
Il est possible, à Oran, de dénicher tous les grands chefs-d'œuvre du septième art, mais à la condition tout de même de connaître les bonnes adresses.En effet, on peut acquérir en ville et à peu de frais, tous les grands films qui ont été produits depuis les années 20 ou 30, sous format DVD. Pour cela, il faut ni plus ni moins se rendre au marché populaire de Mdina Jdida par un vendredi matin.Non loin de la fameuse place Tahtaha, dans une des ruelles perpendiculaires, le cinéphile trouve alors son content : des films, partout des films, en quantité industrielle et étalés à même le sol ! Une véritable caverne d'Ali Baba pour les amoureux du cinéma. Une bande de joyeux drilles, composée de nostalgique de la belle époque où les salles obscures grouillaient à El Bahia, ont décidé d'accaparer deux à trois ruelles, de façon hebdomadaire, pour en quelque sorte, disent-ils, «renouer ou perpétuer cette passion du cinéma».Les revendeurs sont pour la plupart des retraités, mais on en trouve d'autres qui ont la quarantaine à peine entamée. Certains d'entre eux travaillent toute la semaine dans de pénibles chantiers, avant de venir, le vendredi à Mdina Jdida, pour un tant soit peu arrondir leurs fins de mois. Tous sont de véritables passionnés qui connaissent l'histoire du cinéma sur le bout des ongles. «On n'a pas besoin de FNAC à Oran, on a Mdina Jdida !» plaisantent certains cinéphiles, habitués à se rendre hebdomadairement dans ce marché populaire sur les traces de leurs passions filmiques. «Parfois, raconte l'un d'entre eux, je me rends là bas dans l'espoir de trouver un ou deux films que je cherche depuis longtemps. Au final, je retourne à la maison avec un paquet d'au moins quinze DVD !» Il faut savoir qu'à Mdina Jdida, contrairement au centre-ville, les films sont cédés à des prix encore plus modiques : 70 DA l'unité. Et quand il s'agit d'un film très rare, ou très demandé, le tarif peut alors s'élever à 100 DA, mais jamais plus.«Il y a vraiment des perles rares, nous explique un autre habitué. La dernière fois, je suis tombé sur Le Petit Soldat, un film de Jean-Luc Godard sur la guerre d'Algérie. Il y avait aussi Au coeur de la Casbah de Pierre Cardinal, un film là encore tourné en Algérie durant les années 50» Un jour, je suis allé m'enquérir sur les films de Marcello Mastroianni, le revendeur m'a demandé de revenir le vendredi suivant. Quand j'y suis retourné, il m'avait montré au moins une dizaine de films de cet acteur, j'en suis resté ébahi !». Pour ce qui concerne le cinéma italien, force est de dire que ces revendeurs offrent un choix de films très vaste : la plupart des œuvres d'Ettore Scola, de Dino Risi, ou encore de Vittorio De Sica ou de Fellini sont proposés.Quant à Luchino Visconti, absolument toute sa filmographie est disponible. Ces chefs-d'œuvre ne sont peut-être pas systématiquement exposés, mais il suffit de les demander au revendeur pour que ce dernier «comme par enchantement», les sorte de son sac à dos, ou alors, vous demande de revenir la semaine suivante.Notons en outre que le choix de films proposés par ces revendeurs se renforce, semaine après semaine, au gré de plusieurs paramètres. Il suffit en effet qu'un film, jusqu'alors très rare ou introuvable soit mis en ligne (en streaming) ou «passe» sur une chaîne câblée pour qu'en un tour de main, ces revendeurs le saisissent au vol et le proposent à la clientèle.Le vendredi matin, à Mdina Jdida, il règne vraiment une ambiance spéciale. Les gens ne se contentent pas d'acheter mais se complaisent à «faire causette» avec les revendeurs ou entre eux, en parlant longuement de tel ou tel film, ou de tel acteur ou actrice, ou encore de telle anecdote qui s'est déroulée pendant le tournage de tel film. De sorte qu'en quittant Mdina Jdida, le cinéphile se sent comme enrichi et ragaillardi.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Akram El Kébir
Source : www.elwatan.com