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Le prestige perdu du théâtre algérien



Le prestige perdu du théâtre algérien
Samir Ould AliEn dépit de la qualité moyenne des productions théâtrales, la désaffection toujours préoccupante du public, les problèmes que les artistes rencontrent au quotidien dans un environnement qui n'est pas toujours -loin s'en faut- propice à la création, le Théâtre régional Abdelkader-Alloula d'Oran s'entête àélaborer, mois après mois, un agenda mensuel pour maintenir l'établissement culturel en vie et contribuer, autant que faire se peut, à combler l'important vide culturel de la wilaya. Le directeur du théâtre, Azri Ghaouti, est le premier à le reconnaître : la situation n'est pas idéale et les pièces programmées ne sont toujours pas de grande qualité, mais elles ont le mérite d'exister et de réconcilier le public avec l'art des planches. Notre interlocuteur en veut pour preuve le retour progressif du public, attesté par l'augmentation constante des taux de fréquentation enregistrés cesdernières années. «Nous ne sommes plus dans la situation de désaffectiontotale que l'on a pu vivre dans les années 1990 ou 2000. Le public vient nousvoir et en redemande», nous affirme régulièrement Azri Ghaouti en admettant que le défi, désormais, est de satisfaire aux exigences de la qualité.Et, par conséquent, d'accorder une attention particulière à la formation des ressources qui devront prendre en charge les destinées du théâtre algérien. «C'est là où le bât blesse», confirme de son côté le comédien Mohamed Mihoubi. «Nous avons un énorme problème de formation aux métiers artistiques. Il devrait exister des écoles de formation aux arts comme il existe des centres de formation professionnelle», conclut-il sans rire. La formation du comédien, du réalisateur, comme de l'accessoiriste et du décorateur est l'un des préalables pour accéder à de meilleures productions théâtrales et sortir de «cette situation de médiocrité qui n'a que trop duré».Du côté du public justement, beaucoup déplorent cette absence de qualité qui gâche le plaisir de se rendre au théâtre. «Je ne me rends plus au théâtre à cause de la médiocrité des productions. Pour moi, les pièces qui y sontjouées sont nulles !», juge Djamel, quadragénaire, dans un constat sans concession. «On peut, à la limite, comprendre que les ?uvres pour enfants puissent attirer le jeune public, mais le théâtre pour adulte est en dessous de tout !», tranche-t-il encore en regrettant la «légèreté» des scénarii, la platitude des textes ou encore la médiocrité du jeu des acteurs. «Tout est à revoir», conclut-il sans appel.Non moins inflexible à l'égard du théâtre, Rachid estime qu'il n'y a plus de théâtre dans le sens noble du terme. «Ce qui se fait actuellement répond plutôt à la nécessité de combler un vide. Juste pour qu'on dise que le théâtre fonctionne», affirme-t-il en indiquant avoir également cessé de se rendre au théâtre. «Quand tu vois ce qui se fait ailleurs, tu as de la peine pour le théâtre algérien. Il faut arrêter de se voiler la face : le théâtre va très mal !»Pour Djamel, Rachid et, sans doute, des milliers d'autres Algériens, il estainsi difficile d'accepter le théâtre d'aujourd'hui quand on a connu celui de Alloula, Sirat et Medjoubi. «C'est vouloir comparer l'incomparable», termine Rachid.S. O. A.


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