçants ont trouvé le moyen de continuer d'écouler leurs marchandises en déjouant la vigilance des contrôleurs et en ouvrant qu'à moitié leurs rideaux, permettant un afflux de clients, très souvent non munis de masques. En décidant non pas d'interdire mais de limiter les activités commerciales dans le temps, le gouvernement espère arriver à réduire la fréquentation des magasins, restaurants et autres lieux donnant lieu à des regroupements.
L'exécutif entend également ne pas totalement étouffer financièrement des commerçants déjà éprouvés par plusieurs mois de baisse drastique de l'activité. La poire ainsi coupée en deux s'avérera-t-elle payante ' Rien n'est moins sûr puisque le spectre d'un confinement total ne peut être écarté. Il pourrait même être envisagé de manière ciblée.
Les walis ont autorité de prendre les décisions qu'ils jugent nécessaires pour tenter de maîtriser la situation épidémiologique. Ils peuvent, à tout moment, durcir les mesures.
Le gouvernement le dit clairement : la situation est inquiétante et pourrait nécessiter un autre tour de vis si celui décidé ce dimanche ne donne pas lieu à une baisse des contaminations et une maîtrise de la situation.
N. I.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nawal Imès
Source : www.lesoirdalgerie.com