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le train, la lune et l'amour La pièce Nass Mechria présentée dimanche au TNA



La pièce Nass Mechria, de Lakhdari Mansouri et de Bouziane Benachour, se veut être un réquisitoire contre «une société qui n'aime pas»'
Aimer à n'en savoir que dire», écrivait le poète. Louis Aragon appréciait, plus que d'autres, la valeur de l'amour et l'amertume qui accompagne sa douceur. Nass Mechria, pièce présentée dimanche soir au Théâtre national Mahieddine Bachtarzi (TNA), à la faveur du 7e Festival national du théâtre professionnel (FNTP), tente d'explorer les terres incertaines de l'amour à travers l'histoire de Medien et Mechria. Deux «M», comme pour souligner l'unité de deux êtres séparés par la bêtise, l'interdit, le manque de courage, le regard des autres... Medien (Mohamed Yabdri) et Mechria (Fatma Zohra Hasnaoui) s'étaient aimés par le passé, s'étaient fait des promesses et avaient goûté à tous les plaisirs des fruits mûrs.
Dans la chaleur insouciante de la jeunesse, ils n'avaient fait aucun calcul. Le seul horizon qui se présentait à eux était la passion amoureuse. Mais la vie a des joies insensées et, parfois, des tristesses cachées ! Sur scène, Mohamed Yabdri et Fatma Zohra Hasnaoui ont tenté de restituer le drame de l'histoire en forçant quelque peu le trait. Leur jeu était parfois trop classique, donc inévitablement ennuyeux. Ils ont bien compris la tourmente de leurs personnages, s'y sont adaptés, en oubliant d'être souples, d'être naturels. Khalida Khelfaoui et Karim Noureddine qui ont joué Mechria et Medien jeunes, n'ont pas déçu. Tout leur jeu était bâti sur la gestuelle et l'expression corporelle.
La scénographie de Abdallah Kebiri a pu traduire la philosophie de l'histoire construite autour du passé-présent, du rêve voulu et du vécu non désiré. Au milieu, une bande rouge ramène le spectateur aux douleurs, forcément sanguinolentes de la décennie de la violence et de la contre-violence, la décennie 1990. Période qui a déchiré la société algérienne, réduit en bouillie tant d'espoirs, tant de songes et produit des monstres. Sur scène, la lune, qui jette parfois une lumière poétique, est là pour suggérer que le rêve, comme la peur et la lâcheté, est humain, bien humain. Et le train, qui passe toujours dans la même direction, symbolise ce temps qui coule comme l'eau entre les roches, sans s'arrêter, vers les abîmes ou les hauteurs.
La musique mélancolique de Rachid Hamidèche souligne les traits d'une histoire crue. Histoire qui peut être mille fois réelle. Chaque jour révèle des récits bien plus surprenants. La vie n'est pas linéaire. N'est pas faite d'amour éternel ou de haine permanente. Produite par le Théâtre régional de Tizi Ouzou, et mise en scène par Lakhdar Mansouri, d'après un texte de Bouziane Benachour, Nass Mechria qui peut être traduit (Des gens vendus) en arabe) est à inscrire dans le registre du théâtre du réel. «Notre société sur beaucoup de choses reste bloquée.
A travers le drame anodin de Mechria et Medien, il y a une dénonciation d'une société hypocrite, une société qui ne reconnaît pas l'amour, une société qui n'aime pas, une société qui ne s'aime pas, une société qui n'aime pas les gens qui s'aiment, une société qui est jalouse, qui n'admet pas que les gens puissent vivre simplement leur amour'», nous a déclaré Bouziane Benachour, après la présentation de la pièce. Selon lui, le drame des individus a été «oublié» au profit des grands principes et grandes questions. «On s'est éloigné de ce qui fonde l'humain. Il me semble que le sujet de l'amour est peu abordé dans le théâtre algérien (') Modestement, je m'intéresse aux gens de la marge. Medien et Mechria sont des marginaux. Il s'agit de gens modestes qui n'ont pas droit au chapitre.
C'est donc le théâtre des petites gens», a-t-il ajouté. Lakhdar Mansouri, qui dit connaître le langage dramaturgique de Bouziane Benachour, a avoué que le texte mis en scène est quelque peu difficile. «Un texte qui regorge de beaucoup d'actes et d'images, plein de poésie. J'ai essayé de donner à cette poésie un peu d'esthétique. Le thème est sensible. Nous l'avons vécu et on le vit toujours», a-t-il dit.
«La société algérienne n'est pas en sommeil, mais vit des cauchemars. C'est une société qui a raté beaucoup de rendez-vous historiques. Nous sommes passés par des déchirures. J'aime le théâtre qui a une relation avec la société. Je refuse de me détacher de ma société. J'ai introduit des symboles scéniques dans la pièce Nass Mechria sans surcharge», a souligné Lakhdar Mansouri. Cet enseignant des arts dramatiques à l'université d'Oran refuse l'encombrement des thèmes dans le théâtre. «Nous n'imposons pas le goût. Nous proposons une lecture. A chacun d'apprécier ou pas», a-t-il noté. Avec Bouziane Ben Achour, Lakhdar Mansouri a monté la pièce Mara, mara en 2002. En 1993, il a mis en scène, El hawat oua al qasr (Le pêcheur et le palais) d'après le roman de Tahar Ouettar.
«Je ne crois pas qu'il existe un thème censuré par le théâtre algérien. Mais l'autocensure existe. Il y a toujours des complexes. Cela dit, le théâtre algérien est toujours majeur. Il a des racines et une esthétique», a-t-il relevé.
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