
A défaut de former des spécialistes de l'environnement, le ministère de l'Environnement va former des? journalistes !Au-delà de la confusion des genres, tout indique qu'on est encore parti d'un postulat qui n'est pas nouveau : dans l'environnement comme dans beaucoup d'autres secteurs, les pouvoirs publics font tout pour améliorer les choses.Ce sont les citoyens, en raison de leurs négligences, leur ignorance ou carrément leur incivisme, qui contribuent pour l'essentiel à la détérioration de la situation. Il faut donc les «mobiliser», la leçon de morale assommante au coin de la lèvre et l'arrière-pensée culpabilisatrice dans un coin de la tête.Si les pouvoirs publics avaient, comme le dit sans mâcher ses mots Madame la ministre, fait tant pour préserver l'environnement, le moins qu'on puisse dire est que ça se saurait.Mais comme il y a manifestement beaucoup de choses que l'Etat accomplit sans que le citoyen ordinaire le sache, elle va nous «rappeler» qu'on a fait plus que ça : «L'Etat a consenti des efforts colossaux afin de développer? l'éco-citoyenneté dans la société algérienne depuis l'indépendance» !Il ne reste donc plus qu'à former «60 journalistes» spécialisés en la matière et notre pan de planète sera sauvé ! Des journalistes qui auront bien évidemment la mission de «sensibiliser» le citoyen? insensible aux questions écologiques.Et comme il n'est pas question, mais ça, elle n'a pas besoin de le dire, pour ces confrères de faire leur travail de façon autonome, de façon à rapporter, le cas échéant, l'incurie de la politique publique de l'environnement, ils seront quasiment en service commandé. Au? service de leur généreux formateur.En l'occurrence, Mme Dalila Boudjemaâ, qui a, comme tous ceux qui sont à ce niveau de responsabilité, une idée du journalisme tout à fait conforme à ce qu'elle en attend, ne s'en cache même pas. Elle veut des caisses de résonance qu'elle qualifie, par métonymie utilitaire, de «relais» entre les institutions et le citoyen.Et ça s'appelle une «noble mission», affectée à la presse et aux? associations. Une fois soulagés de leur devoir d'informer et de leur droit d'être critiques, les journalistes spécialisés dans l'environnement sauront ce qu'il leur reste à faire : rapporter les «efforts colossaux de l'Etat algérien» en la matière aux citoyens qui sont sommés de s'y mettre à leur tour.Une fois conscients de tout ce qu'on fait en haut lieu pour la qualité de leur vie, une fois «sensibilisés» par les «journalistes verts» sur la dangerosité de leurs méfaits sur la nature, ils vont tous se découvrir une âme d'écolos.Parce que pour l'instant, nos espaces marins sont des poubelles, nos forêts ravagées, nos rivières asséchées, nos sables brigandés, nos outardes braconnées? et notre environnement invivable.Ne cherchons surtout pas les responsables, les journalistes spécialisés vont nous le dire.Leurs formateurs l'ont déjà fait.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com