Le fondement de la civilisation islamique et son avenir
Dans une précédente chronique, nous avons signalé que, deux fois par jour, des savants musulmans feront dans l’immense et magnifique salle de prière de la Zaouïa de Sidi Mohammed Belkaïd à Sidi Maarouf des conférences sur la civilisation islamique. Nous sommes au regret que les moments de liberté que nous laissent nos occupations habituelles ne soient pas plus longs pour rendre compte de toutes ces conférences. Mais analysons sans retard la conférence magistrale que l’éminent professeur algérien Mustapha Cherif a donnée le 5 octobre à 17 heures devant une nombreuse assistance.
Cette conférence a eu pour sujet: le fondement de la civilisation islamique et son avenir. Ce sujet offrait à l’examen deux questions qui, de ce fait, étaient à la fois distinctes et quasiment analogues. Dans un langage clair et précis, le conférencier s’est donc proposé dans un premier temps d’analyser les éléments qui fondent la civilisation musulmane. Il eut ensuite à se demander quel en sera son l’avenir. Le professeur Mustapha Chérif déclara d’emblée que les éléments qui fondent la civilisation islamique sont au nombre de dix qu’il entreprit ensuite d’expliquer en détail en citant des versets du Coran pour en faciliter la compréhension. La civilisation islamique a eu un rayonnement sans pareil qu’elle doit avant tout à notre vénéré prophète Sidna Mohamed (que la paix et la bénédiction divines soient sur lui). Notre prophète, l’homme total et parfait, dit-il, est le sceau des prophètes et messagers. Son message est le dernier avertissement fait à l’humanité sans exception. La civilisation, ajouta-t-il, est sortie du Coran à l’usage de la société nouvelle que Dieu le Tout Puissant a qualifiée de la plus belle communauté surgie face à l’univers.C’est donc une civilisation qui se fonde essentiellement sur la foi et la Rahma. Elle recommande la fraternité, c’est-à-dire l’union et l’assistance mutuelle. De plus, elle considère que tous les hommes appartiennent à la même grande famille: l’humanité. C’est donc une civilisation universaliste comme l’Islam, cette religion qui s’adresse à tous les hommes. Elle est comme corollaire immortel, comme le message divin qui se transmet à travers les siècles.
La Oumma musulmane a eu un âge d’or au Moyen-âge; elle fut brillante et puissante au moment où le reste du monde, notamment l’Europe, vivait dans la médiocrité. Les sociétés musulmanes ont connu au cours de l’histoire des moments où elles approchaient de la fin sous le joug d’une nuée d’adversaires qui s’abattirent sur elles, mais à peine l’une tombait que l’autre se relevait.
Lorsque le vent de la civilisation eut cessé de souffler sur le Maghreb et sur l’Espagne, notait, jadis, Ibn Khaldoun, les sciences y déclinèrent et toute activité scientifique y disparut à l’exception de rares traces individuelles.
Après avoir montré la position également éloignée des extrêmes, c’est-à-dire le juste milieu et la nature équilibrée de la civilisation islamique, le professeur Mustapha Chérif fit observer que «la civilisation islamique est fille de la culture et de la raison raisonnable».
Là où il n’y a pas de culture, dit-il, il n’y a pas de civilisation. C’est l’idée chère à Ibn Khaldoun qui remarqua que la culture est le but de la civilisation. Il est vrai aussi que le progrès de la technique est étroitement lié à l’évolution des civilisations. Sans doute, dit un philosophe contemporain: «mais de nos jours le développement prodigieux des techniques, le déséquilibre et l’inquiétude qui en résultent souvent (pollution des eaux par l’industrie, dénaturation chimique des aliments, travail à la chaîne, chômage, troubles sociaux entraînés par la révolution industrielle sans parler des armes de guerre terrifiantes) entraînent la suspicion et la révolte de certains humanistes contre la technique.
La seconde partie de la conférence portait sur l’avenir de la civilisation islamique. On connaît le mot de Plutarque: «On bâtirait plutôt une ville en l’air qu’on ne fonderait une société sans religion.»
Dans une époque où les découvertes de la science ont fait d’immenses progrès à la civilisation matérielle, dans beaucoup de pays, les hommes se sont affranchis de la religion. En conséquence, les guerres, la violence et le désordre se répandent un peu partout. L’esprit même de la civilisation est en péril. C’est ce qui à fait dire à un Paul Valery: «Le temps du monde fini commence.»
Il est vrai que la civilisation islamique à toujours été dirigée beaucoup plus vers l’amélioration de la condition morale de la société que vers le progrès matériel. C’est peut-être là son secret de pérennité. On a dit fort pertinemment que ce qui guette la civilisation islamique ce n’est pas la technique mais le fanatisme, le radicalisme et la mise en œuvre erronée des valeurs islamiques.
Ce sont des réflexions de cet ordre que le professeur Mustapha Chérif a livrées à la fin de son discours. Pour lui, comme pour tous les penseurs musulmans, le moment est venu pour rouvrir toute grande la porte de l’Ijtihad.
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Rachid Benblal
Avocat & historien
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com