Dans un mouvement cyclique imperturbable, les jours et les saisons reviennent toujours. Et comme il est des moments que les hommes veulent bien marquer pour leur importance ou leur particularité, il ne fait aucun doute que leur retour, souvent évocateur, est chargé de sens ou d'émotions ou, pour certains, de simples souvenirs d'antan.
Le 20 Août fait partie de ces dates que nous avons, encore enfants, appris à respecter et à regarder avec beaucoup de considération, tellement le sacrifice des hommes mérite révérence et humilité. Nous nous sentions alors emportés par un indicible sentiment de fierté et nous tenions à être les dignes descendants de ceux qui n'avaient reculé ni devant le feu ni devant la mort.
Le 20 Août, symbole fait d'hommes et d'histoire, était une halte dans laquelle, jeunes adolescents, nous descendions prendre une gorgée de satisfaction tout en caressant la certitude que, à elle seule, cette date allait servir de socle pour les plus beaux des lendemains. Nous prenions alors rendez-vous, tout contents de pouvoir tenir l'horizon et tutoyer les nuages.
Depuis plus d'un demi-siècle, la date du 20 Août, comme toutes les autres d'ailleurs, ne cesse de revenir. Egale à elle-même, elle n'a jamais manqué à l'appel. Sauf que nous, préoccupés par un quotidien plutôt vide, nous n'avons pas vu passer le temps. Nous avons alors laissé partir les hommes que nous enterrons les uns après les autres. Trop affaiblis par une éternelle attente, nous avons laissé s'échapper nos désirs de lendemains meilleurs et, exténués par les chutes répétées d'espoirs, nous avons fini par laisser tomber tous nos rêves, avant d'oublier nos rendez-vous et d'en oublier jusqu'au sens.
Chaque fois que des dates comme le 20 Août reviennent, elles ne nous retrouvent pas. Elles ne nous retrouvent plus ! Occupés à ne rien faire lorsque nous ne détruisons pas notre propre pays, nous ne sommes jamais là où nous devons être. Penchés sur une école qui cale, ou une université qui tousse, absorbés par un inextricable système de santé ou médusés par une agriculture qui en est encore à compter les plants de pomme de terre, nous ne voyons plus rien passer. Nous ne savons même plus s'il y a un socle pour les lendemains meilleurs ou s'il existe un socle tout court.
Demain, lorsque nos enfants se retrouveront face à ces dates, et qu'ils ne sauront pas pourquoi elles sont là, que diront-ils de... nous ? Demain, lorsque, au pied du socle, ils trouveront les pétales fanés de nos espoirs, que diront-ils de nous ? Nous ne serons pas là pour entendre, et c'est tant mieux !
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Aïssa Hirèche
Source : www.lequotidien-oran.com