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«Les familles contraintes d'investir quotidiennement un hôpital déliquescent»



«Les familles contraintes d'investir quotidiennement un hôpital déliquescent»
Le Groupe de recherche en anthropologie de la santé (GRAS) a organisé durant deux jours à Oran un colloque international pour débattre de la problématique des «soins» en Algérie et ailleurs.L'intitulé, «Les patients à l'épreuve des soins», englobe plusieurs axes de réflexion, notamment en ce qui concerne l'analyse des rapports entre soignants et soignés en milieu professionnel. Néanmoins, beaucoup d'intervenants ont extrapolé la thématique au rôle joué par l'environnement du patient, notamment la famille, ou carrément aux pratiques traditionnelles (voir entretiens).«Nos enquêtes de terrain dans différentes régions d'Algérie montrent que les familles sont d'abord contraintes d'investir quotidiennement un hôpital déliquescent pour opérer des actes socio-sanitaires qui ne sont pas de leur ressort, d'assurer toutes les tâches domestiques de santé (préparer les repas, apporter des draps, courir après le sang, payer une radiographie, acheter le médicament manquant, se débrouiller la seringue, etc.) au profit du proche parent, de l'hôpital et de la société», note Abdelkrim Houari de Mostaganem, soulignant qu'«aujourd'hui, il est important de reconnaître que l'hôpital fonctionne plus ou moins bien grâce à la contribution financière et relationnelle de la famille».C'est un constat partagé, mais l'étude de ce chercheur va plus loin en s'intéressant à l'amont de l'admission à l'hôpital, c'est à dire «au tiers donneur d'alerte » qui peut être aux deux extrêmes de sa relation avec la victime, soit un «proche», soit un «inconnu» pouvant être, dans ce dernier cas, des passants, des automobilistes ou des piétons, des agents de sécurité ou de police, des responsables de site, etc.Certaines catégories de patients exigent encore plus de sacrifices, comme les personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer. C'est le souci de Saliha Boumedjene de Bouira, qui constate, d'après les résultats de recherche entamées sur le terrain depuis 2010, que c'est plus particulièrement «la femme (épouse, fille, belle fille ou petite fille) qui reste l'aidant naturel et principal dans l'accompagnement et l'assistance des parents âgés».Pour elle, il serait même urgent d'anticiper et proposer un programme national de soutien afin de prévenir l'épuisement de l'entourage familial. Le défi est d'autant plus important que dans les années à venir, avec l'augmentation de la proportion des personnes âgées, on assistera très probablement à l'augmentation de la prévalence de certaines pathologies invalidantes, telles que la maladie d'Alzheimer. La solidarité est un trait qui a caractérisé la société algérienne, mais les choses sont indéniablement en train de changer avec le début d'éclatement de la famille traditionnelle.Maurice Pilloud d'Alger, qui a analysé l'évolution de la relation soignant/soigné tout en introduisant la notion d'aide-soignant en prend conscience et propose, lui aussi, une réflexion autour de la possibilité de créer un «service de gérontologie centré sur une alliance thérapeutique.» Son constat est que, en Algérie, après une période de bouleversement, les structures qui forment les réseaux sociaux, se sont fragilisées.En parallèle, poursuit-il, dans le domaine du troisième âge, il existe peu de structures de prise en charge des personnes et ces structures sont essentiellement des maisons de retraite étatiques. Les métiers d'aide de vie, garde-malade, même la spécialité de gériatrie et des centres de jour n'existent pas. Des initiatives ont été néanmoins prises, comme celle lancée Il y a 3 ans, considérée comme un défi et qui consiste à former des AVS (auxiliaires de vie sociale). «A ce jour nous en sommes à notre 5e promotion», précise-t-il.Le rôle de la famille est également souligné par Karima Aroui d'Oran qui déclare : «Depuis plus de 25 ans de pratique psychologique en milieu institutionnel, le travail avec la famille s'est toujours imposé comme une composante essentielle du travail avec l'enfant en situation de handicap moteur.» Cette praticienne inclut l'environnement familial dans sa démarche thérapeutique, car elle considère que c'est la clé de la réussite.
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