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Les arabisants et...la Chine



Le parti En Nahda est très vigilant. Il n'a pas raté l'intervention de notre ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, à la «Conférence des amis de la Syrie» qui s'est tenue, samedi dernier, à Paris. Cette formation politique a, illico presto, accusé le ministre «d'atteinte à la souveraineté nationale». Nous n'avons pas à répondre à la place du ministre. Cependant, nous ne raterons pas l'occasion pour éclairer l'opinion publique sur une «guerre linguistique» qui dure depuis l'indépendance. Voilà cinquante ans, donc, qu'il est «interdit» de prendre la parole en français dans les réunions institutionnelles. Voilà cinquante ans que la seule langue autorisée lors de ces occasions est l'arabe. Dans le contexte des premières années d'indépendance, le peu de cadres et d'intellectuels que comptait le pays ne venaient ni de l'université d'Al Azhar du Caire, ni de la Zitouna de Tunis. C'étaient des Algériens qui ont eu, dans leur pays colonisé, la miraculeuse chance d'être passés entre les mailles du filet pour suivre des études. Il se trouve que l'enseignement, comme tout autre chose, était dispensé en Algérie dans la langue de l'occupant. Il n'y avait aucun enseignement équivalent en langue arabe, en Algérie, durant la colonisation. Par conséquent, les quelque Algériens lettrés, lycéens et universitaires à l'indépendance, en 1962, l'étaient en langue française. Ils étaient l'élite du pays. Ils ne formaient qu'une minorité face à la déferlante humaine sur les villes composée d'un grand nombre ayant appris à lire et à écrire en arabe dans les écoles coraniques. Des écoles où l'on enseignait le Saint Coran. Des écoles interdites par la colonisation mais qu'il était plus facile d'ouvrir à l'intérieur du pays qu'en ville où le contrôle était systématique. Les seules écoles coraniques qui existaient à la périphérie des centres urbains fonctionnaient clandestinement. Au lendemain du 5 juillet 1962, l'Algérie comptait 70% d'analphabètes, 20% de lettrés des écoles coraniques et 10% issus des différents paliers de l'enseignement colonial. Ces deux dernières franges de la société se devaient d'être solidaires pour participer, ensemble, au fonctionnement des structures de l'Etat complètement désertées par les Français qui avaient rejoint en masse leur pays. Au lieu de cela, nous avons assisté au désolant et tragique spectacle d'une «guerre» ouverte par les arabisants contre les francophones. Les premiers plus nombreux et bénéficiant de la «légitimité linguistique» prirent très vite le dessus. Les seconds n'avaient de supérieur que le savoir. Ce combat n'a jamais cessé depuis 50 ans. L'indignation d'En Nahda de samedi dernier, en fait foi. La «souveraineté nationale» convoquée à chaque poussée de «fièvre» a bon dos. Elle cache plus des intérêts personnels qu'un quelconque souci patriotique. Une langue n'est qu'un moyen d'expression. Elle n'est pas le savoir. Elle le véhicule. Mis à part la rédaction des actes de l'administration et les discours solennels du Chef de l'Etat, s'enfermer dans la fausse relation de la souveraineté nationale avec un moyen d'expression, reviendrait à ne pas reconnaître la citoyenneté aux Algériens sourds et muets qui n'ont que le langage des signes pour s'exprimer. Voilà l'abîme de la bêtise où veulent nous plonger les tenants d'un conflit qui n'est qu'une assurance sociale pour ceux qui le mènent. Puisque nous sommes dans la bêtise humaine, poussons jusqu'à suggérer à nos amis d'En Nahda et à tous les «linguistes», de proposer au Parlement une loi pour indemniser ceux qui, comme nous, n'ont que le français comme langue de travail. Pour leur octroyer une pension de victimes du colonialisme. Pour les autres, le chemin reste encore long pour atteindre...la Chine et son savoir. Même là, ce sera, bien sûr, en chinois!
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