Certains des ministres se taisent et campent dans les apparitions furtives. D'autres se répètent, crèvent l'actualité et s'oublient. Ils ont le même refrain sous une nouvelle mélodie. Quant au citoyen, il sera toujours là dans l'expectative de se voir un jour dans « le c?ur de toutes les préoccupations » et auquel tous les « défis » et les « enjeux » en sont destinés.On s'inquiète des lendemains sans pour autant avoir complètement consommé son présent. Il y a comme une peur qui flotte sur tous les horizons. Les hommes, ceux-là mêmes qui sont investis des prérogatives de faire de nous des administrés heureux ne semblent pas trop préoccupés par ce travail. Leur tête n'est qu'à l'heure d'un probable changement. Le plus qui les captive est cette curiosité de savoir ou leur maintien ou leur éviction. De toutes les façons, ceux qui vont rester, vont persévérer après l'euphorie à agir au mieux de leurs intérêts, ceux qui vont être débarqués se réjouiront d'avoir su et pu en assurer les leurs.
L'on ne sait plus comment faire avec une bureaucratie que l'on combat uniquement avec des discours moribonds et rébarbatifs. C'est ainsi qu'arrive le pire quand l'on se retrouve à court d'arguments. Pas de perspectives, plus d'ardeur, seulement cette peur, cette hantise. Tous les mots finiront par s'estomper devant l'implacable réalité citoyenne. Des ministres qui à force de se faire voir et s'entendre, ont vidé toutes les substances des encyclopédies vocales régnant dans leur secteur.
Leur horizon est bouché. Peu d'enthousiasme, plus d'audace. Ces manières d'agir au nom de l'Etat et au profit du citoyen, alors que l'Etat et le citoyen ne forment plus ce ménage idéal, ne vont qu'en produisant la peur et la crainte. On n'a pas l'esprit dans le souci de faire disparaître cette peur, on l'a par contre dans son propre petit souci. Comment demeurer au poste. Il faudrait d'abord, pour ce faire, être sûr de soi, tenir bien dans sa tête, être à l'aise et ne plus ronger nerveusement ses ongles ou grincer silencieusement ses mâchoires.
Depuis que l'excès s'est introduit dans le verbe gouvernemental, la noblesse de la mission publique n'a plus de place. Elle ne siège dans aucun conseil. Seule cette dévorante ardeur de paraître toujours le premier, le meilleur, le plus rapproché du sommet s'érige en unique mécanique qui fait fonctionner l'un ou l'autre. Ainsi quand on se laisse trop flatter on commence déjà à avoir le f?tus d'un suffisant pour finir de croire que l'on est le grand sauveur des états civils. Dès que le protocole dépasse le rang dû, on s'installe dans la peau d'un président. Le tapis rouge n'est-il pas un chemin exclusif du chef de l'Etat '
L'hôpital est malade, la sante est hospitalisée. La pluie, tant attendue et implorée reste à inscrire dans un registre de doléances pour qu'elle ne vienne plus causer ni de morts ni procurer des fausses joies.
Nos égouts, nos caniveaux, nos tronçons d'autoroute, même nos rêves et illusions ne résistent plus aux malfaçons d'un cahier des charges ou à l'orthodoxie d'un code des marchés des plus exigeants dans le monde. Pourtant la précarité y est dans chaque mètre carré, dans chaque coulage de béton.
Le citoyen n'a pas peur pour son Etat, ni peur de lui. Toutes ses appréhensions sont cantonnées dans l'inefficacité de l'action que suggérait le verbe officiel. Si l'action est une pratique de terrain, visible, physique et palpable ; le verbe et ses paroles ne sont que des passages de télévision, à moindre mesure de communiqués. Du vent dans un moulin grippé.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : El Yazid Dib
Source : www.lequotidien-oran.com