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«Le théâtre, c'est s'installer dans la durée»



«Le théâtre, c'est s'installer dans la durée»
- D'abord, donnez-nous un aperçu sur le second travail que vous avez réaliséen tant que metteur en scène.La pièce Ana oua l'marechal que j'ai mise en scène l'an dernier est tirée du texte d'un auteur marocain, Ahmed Ksar. Nous avons travaillé en professionnels durant un mois et demi à Hammam Bouhedjar. La salle appartient à Bouhdjar, un des comédiens qui joue dans la pièce. C'est une ancienne ferme aménagée. Un véritable théâtre de poche comme il n'y en a pas deux en Algérie.La pré-générale a été donnée le 24 juin 2014 au TRO. A partir de là, nous avons effectué une tournée nationale qui était déjà programmée dans le souci de la diffusion la plus large possible du spectacle. Ce travail administratif est nécessaire, surtout pour nous qui nous considérons indépendants. Nous avons sillonné presque toutes les villes du nord du pays pour une quarantaine de prestations assurées entre fin juin et décembre. Nous aurions aimé aller au Sud, c'est plus compliqué à cause de l'éloignement.- Ce spectacle aurait-il pu participer au Festival du théâtre professionnel 'Pour participer, il faut d'abord passer par une présélection à l'échelle régionale. Nous allons remettre le dossier pour le Festival régional de Sidi Bel Abbès. Notre pièce a été montée en juin alors que les délais sont habituellement arrêtés à fin avril. Là aussi, il faut dire que seul le spectacle primé décroche le droit de participer au Festival du théâtre professionnel, alors que, normalement, tout le monde doit passer par la sélection pour ne garder au final que les meilleures pièces, quelle que soit leur origine.Le mode de sélection n'est pas équitable. Le plus important, à mon avis, c'est plutôt de fonctionner dans les normes. Il ne doit y avoir que le théâtre algérien et non un théâtre d'Etat d'un côté et un théâtre des coopératives de l'autre. Il faut laisser les spectacles tourner, recueillir les avis, aussi différents soient-ils, sinon on continuera à travailler uniquement pour meubler les occasions et c'est mauvais pour le théâtre en général. L'idée de départ qui consistait à intégrer graduellement les expériences menées en dehors des théâtres d'Etat (à partir de la 6e édition) était bonne, malheureusement, les choses n'ont pas évolué. Ce sont peut-être nos critères de travail qui dérangent.- Paradoxalement, c'est au moment où beaucoup d'argent est mis dans le circuit théâtral que les professionnels comme vous posent le problème de la qualité des spectacles. A quoi cela est-il dû 'Ce que je peux dire, c'est qu'on est en train d'encourager la médiocrité. Il y a effectivement une embellie financière qui devrait profiter au théâtre, mais celle-ci ne va pas durer éternellement. Il est temps d'investir dans la création et le travail. Souvent, on se base sur le copinage pour le financement des projets, ce qui est néfaste. Quand on fait du théâtre, on doit avoir en perspective le souci de s'installer dans la durée, de revenir aux préoccupations du peuple pour être en phase avec la société.- Pourquoi le TRO n'a pas eu de prix important depuis des décennies, alors qu'il avait une grande renommée auparavant 'Nous n'allons pas verser dans la langue de bois, mais il faut dire que c'est un problème de gestion artistique. La médiocrité, conjuguée à une crise de textes et de mises en scène originales nous a conduits à ce marasme théâtral à Oran. Avec des pièces qui reviennent dix ans après, cela veut dire qu'on peine à trouver le chemin du renouveau.C'est presque le vide et personne ne contrôle rien, personne ne contrôle personne et personne n'écoute les critiques de personne. Il n'y a pas de suivi au ministère de la Culture, qui est le bailleur de fonds. La moindre des choses serait de contrôler. Je donne de l'argent pour fabriquer un lustre et au bout du compte on me ramène une ampoule ! Ce n'est pas normal. C'est la politique du «drab ennah» (littéralement laisse passer, ndlr) et la gestion du «tassyir taâ hennini nhennik» (laisse-moi tranquille et je fais de même, ndlr).- On parle souvent de la crise de textes, qu'en est-il en réalité 'Le texte théâtral a été dévoyé. L'Etat, avec l'embellie financière, croyait bien faire en orientant les théâtres vers des commandes comme celles qui consistent à privilégier les romans algériens. Ce n'est pas du théâtre et cela ne marchera jamais. Paradoxalement, les textes de théâtre existent, mais à l'intérieur du pays, c'est-à-dire loin des feux des projecteurs de la capitale ou des autres grandes villes, mais ceux-ci ne sont pas mis en valeur. On organise des concours de textes, on donne des prix, mais on ne les monte pas. On est passés à côté de la plaque avec ce théâtre orienté.Les gens cachent leur médiocrité en adaptant des auteurs connus comme Yasmina Khadra ou que sais-je. On nous avance souvent comme argument que, désormais, le théâtre ouvre tous les jours. Mais cela ne veut rien dire, car les salles sont souvent vides. Les gestionnaires ne doivent pas être là pour gérer l'argent mais pour animer les théâtres. Les mêmes pièces tournent indéfiniment sans public. On est en train de casser le théâtre. Tout le monde le sait, mais personne n'en parle. Même la presse, d'une certaine façon, a joué un mauvais rôle. On ne dit pas toujours la vérité.On ne s'intéresse qu'au ouï-dire. Personne ne s'y intéresse vraiment en allant voir des pièces. Personne ne s'intéresse au sort des comédiens, aux hommes de théâtre qui sont sur le terrain. Au lieu d'aller vers les professionnels, on donne la parole aux gens de la périphérie. Pourquoi ne pas faire des portraits de jeunes comédiens ' Tous les maîtres du théâtre qu'on connaît aujourd'hui ?Kaki, Medjoubi, Alloula, Sirat, Adar ? ont été suivi dès leurs débuts.


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