Oran - Revue de Presse

Les éternelles oubliées du 8 Mars



Depuis des années, elles ont pris l'habitude de s'aligner aux alentours du marché Michelet. Le choix de cet endroit, comme point d'embauche, n'est pas fortuit. Michelet était le lieu où une certaine catégorie sociale faisait ses emplettes.

Elles sont de tous les âges. Cette «profession», si on peut se permettre ce terme, a tendance à rajeunir. Donc, de plus en plus de jeunes femmes se trouvent obligées de vendre leurs bras sur ce marché informel. Elles font le ménage aux particuliers. Dès qu'une voiture passe, plusieurs d'entre elles accourent vers elle. Des fois, elles proposent leurs services même aux passants. La formule est éculée à force d'usage «vous n'aurez pas besoin d'une femme de ménage ?» En attendant le potentiel «client», elles palabrent entre elles. Evidemment, elles se mettent ensemble en petits groupes, selon les affinités. Certaines sont plus anciennes que d'autres. D'autres critères interviennent dans la hiérarchisation et le morcellement de ces travailleuses, dont l'origine citadine ou rurale. Leur expérience leur permet de juger celui qui vient solliciter leur service. Des fois, certaines déclinent une offre de travail en proposant une «collègue», surtout quand elle est d'âge plus avancé. Parce que ces femmes, démunies, n'ayant que leurs bras à offrir, se trouvent des fois en face de situation inattendue. Certains clients essayent de profiter de leur précarité en sollicitant d'autres faveurs. L'essentiel des gens qui font appel à ces travailleuses sont veufs, des divorcés, des célibataires endurcis et des jeunes. Par moments, ce sont des familles, préparant une fête, qui les emploient. On les emmène aussi bien au domicile qu'au lieu de travail. Généralement, elles ne discutent pas leur prix. Elles laissent ce «détail» à la bonne générosité de celle ou celui qui les embauche. Mais elles ont un tarif minimal qu'elles ont fini par imposer. Dans une société où la retenue n'est pas une norme consacrée, ces femmes, dont le métier permet de s'introduire dans l'intimité de leur clientèle, doivent connaître bien des secrets. Elles doivent connaître les intérieurs, les ameublements de ces intérieurs… et même quelques habitudes de leur clientèle. Surtout de ceux ou celles qui, de par leur situation matrimoniale, doivent passer par elles pour l'entretien de leur foyer. Dommage qu'il n'y a pas d'instruites parmi elles qui pourraient consigner sous forme romancée ou de témoignage leur expérience. Mais elles sont soumises à l'obligation de la confiance. Il n'est pas rare que leur employeur temporel laisse l'une d'entre elles seule chez lui durant le temps du ménage. Jusqu'ici, on n'a jamais eu vent de trahison de confiance de la part de ces travailleuses.

 Il arrive, parfois, qu'elles se donnent en spectacle en pleine rue. Surtout quand elles se chamaillent entre elles.

 D'où proviennent ces femmes ? Elles n'ont jamais attiré l'attention de personne. De par leur posture, souvent accroupies, on les assimile même à des mendiantes. Elles prennent place aux premières heures de la matinée et y restent jusqu'à une heure tardive de l'après-midi. Hormis les jours de fêtes, surtout religieuses, elles ne connaissent pas le repos. Elles subissent aussi bien la canicule que la pluie et les vents. Elles aussi connaissent des moments de grosse demande et des moments creux. Elles sont demandées durant les périodes de fêtes, notamment de mariage. L'idée de se constituer en coopérative de nettoyage ne doit pas effleurer leur esprit. Donc, tant qu'elles ont la force, elles travaillent. Pour «l'après», elles doivent se fier à la volonté divine. Mais pour le 8 Mars, personne ne songera à leur offrir une fleur ou une rose. Y compris, les associations féminines qui parlent des femmes.


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)