Les hommes font les institutions. Les institutions font la république.
L'emploi supérieur fait, construit, défait et détruit les hommes. Leur nomination vacille ainsi entre les critères de la compétence et les preuves d'autre chose.
S'interroger sur le comment arrive-t-on à nommer, renommer ou dégommer des cadres dans des fonctions supérieures équivaut à aller vers une vérité toute nue. La réponse est ainsi toute trouvée ; lorsque régie par des dispositions expresses, la carrière du cadre semble se régir dans la réalité par une sensation personnelle ou une humeur bâtie sur le tas. Le pouvoir de décider de la trajectoire du cadre est souvent synonyme d'une appréhension, d'une certitude ou d'un doute. Le dernier mouvement des chefs de daïra s'est fait doucereusement après une rentrée scolaire, après épuisement des congés et surtout après les délais disons naturels d'un tel redéploiement. Il s'agit en fait de famille et non de mobilier administratif. Le cadre, s'il est inscrit sous un matricule identifiant, il ne comporte pas par contre un numéro d'inventaire. Il est donc une compétence en principe exclusivement dédiée au savoir gérer. Et là, hélas, il y a compétence et autres choses.
La nomination du cadre, craint-on, risque de se transformer en un simple déplacement de personnes, sans égards aux règles de bienséance, de profil ou de caractère. La compétence se trouve être malheureusement l'apanage de tous. Car celle-ci devrait être une particularité prodigieuse autant que les postes à pourvoir font de la rareté une cause plausible à la compétition.
D'autres conditions demeurent exigibles à plus d'un titre. Dans le champ politique, il serait de fait réclamé un parcours politique, un cursus militant et un cran rare et extraordinaire. Soit une trempe de président, de ministre ou de celui en tenant lieu. Dans l'administration publique, seule la compétence, le comportement et le courage expérimental peuvent faire accéder les prétendants au trône de la direction exécutive des affaires de l'Etat. L'on ne peut faire nommer sans proposer à ce niveau de responsabilité une ancienne ou récente inclination. Même l'esprit de l'obséquiosité maladive n'a pas à s'investir outrageusement dans les critères de sélection. A la limite de la loi, tout citoyen peut disposer du titre de président, mais ce titre ne peut s'incarner dans la personne de tout ou quelconque citoyen. Le président des hommes et des circonstances est une affaire d'une société inférée et à grand remous. En termes lucides, il ne sera, dans le principe, que l'émanation du souffle vif des forces saines et réelles. En revanche, l'administrateur du truc ou du machin ne doit exprimer qu'une manière de bonne gouvernance. Il en sera l'outil moteur et non l'obstacle majeur.
Pour le cadre des démembrements de l'Etat et de ses collectivités, la dynamique voulue dans les premiers discours, airs et desiderata présidentiels, ne montre pas encore l'efficience plus qu'elle ne présente une précarité dans l'emploi supérieur et partant un simple changement d'hommes qui ne s'imposait nullement dans le «choix» ou la «recommandation» des potentiels titulaires. Le président en faisant réintégrer dans son giron de compétence, le droit de nommer et dégommer quiconque n'aurait fait qu'attribuer plus d'honneur et de privilèges aux heureux élus ou aux malheureux évincés.
L'acte nominatif est une constatation de la naissance d'un cadre. Cette naissance, comme dans une clinique, s'opère d'abord en système prénatal. Le régime assigné fera la suite. La procréation est certes une exclusivité divine qui fait de la nature humaine un processus ininterrompu dans la fabrication et le prolongement de l'espèce périssable. Mais l'opération d'accouchement d'un emploi supérieur peut outrepasser l'hygiène gynécologique et peut même défier les termes de la grossesse. Car certaines nominations font penser à des naissances prématurées, avant terme et avec des déformations congénitales. Le délai usuel de neuf mois serait une période de confirmation quant à l'évolution de l'embryon au sens statutaire des dispositions générales de la fonction publique. Il ouvre les voies de l'insalubrité de la fonction publique comme il obstrue celles de la fluidité normale d'une circulation régulière. Ainsi l'on voit de plus en plus dans la fonction publique les valeurs d'antan se perdre. Un ministre sans trop de trempe, un wali à mentalité d'agent contractuel, un directeur gâteux, ce sont ceux-là qui font le canevas de l'ambition professionnelle et du rajeunissement gestionnel.
Pour le système, il existe une certaine raison qui préside à la gestion des affaires publiques. Cette raison ne puise son discernement que dans une logique de totale adhésion, d'absence de soi, et de résignation absurde. Elle réussit à synchroniser l'acte à la parole et l'homme à l'animal. Il se trouve que parmi le lot des fonctionnaires, dans le sous-lot des hauts fonctionnaires, existent des corps et des têtes simultanément tirés, sans douleur ni césarienne, des profondes vulves du système. L'enfantement laborantin et miraculeux. Ces «choses» iront joyeuses servir l'appétit dévoreur de ceux qui les ont conçues lorsqu'elles n'étaient qu'au stade de la fécondation. L'un ou l'une serait ainsi une machine à produire des lots de terrain et des appartements ou des prêts bancaires, l'autre un pont garanti pour le transit de grosses caisses portuaires et de whisky frelaté.
Ces créatures fonctionnent dans la vie courante, comme fonctionne le circuit digestif. De l'embouchure buccale à l'issue anale, elles ne retiennent que les acidités puantes des ordres ingurgités et profitent, au passage de quelques envies de vomissement. Mais là s'arrête l'éventuel désir de soubresaut intellectuel. Ces «hommes» ne peuvent plus se dépoussiérer de l'intérêt qui semble les animer autant que celui-ci est au profit exclusif de leurs géniteurs. Ils ont grandi sous un oeil marâtre et protecteur dans des berceaux administratifs, au sein de dossiers mielleux et au-dedans des meilleurs immeubles publics d'Alger. L'un est un bras muni d'un sabre pour couper d'un bref coup tous les cous qui oseraient crier et mettre à jour les frasques contre nature du système. L'autre est un renseignement intarissable qui alimente l'appareil génital, aux dépens de ses semblables et contre les éventuels guerriers de l'éthique humaine, qualifiés de «manipulateurs» contre-génétiques !
Des êtres et des êtres naissent dans les couveuses de la basse doctrine de l'Etat. En somme c'est par le système providentiel de l'Etat que l'emploi supérieur tend à devenir non plus un effort de mérite personnel mais bel et bien une récompense au titre d'un «dévouement» ou d'une «loyauté». Ministres, sous-ministres, directeurs ou wali, tous, enfin la plupart vaccinés, ont connu la tétée, l'allaitement et le changement de couches dans le bloc du système.
Il est certain que l'appât du poste supérieur procure chez certains un certain confort moral d'avoir réussi une vie socioprofessionnelle. Chez d'autres, il n'est qu'un semi-objectif éclipsant le but réel recherché par l'acharnement à vouloir contre vents et marées l'occuper. Se servir, servir, faire servir et rendre service demeurent a posteriori le véritable objectif que cache souvent mal une ambition folle et maladroitement affichée. Le poste supérieur est dans le principe des sciences théoriques du fonctionnement de l'Etat, attribué en raison d'une foultitude de paramètres. En amont, un poste se distingue d'une fonction. Car dans la pratique, il y a des postes qui n'ouvrent droit qu'à des droits et des préséances. Sans responsabilité aucune. Il y a aussi d'autres postes qui font justement la fonction supérieure et la créent pour en devenir la raison principale et qui sont lourds à supporter. La responsabilité à fond qui pointe de bout en bout ne fait cependant pas diminuer le nombre de prétendants. En somme, un emploi se pèse selon la charge des prérogatives. Le JORADP regorge de nominations à de telles enseignes. C'est aussi cette évolution sur l'accotement qui fait durer les titulaires de tels emplois. Ils ne doivent ainsi leur longévité qu'au fait de l'absence de l'éclairage. Hiérarchique et surtout médiatique. Leur vie naît dans les interstices d'un décret, elle y prend fin. Entre les deux, la vie est belle. En revanche pour d'autres, la durée est une condition sine qua non de survie ou de mort. Longue, elle devient un lourd handicap à la continuité.
Courte, elle s'insère dans un départ involontaire travesti en «mouvement». Le tout enfin restera à se justifier ou par l'indispensabilité présumée ou par le manque de résultat, en somme de la subordination intuitu personae.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : El Yazid Dib
Source : www.lequotidien-oran.com