«Je prépare un film sur Zabana»
Ancien journaliste de «La République d’Oran», puis à «Révolution», un journal fondé en France par Arab, Saïd Khelifa est connu depuis les années 70 pour avoir réalisé un dernier film, «Ombre Blanche», avec Rouiched, Himoud Brahimi, dit Momo. En marge de la conférence de presse qu’il avait donnée jeudi dernier, à l’hôtel Royal, sur son dernier film «Vivantes», la voix de l’Oranie l’a interrogé sur ses nouveaux projets.
La voix de l’Oranie: Le public lit, de temps à autre, vos critiques dans certains organes de presse sur le cinéma, mais ne voit pas vos films. Mis à part «Vivantes», qui a été projeté l’année dernière à la faveur de la première édition du Festival du film Arabe?
Saïd Ould Khelifa: Vous savez, les conditions, à un moment donné, ne me permettaient pas de tourner, de faire du cinéma. Un cinéma que je ne voulais pas tourner dans un autre pays. Je me suis donc tourné vers le théâtre où j’ai réalisé plusieurs pièces. Une adaptation par ci, une adaptation par là, comme les «Généreux», dont les rôles principaux sont revenus à Benguettaf et Ziani Chérif Ayad. Après 2004, j’ai fait de la télé tout en continuant à faire du théâtre. Un théâtre vivant basé sur des faits réels, comme il en fallait faire une fiction. Je suis sorti de ces faits divers pour raconter une histoire d’amour dans un contexte difficile, mais c’est surtout pour dire que ce qui arrive aux femmes ne les concernent pas seulement mais implique toute la société.
-Voulez-vous être plus explicite?
-Ne pas se pencher sur ces problèmes, c’est carrément refuser d’avancer. Mieux, je tenais à ce que la tendance soit inversée. Une nouvelle carrière commence. Avec la Télévision algérienne, on a décidé de vivre le Festival International du film Arabe, à Oran, une manifestation qui était demandeuse d’un film national.
-Tout cela, pour en revenir à ce que les gens viennent au cinéma.
-Pour parler spectacle. Un spectacle qui demande des règles toutes simples. C’est-à-dire, il faut que les personnes sachent faire leur travail. Un travail qui demande une bonne lumière, un bon son, des comédiens crédibles. Un film, ce n’est pas seulement une bonne idée, c’est d’abord un moment privilégié où l’on demande aux spectateurs de consacrer une heure et demi de leur temps.
Et si on nous donne les moyens, on donnera le meilleur de nous même. Pas dans le faste mais dans la sincérité des propos.
-Vous avez de nouveaux projets?
-Pour la prochaine édition, je serai présent avec Azzedine Mihoubi. Nous avons terminé, il y a peu, le scénario d’un film sur «Zabana», un homme qui symbolise la jeunesse algérienne de cette époque. Des jeunes qui n’étaient pas considérés comme des héros mais qui ont réussi par leur comportement à façonner l’histoire, tout un peuple. C’est une façon de voir les choses car en l’année 2008, chacun peut définir le héros à sa façon. En d’autres termes, il appartient à la société de reconnaître les siens. Et c’est la société qui a irréversiblement défini que Zabana, Ben M’hidi, Benboulaïd et toutes les grandes figures symbolisent l’histoire héroïque de ce peuple.
-Où en êtes-vous avec ce film?
-Nous sommes en train de frapper à toutes les portes parce que nous estimons que c’est un travail qui doit être mené à bout. C’est vraiment un film de mémoire, une sorte de dette pour que Zabana, ne soit pas uniquement sur le fronton d’un stade ou un hôpital. C’est un devoir de mémoire. C’était un chaudronnier. Il avait 16 ans. Il est issu des entrailles de ce peuple. Il était à l’écoute de sa génération. Il avait le respect de ses aînés. Larbi Ben M’hidi l’avait désigné comme chef. Il était jeune, il aimait la vie. Il aimait aller au cinéma. C’était un bon vivant qui avait décidé un jour de prendre sa responsabilité. Il avait l’étoffe du héros. Pour répondre à votre question, nous attendons encore des réponses. Le message qu’on veut faire passer, le minimum est que la lettre laissée par Ahmed Zabana à sa mère avant sa mort, doit être enseignée à l’école. La résistance est un mode d’expression universelle.
-C’est votre unique projet?
-Je prépare un autre film sur les «harraga». Un film qui se passe entre l’Italie et le nord de l’Algérie et qui parle de ces jeunes, victimes de l’esclavagisme moderne. Je ne jette pas la pierre à ces jeunes parce qu’ils veulent vivre. Ils ont le courage et l’audace de prendre le risque pour faire cette traversée, un rêve évanoui qui se termine souvent en cauchemar. Un film en co-production.
Propos recueillis par Bensalem Brahimi
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com