Pourquoi le poisson coûte-t-il cher ?
Les poissonneries sont infré-quentables de nos jours pour le consommateur qui n’y trouve plus son compte, malgré le renforcement des flottilles en bateaux de pêche hauturière, importés à coups de milliards et financés en partie par le contribuable, auquel on a fait croire que l’offre mettra les prix à la portée de toutes les bourses.
Production incompatible avec les prix
Qu’il est loin le temps où les bateaux de pèche accostaient au port, les cales débordant de poisson frais cédé à des prix abordables. A l’image de la pomme de terre toujours sur son piédestal en dépit des différents programmes agricoles, également financés par le Trésor public, tout comme la viande rouge et autres fruits dits de saison, les prix du poisson ont pris une direction ascensionnelle et rien ne prédit qu’ils redescendront de sitôt. Le constat fait quotidiennement est édifiant, aussi bien pour le consommateur que pour le détaillant. Les crevettes royales, les langoustines, les fruits de mer et autres crustacés, abordables par le passé, sont affichés à des prix trop indécents pour être énumérés. Le poisson bleu ou blanc, péché au large de Béni-Saf et recherché pour sa saveur particulière, fait l’objet d’une surenchère dès sa mise sur le marché. On prétend que la côte de la ville chère à Sidi Boucif recèlerait une flore unique au monde, qui serait pour beaucoup dans la saveur spéciale de son poisson. Et, en dépit des tonnes et des tonnes de sardines ramenées, même ce poisson du pauvre refuse de descendre au-dessous des 70 dinars le kilo.
Une flottille hauturière pour quoi faire ?
Et dire que les ports de Béni-Saf et de Bouzedjar sont classés depuis des lustres en tête des ports de pêche nationaux et accueillent dans leurs bassins, à eux deux, 357 unités, dont 83 chalutiers et 74 sardiniers, donc une importante flottille qui continue à se renforcer dans le cadre de la relance économique. Cependant, fait-on remarquer, «cette flottille sillonne la mer seulement quand les conditions climatiques le permettent», même si certains bateaux sont, dit-on, «spécialement équipés pour la pêche hauturière» et devraient être capables d’affronter n’importe quel temps et n’importe quelle mer, aussi dure soit-elle. C’est du moins le cas des derniers réceptionnés, dotés d’équipements ultra-sophistiqués et conçus dans les chantiers de Corée ou de Turquie, voire même en Espagne. «Le poisson n’a qu’à bien se tenir !» lançait-on le vent en poupe. Il ne pourra plus échapper aux mailles du chalut et autres filets, aidés de surcroît par les capteurs, sonars et autres appareils ne laissant plus la moindre zone d’ombre en milieu halieutique. Mieux, une bonne dizaine d’autres bateaux, dont deux thoniers et un chalutier, seraient en construction dans les chantiers étrangers, toujours dans le cadre de la relance économique.
A quand les retombées dans l’assiette du consommateur ?
Cela dit, le consommateur déjà échaudé par les prix ne demande qu’à voir et exige que les bénéficiaires de ces largesses étatiques soient désormais soumis en retour à une obligation de résultat. Autrement dit, leur fixer des objectifs de production à chaque sortie avec l’interdiction de rentrer au port d’attache, et ce, tant que le tonnage visé n’est pas atteint. Et pour cause, le consommateur en a assez de financer les investissements de la pêche «hauturière», s’il ne voit pas de retombées positives sur son assiette. Or, que constate-t-il à l’heure actuelle? On lui annonce par exemple que la production du 1er semestre 2007 a déjà atteint les 18.082 tonnes, toutes espèces confondues, entre ces deux ports réunis, l’objectif annuel étant de 35.000 tonnes. Mieux, on lui ramène du poisson congelé d’Espagne ou d’Inde, alors que son propre poisson est consommé à l’étranger. Exportation hors hydrocarbures oblige, paraît-il...
Heureusement que les petits métiers...
Paradoxalement, ce sont les petits métiers qui ramènent le plus souvent les gros poissons. Au nombre de 136 enregistrés au niveau du port de Béni-Saf et 64 autres à Bouzedjar, on y dénombre de nombreux palangriers, ceux-là mêmes qui vont capturer l’espadon en période de migration le long de nos côtes. Les autres petites embarcations de 4,80m maximum sont armées du fameux trémail -pour pêcher les poissons de roche (rouget, rascasse...)- et occupées par deux ou trois marins pêcheurs et qui ramènent des quantités non négligeables de poissons migrateurs ou sédentaires. Par ailleurs, plusieurs bateaux viennent d’autres ports d’attache (Oran, Cherchell, Ghazaouet...) pour renflouer temporairement le marché en poisson. Avec plus de 4.300 marins pêcheurs embarqués, un chiffre record selon des responsables au niveau de ces ports, un impact plus conséquent est attendu par le consommateur sur les prix et les quantités.
Quand les professionnels usent d’allégations fallacieuses
Mais, curieusement, si les quantités de poisson capturé sont en expansion, les prix ne cessent d’inquiéter le citoyen qui refuse désormais de se laisser mener en bateau par ce qui est communément appelé «les professionnels de la pêche». Surtout ceux qui, comme ce patron pêcheur, invoquent les CAD, ce qui veut dire en jargon maritime «conditions atmosphériques défavorables». Entendez par-là, «brouillard, mer démontée, etc.», incitant les «raïs» à laisser leurs embarcations se faire «admirer» à quai, parfois plusieurs jours durant en hiver. Un petit stage en haute mer, avec les pêcheurs bretons ou espagnols, ne leur ferait assurément pas de mal.
L’alibi de la maintenance
Une autre raison plus ou moins fallacieuse est celle de la panne mécanique, eu égard au chiffre incroyable de pas moins de 76 embarcations mises, semble-t-il, en cale sèche, pour causes mécaniques. Un alibi qui se met en porte-à-faux avec le dernier bilan semestriel de la direction du secteur pour laquelle «aucune panne n’est déclarée officiellement». Ceci étant, on continue à souhaiter l’installation, au niveau du port d’attache, d’un revendeur de pièces détachées. Des pièces pour lesquelles les armateurs s’en remettent au système d’entraide pour se dépanner, quand ils ne se déplacent pas jusqu’en Espagne... pour une courroie dont le prix n’atteint même pas le quart du billet aller. Dans ces conditions, pourquoi ne pas en ramener tout un stock et se passer de ces «voyages d’agrément», dont les frais sont incompatibles avec les charges à déduire des impôts, même pour ramener ce genre de pièces?
D’autre part, à quoi sert l’école des mousses, si on forme des techniciens en mécanique pour ensuite ramener la pièce de rechange de l’étranger, alors que l’on pourrait la refaire localement? Même dans l’impossibilité de le faire, les facilités de communication, y compris via Internet, permettent de cibler le genre de pièce recherchée, même si on ne connaît pas sa référence de nomenclature.
De la brioche, puisqu’ils n’ont pas de pain
Le seul écho édifiant reçu face au constat de tous ces dysfonctionnements vient d’un cadre du Tourisme pour qui il ne fait aucun doute qu’en période estivale «l’offre est bien en deçà de la demande, mais quand j’entends dire que la crevette royale atteint les 80 euros le kilo en Espagne, je comprends qu’elle soit si rare sur nos marchés locaux.» C’est ce qu’on appelle une réponse à la «Marie-Antoinette», la dernière reine de France, morte sur l’échafaud, pour avoir conseillé de distribuer de la brioche à un peuple qui ne demandait que du pain à manger. Ceci pour dire que «nos consommateurs n’exigent pas de la crevette royale sur leur «meïda», mais du poisson en quantité et, si possible, à bon marché». «Serait-ce trop demander?», s’interroge un vieux consommateur féru de poisson.
Qu’en sera-t-il au mois de Ramadhan ?
Devant tout cet imbroglio, dans lequel il se retrouve embarqué à son corps défendant, le consommateur ne sait plus où donner de la bourse et reste perplexe devant l’étalage de nombreuses variétés de poissons, qu’il ne goûtera qu’en rêve. Le pire est à venir, si rien n’est fait pour redresser la situation des prix. A la saison estivale, et après elle les clameurs des colonies de vacances éteintes, succédera le mois sacré du Ramadhan. Une autre occasion pour saigner à blanc le consommateur, sachant d’avance que les prix du poisson ne fléchiront pas, à moins que la Providence ne s’en mêle et, avec elle, les pouvoirs publics, ne serait-ce que pour les ramener à leur juste proportion. Cela est préférable en tous cas à toutes les batteries concoctées pour soi-disant nourrir les pauvres, à travers les fameux couffins et autres soupes populaires, dont les retombées ne profitent pas toujours aux classes ciblées.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com