Une enquête dans 11 universités révèle que 20% des étudiantes pensent que les droits homme/femme sont régis par le Coran et donc sacrés.
Une enquête nationale sur la relève féminine et la revendication égalitaire a été réalisée en 2009 par l'association Femmes en communication. Ce travail, qui s'est étalé sur trois ans, a fait l'objet, en juin 2012, d'une analyse sociologique. L'enquête, axée sur le féminisme et la vie estudiantine, a permis, entre autres, de tracer la typologie du monde des étudiantes. Hier, lors d'un colloque organisé au Centre culturel des moudjahidine, qui a regroupé des représentantes du mouvement associatif féminin et de la société civile, des experts, des personnalités féminines ainsi que des étudiantes, les responsables de l'association Femmes en communication ont présenté les grands axes de cette enquête, suivi d'un débat. L'enquête, explique Mme Nafissa Lahrache, présidente de l'association, a été réalisée sur un échantillon représentatif de la population féminine estudiantine.
Au total, 11 universités ont été enquêtées, réparties sur différentes wilayas (Alger, Médéa, Boumerdès, Tizi Ouzou, Béjaïa, Annaba, Constantine, Oum El Bouaghi, Biskra, Batna, Adrar, Tlemcen, Oran). Dans leurs réponses aux questions, les étudiantes ont exprimé de grandes inquiétudes sur leur devenir une fois leur diplôme en poche. 70% des enquêtées revendiquent le droit au travail, au logement et à une carrière professionnelle.... Seulement, hier, lors de l'analyse des résultats de cette enquête, les organisatrices ont soulevé un point des plus importants et qui en a choqué plus d'un. Il a été constaté avec «étonnement» que les étudiantes questionnées ne connaissent pas du tout le code de la famille. «L'enquête a commencé en 2009, alors que la presse écrite et les médias lourds ainsi que toutes le forces politiques dans le pays ont eu à débattre longuement, en 2004 et 2005, de la problématique du code de la famille. L'on s'interroge comment et pourquoi les étudiantes disent ne rien connaître du contenu du code de la famille», rapportent, étonnées, les responsables de l'association. Ces dernières pensent qu'il s'agit là d'un contournement et d'un refus des étudiantes d'aborder la question des droits de la femme par le biais d'un texte «sur-idéologisé» et «sur-politisé».
APPROCHES DIFFERENTES
A travers leurs réponses, les étudiantes montrent toute une dimension de la stratégie qu'elles partagent de manière implicite. «Ces étudiantes qui disent ne pas connaître ou connaissent un peu le code de la famille sont pragmatiques et n'abordent ces questions de droit que face à des situations concrètes qui se posent à elles», révèle l'analyse de l'enquête.
Ce qui a amené les initiateurs de ce travail à dire que le questionnaire distribué aurait gagné en pertinence s'il avait abordé des points précis du code en demandant aux étudiantes ce qu'elles savent sur ces dispositions et comment elles placent leurs intérêts par rapport à ces dernières.
Cependant, les étudiants, qui affirment connaître bien ou assez bien le code, représentent 23% de l'échantillon. Elles constituent, explique-t-on, une forme d'avant-garde dans le monde estudiantin. Ces étudiantes sont prêtes à affronter le débat politique sur le code, mais nous ne savons pas dans quelle direction. «Nous avons remarqué que les réponses des étudiantes scientifiques diffèrent de celles des étudiantes littéraires. Ceci pourrait s'expliquer par l'implication des cursus de l'enseignement du droit dans l'apprentissage du code plutôt que par des engagements individuels des étudiantes», notent les membres de l'association. Sur l'égalité en droits entre femme et homme, la population enquêtée est partagée en ce qui concerne cette revendication. Cependant, si 55% des étudiantes pensent que la loi devrait accorder les mêmes droits aux hommes et aux femmes, seules 20% affichent un jugement de refus tranché : les droits homme/femme sont régis par le Coran et donc sont sacrés.
25% des femmes répondent non à l'égalité entre les deux sexes
Il reste 25% d'étudiantes qui répondent «non» à l'égalité en droits, mais sans la faire reposer sur l'explication par la religion. En somme, de manière plus concrète, le sens que les étudiantes donnent aux droits auxquels elles aspirent porte sur le droit à l'accès au travail, aux études, à la libre circulation, à la sécurité, au partage des opinions et des décisions publiques.
L'autre point ayant suscité un débat est le port du hidjab ; à la lecture des résultats de l'enquête, il semble que la majorité des étudiantes qui le portent le font par référence à la religion. Certaines (6%) revendiquent leur droit au port du hidjab. Elles lui trouvent par la suite des raisons pratiques comme circuler librement, se marier' elles renforcent ou complètent les raisons en invoquant les obligations de la famille ou du quartier ou parce que, autour d'elles, tout le monde le porte'
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nabila Amir
Source : www.elwatan.com