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LES CHIFFRES DE LA GOUVERNANCE PAR L'ABSURDE



Le chiffre des logements sociaux que les autorités locales sont incapables de distribuer illustre par l'absurde la politique habituelle du régime qui consiste à gagner du temps au lieu d'aller au fond du problème. Il y aurait, selon des chiffres donnés par un confrère, le nombre non négligeable de 66.000 logements sociaux prêts à être «distribués» dans 48 wilayas mais qu'on n'arrive pas à faire. Et comme on ne les donne pas, on doit les garder et les entretenir autant que faire se peut. Coût de financement de l'indécision : 1 milliard de centimes par mois. Et l'entretien de ces logements désespérément vides aboutit, de manière tout aussi absurde, à augmenter le coût des logements sociaux.
Les walis et les services de sécurité auraient averti le pouvoir central qu'une distribution de ces logements sociaux créerait des troubles à l'ordre public. Et comme la ligne générale depuis janvier 2011 est de ne rien faire qui puisse servir de déclencheur à une contestation, il devient urgent de ne rien faire. Il suffit de relire les archives du Quotidien d'Oran pour constater que l'ordre de «ne rien faire» est en vigueur depuis des années et qu'il n'est pas né de la révolution du jasmin ou du printemps arabe. L'équation est simple : quand on a 66.000 logements prêts face à deux millions de demandes, on prend inévitablement le risque de faire 1.934.000 mécontents.
Un moment on avait décidé que c'était les APC qui ne faisaient pas sérieusement le travail et on a transféré le fardeau aux représentants de l'Etat, la daïra ou la wilaya. Il est patent qu'ils ne font pas mieux. Et les représentants de l'Etat, non élus, peuvent avoir une appréhension encore plus grande des «risques» engendrés par une distribution, forcément source de mécontentement, des logements sociaux. Le résultat est là : des logements prêts qui restent vides et pour lesquels on dépense de l'argent pour le gardiennage et l'entretien. Le président de la République aurait ordonné qu'on accélère le mouvement de distribution de ces logements sociaux mais les responsables locaux se sont abrités derrière une instruction datée de 2011 qui donne au wali le pouvoir d'apprécier en cas de l'existence d'indices qu'une telle mesure entraînerait un trouble à l'ordre public.
Les termes de l'équation étant ce qu'ils sont, il est illusoire de trouver un coin d'Algérie où une telle distribution pourrait se faire dans la joie et la fantasia. En réalité, dans ce domaine, les choses vont très loin. Récemment dans une commune d'Alger - Maquaria pour la nommer -, des habitants d'un bidonville ont empêché des travaux de raccordement en gaz de ville pour des immeubles proches. Les autorités locales n'ont pas eu recours à la force publique, elles ont cédé. Résultat, les habitants des immeubles en question attendront pour avoir du gaz la fin, improbable, de l'indécision des édiles communaux ou le bon vouloir des habitants du bidonville. Ce long feuilleton des logements sociaux qu'on n'arrive pas à distribuer peut se lire, bien entendu, sous l'angle de l'imprévoyance en matière de besoin en logements. Mais on peut aussi constater que cela correspond parfaitement au fonctionnement du régime qui consiste à temporiser, louvoyer en croyant qu'il «gagne du temps». Or, on sait qu'on n'y gagne rien.
L'Algérie n'arrive pas à «accumuler» du savoir-faire et de l'expérience et a l'air constamment de refaire les choses à zéro… Mais avec ce fonctionnement par louvoiement du régime, la seule accumulation qui réussissent est celle des problèmes. Si aujourd'hui 66.000 logements peuvent faire 1,9 million de mécontents, dans quelques années ils en feront 4 millions. Et on croit qu'on a «gagné du temps» !
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