Les macabres évènements du 8 mai 1945, qui ont endeuillé l'Algérie et son peuple, constituent l'un des épisodes noirs, si ce n'est l'horrible image de la prédation coloniale dont la profonde plaie demeure à nos jours, c'est-à-dire 71 ans après, ouverte dans la mémoire collective nationale. Cette date symbole pour l'humanité qui marque la victoire des alliés contre le régime nazi a été fêtée dans la joie et la liesse en Europe. Les conséquences de ce conflit militaire planétaire ont été si lourdes en pertes humaines qui se comptent par millions qu'on a, à l'époque, préféré parler de Seconde Guerre mondiale et non pas de Deuxième Guerre mondiale. Un choix sémantique qui reflète, on ne peut mieux, la détermination des nations d'alors à tout mettre en ?uvre pour éviter une éventuelle troisième guerre mondiale.Dans le sillon de la liesse qui en résulte, les Algériens, qui vivaient sous le joug colonial, n'imaginaient pas un instant que l'expression, par des marches pacifiques, de leur droit élémentaire d'exister, allait leur attirer les foudres génocidaires des envahisseurs. 45.000 Algériens ont été froidement et sauvagement assassinés par la milice, l'armée et les forces de sécurité coloniales. Des populations entières avaient fui leurs villages et les prisons débordaient de détenus. Tous les moyens de répression ont été mobilisés pour venir à bout d'une revendication pourtant exprimée pacifiquement. En plus des bombardements par avion et depuis les bateaux de guerre, les forces coloniales avaient eu recours à tous les procédés atroces pour faire taire un peuple. Les deux mois que dureront ces sanglantes représailles qui n'avaient rien de spontanées, mais d'actions commanditées par les plus autres instances de la hiérarchie coloniale, avaient fini par faire admettre aux Algériens que la voie politique n'est plus une option pour arracher la liberté.Et pourtant, les signes avant-coureurs préludant ce divorce commençaient bien avant le 8 mai 1945. En effet, le marasme généralisé et la pauvreté rampante s'immiscèrent quasiment dans tous les foyers. Le peu d'espoir que suscitait le combat politique d'entre les populations ne cessait de s'amenuiser face à l'arrogance de l'administration coloniale qui ne tolérait aucune voix discordante, fut-elle légitime. La déportation de Messali Hadj, fondateur du PPA (interdit à l'époque) à Brazzaville au mois d'avril 1945, a fini non seulement par exaspérer les militants nationalistes, mais aussi à dévoiler toutes les cartes des desseins des envahisseurs déterminés à rester définitivement sur une terre qui n'est pas la leur. Déjà, le 1er mai 1945, lors des manifestations appelant à la libération de Messali, la machine de répression coloniale a fait ses premières victimes à Alger et Oran. Huit jours après, c'est au tour de Sétif de subir la répression à une échelle plus grande et plus sauvage. Brandir le drapeau algérien et des pancartes où il est écrit « Algérie libre et indépendante » ont suffi au pays des droit de l'homme à mater toute une population et à ôter la vie à des milliers de personnes. L'Algérie d'avant et d'après-8 mai 1945 n'est plus la même. Le cap révolutionnaire a été pris par tout un peuple qui a, au vu de ce qu'il a enduré, pris conscience que seule la lutte armée peut le débarrasser d'une force dont la barbarie a atteint son paroxysme.Loin d'être un cas d'histoire isolé, les évènements du 8 mai 1945 sont un maillon d'une longue chaîne de résistance, dont le premier remonte à 1830. Conscient de la nécessité de recourir à la lutte armée, les premiers maquis clandestins avaient, depuis cette répression, essaimé les montagnes. Le bras armé du MTLD, qui a fait son apparition dès 1947, fut un aboutissement logique de la marche irréversible d'un peuple sur le sentier de la liberté. Neuf ans après les évènements de 1945, les Algériens signent l'acte de naissance d'une nouvelle ère, où une fois encore et durant sept ans et demi, la France coloniale a commis les massacres les plus vils de son histoire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amirouche Lebbal
Source : www.horizons-dz.com