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«Les Algériens et les Maghrébins capables de réfléchir le monde»



«Les Algériens et les Maghrébins capables de réfléchir le monde»
«Je n'ai pas beaucoup de complexes à aller m'aventurer dans des cultures et des mentalités différentes des miennes et apparemment ça marche, car des livres que j'ai écrits et qui n'ont aucun rapport avec l'Algérie ont beaucoup interpellé le lecteur.»C'est Yasmina Khadra qui s'est exprimé ainsi lors d'une rencontre organisée dans un hôtel du centre-ville d'Oran. L'écrivain algérien de renommée internationale estime que cette posture lui permet, ainsi qu'à tous ses compatriotes, et même, par extension, à tous les Maghrébins, de mieux voir «comment nous envisageons l'avenir, comment nous appréhendons le monde d'aujourd'hui et quelle est notre part de responsabilité, mais aussi notre apport». Le rapport aux autres est un des axes principaux sur lesquels s'est exprimé le romancier, qui ne cesse de questionner davantage ce monde qui nous échappe, mais dont nous sommes pourtant partie prenante autant dans ses joies que ses douleurs.Cuba, état providenceDernière exploration en date, un livre sur Cuba, avec Dieu n'habite pas La Havane. Il n'avait auparavant, c'est-à-dire avant la commande d'un scénario pour le film La Voie de l'ennemi, avec Forest Whitaker, aucune intention d'écrire un livre sur cette contrée lointaine, mais c'est en se rendant sur place que la découverte de ses habitants l'a séduit et poussé à imaginer une histoire pour rendre compte de la grandeur de ce peuple qui «existe par lui-même et ne cesse de se réinventer».Un demi-siècle d'embargo américain a forcément des conséquences fâcheuses sur le développement économique du pays, et les centaines de tentatives d'assassinat et de déstabilisation qui avaient visé Fidel Castro ont eu également des répercussions sur la nature «autoritaire» du gouvernement, mais on est quand même très loin des dictatures qui font de l'enrichissement personnel (ou des proches) et de la corruption un mode de gouvernance, et c'est là toute la différence.Car Yasmina Khadra a pu constater de visu le bouillonnement culturel, en évoquant tous ces «vieillards» qui chantent en fumant le cigare et ces peintres à profusion qui exercent même dans les marchés, etc. Bref, une certaine joie de vivre et surtout «une leçon de vie» qui reste à méditer.Vu sous cet angle, on peut se permettre de douter de l'assertion de l'auteur des romans Les Agneaux du seigneur et de Qu'attendent les singes, selon laquelle les deux peuples, algérien et cubain, sont comparables. Il se contredira, en quelque sorte lui-même, quand il s'agira de nous définir en général comme étant «enfermés», ou alors, usant d'un néologisme, «encamisolés» dans l'identitaire et l'éternelle protestation, ce qui génère des «réactions épidermiques».«Au moment où je vous parle, j'ai déjà cinq romans en chantier? »Plus explicite, il dira : «J'invite tous les Algériens et les Maghrébins à aller ailleurs, à découvrir d'autres univers et à prouver qu'ils sont capables de réfléchir le monde.» C'est ce que lui-même a expérimenté, malgré quelques réticences de son éditeur. Il est ainsi revenu sur les conditions qui l'ont poussé, entre autres, à écrire Les Hirondelles de Kaboul. Tout était parti d'une image vue à la télévision et qui a choqué le monde entier, en montrant la lapidation d'une femme dans un stade en Afghanistan.«Je n'arrivais pas à dormir, pourtant ce que j'ai vu en Algérie durant la période terroriste était déjà terrible et c'est là que je me suis rendu compte qu'on ne pourra jamais se familiariser avec la violence.» Selon lui, son aisance à voyager à travers les cultures et les mentalités est due simplement au fait qu'il est l'enfant de toute la littérature du monde, la synthèse de tous les écrivains qu'il a lus.La rencontre a donc également permis à Mohamed Moulesshoul de s'exprimer sur sa propre expérience intime de l'écriture. «Mon problème ce n'est pas l'imaginaire, car au moment où je vous parle, j'ai déjà cinq romans en chantier et je peux imaginer une histoire tout de suite, mais le travail qui me fatigue et qui m'éprouve c'est le travail littéraire lui-même.»«J'écris avec mes codes d'Algérien et cette réalité littéraire»Yasmina Khadra confirme ses talents de narrateur et parle d'une langue française qu'il aime et qu'il essaye de partager avec beaucoup d'ambition, certes, mais aussi avec beaucoup d'exigence. Néanmoins, l'intérêt pour lui est d'apporter quelque chose qui diffère de ce que font les Français, c'est-à-dire cette sensibilité d'Algérien.Il ne cherche pas à être dans l'excellence, mais dans la sincérité, en écrivant avec ses tripes et non un dictionnaire à côté. «J'écris, indique-t-il, avec mes codes d'Algérien et cette réalité littéraire ne peut pas se défaire de ses origines, de ses soubresauts, de ses lacunes, de ses fautes, de sa naïveté, mais c'est peut-être ce qui fait la force d'une ?uvre.»
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