«Marché spot» et «gaz non conventionnels». Tels sont les mots – ou maux –
clés de la 10ème session du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG) qui
s'ouvre, demain à Oran, en marge de la 16e Conférence mondiale du gaz (GNL 16).
Plus que la poussière volcanique islandaise qui s'invite en perturbateur
du GNL16, les 11 pays exportateurs de gaz membres du FPEG (Algérie, Bolivie,
Égypte, Guinée équatoriale, Iran, Libye, Nigeria, Qatar, Russie, Venezuela,
Trinité&Tobago) ont un souci majeur : les prix s'effondrent. La raison
majeure vient des Etats-Unis où, grâce à des progrès technologiques, le coût de
l'extraction de gaz schisteux (shale gas) a été ramené vers le bas. La tendance
avait commencé au début des années 2000, elle arrive à maturation. Ces gaz non
conventionnels représentent déjà plus de 20% de la production aux Etats-Unis et
devraient plus que doubler au cours des deux prochaines décennies. Résultat,
les Etats-Unis, premier marché du gaz, sont pratiquement autosuffisants. La
production a atteint, selon l'agence internationale de l'énergie, 624 milliards
m3 contre 582 milliards m3 pour la Russie. Il en résulte un excès d'offre. Le
prix du gaz naturel liquéfié est en chute constante depuis près de deux ans sur
les marchés spots et ne dépassait guère les 4 dollars début avril 2010. Un
mauvais prix. Le bon prix du gaz, les exportateurs ont l'habitude de le
calculer en divisant le prix du baril de pétrole par six. Au prix du baril de
84 dollars hier cela aurait signifié un prix du gaz de 14 dollars. Dix dollars
de moins, l'écart est considérable même si des spécialistes estiment qu'à ce
prix même les gaz schisteux risquent de ne pas être rentables. Les optimistes
attendent donc une correction du marché. La chute des prix a en effet entrainé
une baisse de production de gaz non conventionnel dont le seuil de rentabilité
se situe à 8 dollars le MBTU (million d'unités thermales britanniques, soit
27,6 m3). Il reste néanmoins une offre spot importante qui conduit les
consommateurs engagés sur le long terme avec des fournisseurs à ne prélever que
la part minimale prévue dans les contrats. Le reste des besoins s'achètent sur
les marchés spots où les prix sont alléchants. Que peuvent faire les membres du
FPEG qui se réunissent à Oran face à cette conjonction de facteur qui bouscule
l'indexation du prix du gaz sur celui du pétrole et qui risque, à terme, de
remettre en cause les contrats à long terme. Le ministre algérien de l'Energie,
Chakib Khelil, aimerait bien rééditer ce qui s'est passé il y a 18 mois, à
Oran, pour le pétrole.
Fpeg n'est pas Opep
La réunion ministérielle de l'Opep qu'il accueillait dans la seconde
ville du pays avait décidé d'une baisse de 2,2 millions de baril-jour dont
l'effet sur le rétablissement des cours s'est manifesté au cours des mois
suivants. Mais, c'est d'ailleurs le fond du problème, le FPEG n'est pas l'Opep
et il n'est pas certain qu'il puisse jamais le devenir. Si Chakib Khelil, après
avoir longtemps douté sur la possibilité de peser sur les prix, est aujourd'hui
pour une action plus volontariste des pays exportateurs. Il a déjà annoncé la
couleur : des décisions importantes doivent être prises à Oran. Quel type de
décision ? La marge d'action est limitée. Les pays exportateurs sont en général
engagés dans des contrats à long terme, une réduction de l'offre sera forcément
limitée aux quantités vendues sur le marché spot. Le ministre de l'Energie du
Qatar, Abdallah ben Hamad al-Attiya, l'a souligné : «la question n'est pas de
réduire ou non la production de gaz». Seule la question des ventes sur le
marché spot sera évoquée. On peut s'attendre aux mêmes réserves de la part
d'une Russie soucieuse de préserver son marché européen. Chakib Khelil s'est-il
mis à croire à une Opeg (Opep du gaz) à un moment où le marché la rend encore
moins probable que jamais ?
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Posté par : sofiane
Ecrit par : M Saadoune
Source : www.lequotidien-oran.com